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Rapport annuel des évêques

Année: 1997
Pays: Cambodge
Mission: CAMBODGE

GROUPE MISSIONNAIRE
DU CAMBODGE


I. SITUATION POLITIQUE


Le 17 avril 1975, les Khmers rouges prennent le pouvoir. Le Cambodge est complètement fermé aux étrangers. Environ 2 500 000 personnes disparaissent par exécution, mauvais traitements et misère.
Le 7 janvier 1979, l’armée vietnamienne installe « la République populaire du Kampuchéa » (RPK) dont la plupart des responsables demeurent en place jusqu’à aujourd’hui. C’est un régime communiste de type soviétique, doublé d’une occupation étrangère. Les résistants (Khmers rouges, démocrates et Sihanoukistes), soutenus par la Chine, les États-Unis et l’Europe, lancent une guérilla à partir de la Thaïlande contre le régime de Phnom Penh. Depuis 1987, suite à la nouvelle politique étrangère de l’URSS, commencent des négociations entre les deux camps. L’armée vietnamienne se retire totalement en 1989, le pays devient « l’État du Cambodge ».
Le 23 octobre 1991, les Accords de Paris mettent fin à l’état de guerre. L’Autorité provisoire de l’ONU pour le Cambodge (APRONUC), comprenant 17 000 soldats et 8 000 civils, est dépêchée au Cambodge pour désarmer les forces des deux camps, démanteler les deux administrations, préparer des élections libres, assurer le retour des réfugiés. Seules les deux dernières missions sont accomplies avec succès.
Les 350 000 réfugiés des camps de Thaïlande regagnent le Cambodge entre le 1er avril 1992 et le 30 avril 1993. Les élections ont lieu les 23-28 mai 1993, accordant 58 sièges de l’Assemblée nationale aux royalistes (FUNCINPEC), 51 aux ex-communistes (PPC), 10 aux démocrates (FNLPK), 1 au petit parti du Molinaka. Mais le pouvoir reste aux mains du PPC, les vainqueurs des élections n’ayant pas d’administration de rechange.
La Constitution est votée le 23 octobre 1993, le prince Sihanouk redevient roi. Un gouvernement à deux têtes est formé : le prince Ranariddh, fils de Sihanouk et chef de file du FUNCINPEC, devient premier Premier ministre ; Hun Sen, vice-président du PPC, devient second-Premier ministre. Tous les postes ministériels sont assurés par deux ministres des deux principaux partis. Après une période de collaboration relativement sereine, la machine administrative se grippe, la tension monte jusqu’à l’explosion, les 5 et 6 juillet 1997. Hun Sen, second-Premier ministre, exerce, de fait, tous les pouvoirs. Des élections sont prévues pour le 26 juillet 1998. La plus grande partie des Khmers rouges s’est ralliée au gouvernement en août 1996. Suite aux événements des 5-6 juillet 1997, une autre partie rejoint les partisans du prince Ranariddh. La guérilla affecte une faible partie territoire au nord et à l’est du pays (5 % environ).


II. SITUATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE


Après le collectivisme intégral des Khmers rouges, le socialisme imposé par le Vietnam pendant dix ans, c’est depuis 1993 l’irruption du capitalisme le plus sauvage. Les dirigeants politiques prennent des comportements maffieux, se partageant les ressources du pays : bois, caoutchouc, pierres précieuses. Le Cambodge, couvert à 70 % par les forêts, n’en compte plus que 30 %. On prévoit que, dans 3 à 5 ans, il n’y aura plus de forêts à exploiter. Beaucoup d’experts pensent que, d’ici 20 à 25 ans, le Tonlé Sap, vaste lac intérieur et ressource vivrière importante, sera comblé...
Les capitaux étrangers affluent, notamment ceux des pays asiatiques, qui montent des usines (entre autres, 75 usines de confection) et exploitent sans vergogne une main-d’œuvre bon marché (entre 20 et 40 dollars US mensuels).
Le pays avance à deux vitesses : celle des privilégiés, des proches du pouvoir, des affaires, à la richesse et au luxe arrogants ; celle des travailleurs, des paysans, de la misère. On compte environ 100 000 immigrés clandestins partis gagner leur vie en Thaïlande.
Des problèmes nouveaux apparaissent : violence politique, favorisée par la « culture d’impunité » qui s’est installée au pays ; violence domestique, dislocation des familles, divorces nombreux avec leurs conséquences : formation de gangs de fils de parvenus, enfants des rues, prostitution, sida, avortements, drogue. Le Cambodge est passé au deuxième rang mondial pour le trafic de drogue.


III. SITUATION RELIGIEUSE


Après la destruction systématique de toutes les religions (bouddhisme, islam, christianisme), sous le régime des Khmers rouges, l’islam semble avoir connu les faveurs du RPK. Peu à peu, surtout depuis 1985, le bouddhisme, très encadré, a peu à peu regagné droit de cité. Cependant, il semble affronter une grave crise, malgré son importance numérique (3600 pagodes, 30000 moines), mis à mal par l’invasion de la culture américaine et thaïlandaise. D’une manière générale, on peut dire que les Cambodgiens ont perdu leurs repères moraux traditionnels. On note toutefois la création de quelques centres de méditation.
La liberté de culte a été accordée aux chrétiens le 4 avril 1990. La Constitution de 1993 prévoit que le bouddhisme est la religion de l’État, mais la liberté est accordée aux autres religions. Jusqu’en 1993, chaque Église devait remettre un rapport mensuel de ses activités. Les déplacements étaient limités, les offices surveillés. Depuis, c’est la liberté complète, demeurent seules quelques tracasseries administratives.
Le Vatican a établi des relations diplomatiques avec le Royaume du Cambodge, le 25 mars 1994. Le 5 novembre 1997, le Conseil des ministres a approuvé les statuts de l’Église, sans que l’on connaisse encore avec précision les conséquences pratiques de cette approbation (droit de possession de biens, attribution des visas...). Jusqu’à présent, tous les agents pastoraux obtiennent un visa de six mois renouvelable, comme membres d’une ONG, « Conseillers de Caritas ».
Depuis 1993, on assiste à l’invasion de multiples groupes chrétiens anglo-saxons, souvent fondamentalistes et intolérants, méprisant volontiers la culture khmère. Les autorités voudraient mettre un peu d’ordre dans le foisonnement de ces chrétiens tapageurs.
Parmi les défis posés aux Églises, on peut penser à l’urbanisation qui avance à grande vitesse et au développement économique inéluctable, à plus ou moins longue échéance, comme dans les autres pays de la région. On peut également penser à l’invasion de la culture occidentale qui bouleverse rapidement tous les critères traditionnels, qui restent les nôtres...


IV. L’ÉGLISE CATHOLIQUE


Pour la troisième fois dans son histoire, l’Église catholique a été complètement détruite durant la période des Khmers rouges, puis persécutée pendant 10 ans par la RPK, tolérée depuis.
Les chrétiens cambodgiens sont peu nombreux (environ 6 000), généralement dispersés. Les chrétiens vietnamiens sont plus nombreux (13 000 ?), regroupés en une vingtaine de communautés fermées sur elles-mêmes, par tradition et par sécurité. Plusieurs groupes relativement importants (50 à 100 personnes) demandent à devenir chrétiens, mais nous n’avons pas le personnel adapté pour les suivre et les éduquer dans la foi. Il n’y a qu’un prêtre d’origine cambodgienne, canadien de nationalité, et un prêtre vietnamien, prêtre « fidei donum » . Il y a 8 séminaristes en formation.
Avant 1975, les missionnaires MEP (une quarantaine), composaient la majorité du clergé, avec un monastère bénédictin et deux prêtres « fidei donum », 6 prêtres khmers et 14 prêtres vietnamiens. La nouveauté dans l’Église du Cambodge est l’arrivée de nouvelles sociétés missionnaires (Missions Étrangères de Thaïlande, du Québec, de Yarumal, Maryknoll, PIME) et de congrégations religieuses (Société de Jésus, Salésiens et Salésiennes, Maristes, Missionnaires de la Charité). Certaines congrégations ou sociétés sont arrivées à la demande, ou au moins avec l’accord, de l’évêque ; certaines, sans son accord, ou par des moyens discutables, ce qui a causé des dissensions, en lente voie de résolution. Les 31 prêtres présents appartiennent à 16 nationalités. L’apprentissage de l’interculturalité est œuvre de longue haleine. La pratique de l’anglais est devenue nécessaire pour assurer la relation à l’intérieur du personnel étranger.
Le groupe MEP s’est constitué progressivement, avec le retour d’Émile Destombes en 1990 et de différents Pères travaillant dans les camps de réfugiés, puis l’arrivée de trois jeunes. Le groupe MEP comprend 9 membres, dont 8 présents : 5 « anciens » (d’avant 1975), dont 2 de plus de 80 ans, 3 entre 70 et 60 ans, et 3 « nouveaux » : Gérald Vogin, Antonisamy et Bruno Cosme. Deux nouveaux sont attendus pour la fin de l’année 1998. Plus de 25 ans d’expérience séparent le groupe des anciens et celui des nouveaux. Les parcours personnels et les formations sont très différents.
La Société a joué un rôle important dans la reconstruction matérielle de l’Église : achat de bâtiments, de terrains.
De 1968 à 1975, l’une des trois circonscriptions du Cambodge était confiée au clergé local, et l’on avait bon espoir que l’ensemble soit confié au clergé local dans les années suivantes. Aujourd’hui, les trois circonscriptions restent confiées aux MEP. Les membres de la Société, même s’ils sont peu nombreux (8 sur 31 prêtres), assurent l’essentiel des responsabilités dans l’Église : 3 Ordinaires, 2 curés-de paroisse, 1 chargé de la catéchèse, des traductions et de la formation en langue... Si les MEP tiennent les différents postes de responsabilité, ce n’est pas par volonté délibérée, mais par absence de candidats pour ces postes.

Mgr Yves Ramousse est vicaire apostolique de Phnom Penh et administrateur apostolique de Battambang.
Mgr Émile Destombes, coadjuteur de Mgr Ramousse, est chargé plus particulièrement des « secteurs porteurs d’avenir ».
Robert Venet, en retraite, assure l’animation du secteur pastoral de Sihanoukville-Koh Kong.
Mgr Antonisamy est administrateur apostolique de Kompong Cham, en remplacement du P. André Lesouëf, démissionnaire, après 30 ans de bons et loyaux services.
André Lesouëf, François Ponchaud et Gérald Vogin assurent avec lui l’animation pastorale de ce vaste diocèse, qui n’a pas d’autres prêtres.
François Ponchaud, après avoir collaboré à la traduction œcuménique de la Bible en langue khmère, assure la formation biblique des séminaristes et des catéchistes.
Bruno Cosme achève ses trois ans d’étude de langue, assure des services dans les petites communautés environnant Phnom Penh, mais n’a encore été affecté à aucun diocèse.
Rogatien Rondineau, à Washington, travaille à un dictionnaire français-cambodgien, dans la grande lignée de nos ancêtres, pionniers de la linguistique khmère.




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