| Année: |
1939 |
| Pays: |
Cambodge |
| Mission: |
Phnompenh |
| Rédacteur: | Mgr Chabalier |
IV. — Phnompenh.
Population catholique 97.337
Baptêmes d’adultes 2.783
Baptêmes d’enfants de païens 11.105
La Mission de Phnompenh continue d’être durement éprouvée dans son personnel. — « Pendant le précédent exercice, écrit S. E. Mgr Chabalier, nous avons eu à déplorer la mort de six confrères : deux missionnaires et 4 prêtres annamites. Si le décès de M. Bernard n’a pas été pour moi une surprise, j’étais loin de m’attendre à celui de M. Lozey. Après l’Ascension, en effet, avant d’aller faire une visite pastorale en basse Cochinchine, j’avais laissé ce confrère en bonne santé, vaquant à ses affaires comme à l’ordinaire. Quelque temps plus tard, j’appris, en l’espace de quelques jours : sa maladie, puis un mieux très accentué et enfin le dénouement fatal. Ses obsèques auxquelles je n’ai pu assister, ont fourni un témoignage sûr de l’estime dont jouissait M. Lozey auprès des autorités françaises et des indigènes cambodgiens. M. le Résident Supérieur, M. le Résident-Maire et une foule considérable accompagnèrent le défunt au cimetière de la Mission.
« Les trop nombreux décès survenus pendant ces deux dernières années, la maladie de plusieurs missionnaires et l’âge très avancé de quelques-uns d’entre eux les obligeant à se retirer du ministère actif, tout cela n’est pas susceptible de nous faciliter l’évangélisation des âmes dont nous avons la charge. Conscient de l’importance capitale d’avoir suffisamment de prêtres pour subvenir aux besoins de la Mission, j’ai fortement insisté pendant les visites pastorales sur la diligence que doivent apporter les prêtres et les parents dans la recherche des vocations sacerdotales et religieuses chez leurs enfants. Mon pressant appel n’a pas été vain, puisque 66 élèves sont entrés cette année au probatorium.
« Une trop grande misère qui est souvent le lot de nombreuses familles n’a peut-être pas été étrangère au manque d’élèves dans nos séminaires. En tout cas la famine qui sévissait l’an dernier dans plusieurs provinces de Cochinchine nous a certainement empêché d’obtenir tous les baptêmes que nous espérions. Je me permets de traduire ici les sentiments avec lesquels, lors d’une visite que je fis dans une chrétienté, les enfants m’accueillirent. — « Nous ne « pouvons nous associer à l’allégresse qui vous accueille ailleurs, parce que nous sommes trop « pauvres ; souffrant de la faim, nous ne pouvons pas vous recevoir dignement. Nous n’avons « pu fréquenter l’école que bien peu de temps et nous ne savons pas grand’chose, car la « tristesse nous accable ; nous vous prions donc d’être indulgent pour nous. L’année dernière, « nous souffrions beaucoup de la faim, nous ne faisions même pas un repas par jour et, « honteux de nos haillons, nous n’osions pas aller en classe. A ce moment là, le vicaire « remettait à la sœur institutrice du riz blanc et elle nous en faisait une soupe pour nous « soutenir en classe ; parmi nous, beaucoup n’avaient que ce repas. Rentrant à la maison, nous « trouvions nos parents se contentant pour toute nourriture d’herbes et de quelques « coquillages. Actuellement encore, il est des petits camarades qui n’ont pas de riz chez eux, « et ne peuvent venir en classe ; quelques-uns d’entre nous ne mangent à leur faim qu’un jour « sur deux et si nous allons en classe, la pensée qu’à la maison il n’y a pas de riz nous remplit « d’une profonde tristesse et nous empêche de nous appliquer à l’étude. »
« Dans un autre ordre d’idées, signalons la venue au Cambodge de la Rév. Mère Supérieure Générale des Sœurs de la Providence de Portieux. Elle a été très heureuse de connaître ses filles annamites et cambodgiennes ; et un des résultats très appréciables de cette visite pour l’évangélisation fut l’envoi de ses sœurs même dans les postes privés de prêtre la facilité des communications permet, en effet, cette innovation. Les Pères Rédemptoristes nous ont aussi procuré la joie d’une récollection dans le district de Banam, qu’ils avaient évangélisé l’an dernier. Grâce à ces exercices, le nombre des communions a sensiblement augmenté. Ils ont également donné deux missions de quinze jours aux paroisses de Russey Kéo et de Xom Biên. A chacune des instructions, les deux vastes églises étaient combles. Ils ont obtenu d’abondantes conversions et ont régularisé un grand nombre d’unions illégitimes. Les rapports fournis par les confrères sur ces sortes d’unions, m’ont démontré l’importance du danger qui menace ainsi la vie chrétienne de nos fidèles.
« Au cours de cet exercice, j’ai pu parcourir presque toute la Mission, visitant les chrétientés et même les endroits où l’on peut espérer de nouvelles fondations. Cette visite m’a permis de me rendre compte du travail considérable fourni par nos prêtres. En janvier dernier, je visitai le vaste district de M. David. La bienveillance de M. l’Administrateur et le dévouement d’un secrétaire, nous ont permis d’acheter un terrain en plein centre de Stung Trêng ; c’était le seul chef-lieu de province du Cambodge qui n’avait pas encore sa chapelle ; nous espérons que les travaux de construction commenceront bientôt. MM. les directeurs de plantations nous offrent toute facilité pour nous occuper de leurs coolies chrétiens que j’évalue à 1.000 environ.
« Dans la région de Battambang, Monkolborey et Siemréap, M. Armange constate la progression du nombre de ses chrétiens, due aux naissances et à l’arrivée de quelques immigrants. Par contre, il regrette que l’assistance à la messe dominicale laisse à désirer : — « Les Cambodgiens trouvent la religion trop difficile à pratiquer, dit-il, parce qu’elle ne permet pas de passer sa vie à s’amuser. Le jeu, l’alcool avec tous les maux qui s’ensuivent font d’immenses ravages parmi eux. » — Ensuite je m’acheminai vers la région des grands lacs ; visite intéressée, puisque j’allais tendre la main pour la construction de la future cathédrale. Là, un chef de pêcheries, me prêta obligeamment son concours en mettant à ma disposition une barque à moteur, je pus ainsi voir en cinq jours à peu près tous les chrétiens et me rendre compte des difficultés du ministère pour le prêtre chargé de ce vaste territoire.
« En basse Cochinchine tous les confrères travaillent, les uns à la construction des églises, les autres à l’enseignement des catéchumènes. Dans la province de Baclieu, un colon, M. Combot m’a procuré la joie de bénir une chapelle que lui-même a fait édifier sur ses terres pour les chrétiens qu’il emploie. Il y a de plus, installé une école et une maison pour les religieuses. Trois d’entre elles enseignent plus de 60 enfants. Dans la région de Cantho, M. Larrabure déplore que son état de santé ne lui permette pas de faire mieux : 318 baptêmes d’adultes et 2.000 d’enfants de païens sont la preuve certaine de son zèle, mais ces magnifiques résultats sont pour lui insuffisants...
« M. Dalle, chef du district de Rachgia m’a fourni l’occasion de bénir 3 nouvelles églises et a enregistré 240 baptêmes de païens. En 1917 ce district n’avait que 800 chrétiens et actuellement il en compte 3.000. A Nanggù, dans la province de Long-xuyên, la moisson est abondante : 247 catéchumènes devenus enfants de Dieu, et d’autres encore se préparent au baptême. — « Souhaitons, écrit M. Collot, que tous, anciens et nouveaux, deviennent des « chrétiens accomplis et des apôtres auprès des païens qui nous entourent. Je dois rendre « hommage aux religieuses et aux catéchistes, surtout aux Frères formés à l’Ecole de Banam « pour l’aide précieuse qu’ils nous apportent dans l’instruction et l’éducation des enfants et « des catéchumènes. » — Ce que dit notre confrère des catéchistes, poursuit S. Excellence, est incontestable, j’ai remarqué en effet dans mes visites pastorales, que nos catéchistes mènent une vie de privations, d’abnégation, pleine de dangers au milieu des païens et je puis témoigner de leur zèle à amener les âmes à Dieu.
« Dans le compte rendu de l’an dernier, je disais notamment que la province de Hatiên, la dernière convertie à la religion catholique, ne le céderait bientôt plus aux autres provinces, si Dieu voulait bénir le zèle dévorant de M. Merdrignac ; notre confrère évalue à 2.202 le nombre de ses chrétiens et à 644 celui des catéchumènes. Les vicissitudes par lesquelles est passé ce district auraient pu laisser croire qu’il devait mourir à peine né par suite du départ des tonkinois ; mais le divin Maître, se souvenant que la Croix avait illuminé ces régions au XVIIIe siècle, lui a conservé la vie pour montrer à tous que l’Esprit souffle où il veut.
« Après avoir parcouru rapidement les diverses provinces qui constituent notre champ d’action, il convient de ne pas passer sous silence les œuvres communes de la Mission. Le petit séminaire regarde son recrutement comme assuré par une entrée annuelle. Mais ces nouvelles mesures prises ne donneront leur effet que dans une douzaine d’années. En 1940, nous aurons une ordination de 6 jeunes prêtres et de 4 deux ans après. Le noviciat des Frères Catéchistes a 14 novices. Les Sœurs de la Providence de Portieux, qui nous rendent d’éminents services pour les écoles paroissiales et les crèches, voient leur nombre s’accroître chaque année, pas assez cependant pour satisfaire aux besoins de la Mission. Elles ont enregistré cette année 5.473 baptêmes d’enfants de païens dans les crèches et 771 d’adultes dans les hospices. En outre, elles enseignent 430 élèves dans les deux pensionnats dont elles sont chargées. Les Amantes de la Croix, deviennent aussi de plus en plus nombreuses. Les Frères des Ecoles Chrétiennes ont 826 élèves dans les deux établissements de Phnompenh et de Soctrang. Le premier se voit obligé de refuser des enfants, n’ayant pas la place suffisante pour les recevoir ; la construction d’un internat serait vivement désirable.
« En terminant ce compte rendu, je remercie la divine Providence de tout le bien qu’elle a fait dans la Mission par le zèle de mes collaborateurs et la visite pastorale des différents postes, et je rends hommage à tous nos prêtres qui se sont efforcés, malgré une santé plus ou moins délabrée de plusieurs d’entre eux, de travailler le mieux possible à l’évangélisation du territoire qui nous est confié par le divin Maître. »
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