| Année: |
1890 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Cambodge |
| Rédacteur: | Mgr Cordier |
IV . ─ Cambodge .
Population catholique 19.580
Baptêmes de païens 875
Baptêmes d'enfants de païens 2.532
Au Cambodge le nombre des baptêmes d’adultes a été plus élevé que les années précédentes , aussi nous unissons-nous volontiers à Mgr Cordier pour remercier Dieu des bénédictions qu’il a répandues sur les travaux de nos confrères .
« L’année dernière , écrit Sa Grandeur , dans ma lettre sur l’état de ma mission , je vous ai fait visiter quatre districts . Cette année nous n’en parcourrons que deux , ceux de Banam et de Mot-kresas. Commençons par le premier où j’ai baptisé 132 adultes et donné la confirmation à près de 200 personnes .
« Ce district qui compte actuellement 2.766 chrétiens est formé de neuf chrétientés . Je vous dirai quelques mots de chacune d’elles . La première que nous rencontrons est Banam , elle est en même temps la plus importante et la plus ancienne du district . Il y a là 1,376 néophytes. Fondée en 1863 elle a toujours progressé malgré deux insurrections qui , en 1867 et 1885 , ont failli l’anéantir . Actuellement elle est un centre pour l’évangélisation des lieux circonvoisins . Souvent le missionnaire qui l’administre , fait appel à quelques chrétiens de bonne volonté et suffisamment instruits , et les envoie catéchiser ler catéchumènes qui se préparent au baptême . Ces catéchistes improvisés que j’ai vus à l’œuvre, s’acquittent de leur mission d’une manière satisfaisante . Il leur arrive quelquefois d’être obligés de demeurer deux ou trois mois absents de leur foyer , et jamais ils ne refusent leur concours .
« M. Pianet , aidé d’un prêtre indigène , prend soin de cette chrétienté et de tout le district . Ce cher confrère vient de construire à Banam une belle église qui est presque achevée . Malheureusement son zèle est mal secondé par une santé chancelante qui est pour moi un sujet d’inquiétudes .
« Si de Banam nous remontons le fleuve nous arrivons à Romlich . Il y a là 304 chrétiens annamites qui vivent du commerce des bambous qu’ils coupent dans le voisinage et traînent jusqu’au bord de l’eau où ils les vendent . Lorsque les acheteurs manquent , ils en font des radeaux qu’ils conduisent en Cochinchine . Ce commerce est à peu près leur unique gagne-pain . Si ces gens-là voulaient cultiver la terre qu’ils occupent , ils pourraient facilement vivre dans l’aisance , car le sol formé d’alluvion est d’une fertilité remarquable et ne demande qu’un peu de culture pour produire au centuple . Mais ils sont annamites , il faut qu’ils vivent au jour le jour . Je puis dire que cette chrétienté est renée de ses cendres , car elle a été incendiée par les Cambodgiens lors de l’insurrection de 1885 .
« Je passe à Vinh-phuoc . Cette station qui tient le premier rang après Banam en est à une heure et demie de distance . Elle compte 368 âmes . En 1885 elle a eu beaucoup à souffrir de la part des Cambodgiens , aussi les néophytes avaient-ils pris la fuite ; ils revinrent après la tourmente et durent reconstruire leurs maisons que l’ennemi avait incendiées . Ils possèdent une église convenable , en bois , qui a heureusement échappé à la torche des incendiaires .
« Vis-à-vis , mais au-delà du fleuve , on voit un petit groupe de maisons , c’est Vinh-thanh, chrétienté en formation, qui ne compte encore que 42 néophytes vivant de l’exploitation des bambous et de la culture du maïs .
« Sur la même rive du fleuve se trouve Qui-da où sont 184 néophytes réunis auprès d’une petite chapelle en roseaux qu’ils entretiennent proprement et d’une maison bien modeste , qui sert de pied-à-terre au missionnaire , lorsqu’il y va faire l’administration .
« Maintenant il faut traverser le fleuve et nous laisser emporter pendant une heure par son courant rapide pour arriver à xoai-doi où 336 chrétiens attendent notre visite . Ils n’ont pas d’église pour nous recevoir . La vieille pagode qui leur a servi d’oratoire pendant quelque temps a disparu , le feu l’a consumée . En attendant que leur pauvreté leur permette d’élever une chapelle sur le vaste emplacement qu’ils ont préparé , c’est dans une vieille masure , trop petite pour les contenir , qu’ils se réunissent pour réciter les prières les dimanches et fêtes, pour entendre la messe et recevoir les sacrements quand le missionnaire ou son vicaire est de passage . C’est là que j’ai donné la confirmation et que j’ai eu la satisfaction de baptiser 58 personnes , il y a moins d’un mois . Ces néophytes avaient été instruits et préparés par le prêtre indigène Can . Les chrétiens de Xoai-doi sont tous cultivateurs , chacun d’eux a son lopin de terre . Il est fâcheux que le terrain de cette chrétienté ne soit pas plus étendu , il est déjà entièrement occupé , et il n’y a plus de place pour ceux qui touchés par la grâce , embrassent notre sainte religion et demandent à s’y établir .
« Les trois autres postes que nous avons encore à parcourir , sont sur les rives d’un petit fleuve que les Annamites appellent le Song-bé . Commençons par An-nhon . C’est une petite chrétienté encore en formation , elle se compose de 78 néophytes dont 29 ont été baptisés le 24 août dernier , et d’un bon nombre de catéchumènes . Elle est située dans un pays plat et bas ; aussi , au moment des grandes eaux , il n’y reste pas un pouce de terrain qui pendant deux ou trois mois ne soit couvert par l’inondation . La chaumière qui sert de chapelle a été construite en conséquence ; elle est juchée bien haut sur de faibles supports en bambous . Pour y monter j’ai obligé de gravir une longue échelle branlante .
« Je n’ai qu’un mot à dire de Ba-gu qui est entre An-nhon et Can-chap. Il y a là 45 chrétiens dispersés au milieu d’un grand nombre d’Annamites pêcheurs . Dieu veuille qu’ils y soient la bonne semence qui procurera plus tard une riche moisson !
« Arrivons à Can-chap . Nous y avons 46 néophytes que j’ai baptisés dernièrement . Que Dieu répande ses bénédictions sur ces prémices ! J’espère que dans peu de temps ces nouveaux chrétiens auront la joie de voir leur nombre considérablement augmenté et qu’ils y formeront une belle chrétienté . Cette station possède un terrain vaste et fertile sur lequel sont établis de nombreux païens qui ouvriront les yeux à la lumière et s’enrôleront sous la bannière de Jésus-Christ .
« Je viens de vous donner une idée succincte du district de Ba-nam , il est temps que je vous dise maintenant quelques mots de celui de Mot-krésas . Ce district est confié aux bons soins de M. Vauzelle , il se compose de 4 chrétientés comprenant en tout 1,241 fidèles .
« La plus ancienne et la plus importante de ces chrétientés est celle de Mot-krésas qui a donné son nom au district . C’est là que réside le missionnaire , elle renferme 546 Annamites et 155 Cambodgiens chrétiens . Cette station a été fondée par M. Barran qui l’a arrosée de son sang en 1861 , elle n’est qu’à une heure et demie de Phnom-penh . Lors de sa fondation , son site était admirablement beau , ombragé par des manguiers , des jacquiers et d’autres arbres fruitiers d’une grosseur exceptionnelle . Maintenant quel changement ! L’inondation a emporté non seulement les belles plantations de mûriers qui s’étendaient à près d’un kilomètre et qui faisaient la richesse du pays , mais aussi tout le terrain qu’occupaient les maisons et les arbres fruitiers . Les habitants ont dû défricher la forêt pour s’y installer , M. Lazard qui a pendant deux ans administré ce poste , y avait construit une église en briques ; elle était fort éloignée du fleuve , et on n’aurait jamais pu s’imaginer qu’un jour elle serait emportée par ses eaux . C’est cependant ce qui est arrivé . Ainsi son successeur a dû cette année se faire architecte et en construire une nouvelle .
« A une heure de Mot-kresas en suivant le cours du fleuve , se trouve Veal-thom petite chrétienté de 146 âmes . Voici son origine : quelques néophytes qui ne trouvaient pas de place à Mot-kresas allèrent s’établir sur un vaste terrain d’alluvion pour y cultiver le mûrier , le maïs et le riz . Bientôt d’autres vinrent les rejoindre et formèrent ensemble un bon petit noyau de chrétienté . Alors ils construisirent un oratoire de bambous où ils ses réunissaient les dimanches et les fêtes . Leur présence dans ce lieu ne tarda pas à y attirer des païens disposés à se convertir , c’est ainsi que leur nombre alla en s’augmentant .
« Si nous continuons à suive le courant du fleuve , en deux heures nous arrivons à Phlou-trey . Cette chrétienté est également de fondation récente , elle n’a commencé que deux ans avant la dernière insurrection du Cambodge . Durant l’orage elle a été pillée et incendiée par les insurgés . Les néophytes , obligés de fuir , sont revenus quand la tempête a été calmée . Ils sont au nombre de 274 en comptant les 30 que j’ai baptisés il y a quinze jours . Leur premier soin a été de reconstruire une chapelle provisoire , bien pauvre , hélas ! Il est est urgent de la remplacer , mais les fonds manquent . Je regrette que le terrain de cette chrétienté soit aussi exigu , c’est un grand obstacle à son extension . Mais , comment faire ? au Cambodge la terre ne se vend pas , il n’y a qu’un propriétaire , c’est le roi .
« Il ne me reste que quelques mots à vous dire de Giom-thanh . C’est une petite chrétienté qui n’est séparée de Phnom-penh que par le Me-khong , elle n’a que 120 néophytes , tous cultivateurs . Ils n’ont pas d’oratoire mais ils vont à l’église de la capitale . Là comme à Phlou-trey l’exiguité du terrain empêche le développement du poste . »
En terminant son compte-rendu , Mgr Cordier dit quelques mots des établissements de la mission . Les écoles et les orphelinats continuent de prospérer , le nombre des élèves et celui des baptêmes ont augmenté . Le séminaire va bien , il compte 92 séminariste dont 29 suivent les cours de théologie . L’esprit est bon , les élèves sont pieux et aiment l’étude . « J’espère que cet établissement , écrit Mgr de Gratianopolis , donnera un clergé qui rendra d’excellents services à la mission . »
Les trois hôpitaux du Vicariat ont reçu plus de 4,000 malades dans le cours de l’année : 157 y ont succombé après avoir été baptisés . « Je ne ferai pas ici , dit en terminant Mgr Cordier , l’éloge des sœurs de la Providence de Portieux qui pour l’amour de Dieu sont devenues les servantes des pauvres . Vous savez ce dont sont capables les cœurs qui sont embrasés de ce feu divin . »
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