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Rapport annuel des évêques

Année: 1872
Pays: Chine
Mission: Sutchuen méridional
Rédacteur:Mgr Lepley

Mission du Sutchuen méridional .
1872

La situation intérieure de cette mission ne s’est point sensiblement modifiée depuis notre dernier compte rendu. Sur plusieurs points du territoire, de fréquentes conversions, l’union qui règne entre les chrétiens, et l’influence progressive du christianisme, ont naturellement excité la jalousie du démon, qui, pour entraver la propagation de la vérité, s’est servi de tous les moyens, et surtout de la calomnie. Pour en donner une idée, nous citerons un fait qui se passait à Kiun-lin vers la fin de 1870.
A l’arrivée du nouveau mandarin, homme faible et adonné à l’opium, une bande de lettrés se glisse au prétoire pour y débiter mille faussetés sur le compte des chrétiens. On les dépeint comme des gens audacieux, qui, à force de se multiplier, en viendront bientôt à faire la loi aux autres. En réalité, les lettrés sont vexées de ne pouvoir s’immiscer, autant qu’ils le voudraient, dans les affaires d’autrui, pour tirer ensuite profit de leurs injustices. Mais ils se gardent bien d’avouer ce motif de leur haine. On a donc dénoncé au mandarin crédule, un néophyte nommé Houang-pao-tchen comme un homme arrogant et injuste : et on finit par lui persuader qu’une vaste conspiration existait parmi les chrétiens. Le mandarin aussitôt de s’entourer d’une garde prétorienne, et lettrés de former dans l’ombre des comités, où l’on s’entendit sur le meilleur moyen à prendre pour anéantir les chrétiens. Le néophyte, après avoir été rudement battu par un chef de marché, est traîné au prétoire, et accusé d’avoir commis des violences à l’égard d’un individu qui montre au juge une bosse naturelle, comme preuve d’une blessure fraîchement reçue. Le pauvre néophyte est étroitement enchaîné et mis sous la garde d’une soldatesque brutale. Les païens chantaient déjà victoire, et, dans l’ivresse de leur joie féroce, aiguisaient sabres et couteaux pour un prochain massacre. Sur ces entrefaites, le missionnaire du district fit une démarche auprès du mandarin, pour expliquer les faits et réclamer justice. Ce dernier, comme toujours, donna de belles paroles : et le soir même, on avait à déplorer les mauvais traitements que la populace fit subir à deux ou trois chrétiens, parmi lesquels une néophyte même fut assez grièvement blessée. Fort heureusement, la Providence se mêla de l’affaire et la termina d’une façon meilleure que l’on n’aurait pu l’espérer.
Les autorités supérieures, averties à temps, écrivirent probablement au mandarin de Kiun-lin et lui tracèrent sa ligne de conduite, si bien que ce personnage reconnut enfin la fausseté des accusations portées contre le néophyte, destitua les chefs du marché, les condamna aux frais du procès, et mit en liberté l’accusé, que naguère il avait enchaîné et maltraité.
La conduite de ce néophyte a été admirable en toute cette affaire. C’est un homme puissant dans le pays, qui s’est converti, depuis quelques mois seulement, et qui a montré une ferveur peu commune pour apprendre la doctrine et la prêcher. Comme il connaît à fond les lettres chinoises, et qu’il est doué d’un esprit vif et pénétrant, il se fait volontiers écouter. Durant sa prison préventive, il ne faisait que prêcher du matin au soir. Joyeux d’être enchaîné pour la religion, il disait souvent qu’il n’avait jamais soupçonné tout le bonheur que l’on pouvait ressentir, quand on était chrétien et persécuté pour le nom de Jésus-Christ. Sa femme, paraît-il, rivalise avec lui de zèle et de courage : pendant la détention de son mari, elle disait tout haut, qu’elle offrait à Dieu de bon coeur la peine de se voir privée de son mari, et que, dût-il mourir, elle s’y résignerait encore.
Cette histoire est l’histoire de tous les jours en Chine. Ces détails montrent, d’une part, à quels dangers sont toujours exposés les pauvres chrétiens, de l’autre, à quelle hauteur de courage et d’héroïsme peuvent s’élever, par la grâce de Dieu, et leur contact avec les vérités de la religion, de pauvres néophytes à peine convertis.
L’année suivante (1871), la mort de Mgr Pichon est venue douloureusement éprouver la mission du Sutchuen méridional. Le pieux prélat, missionnaire en Chine depuis 1845, vicaire apostolique depuis 1861, s’était rendu à l’appel de Pie IX, convoquant les évêques du monde catholique au concile du Vatican. Épuisé depuis quelques années déjà par une dyssenterie chronique, il vit bientôt sa maladie, malgré les soins empressés qu’il reçut, prendre rapidement de grandes proportions et, au mois de mars 1871, il ne restait plus aucun espoir. Après avoir reçu les derniers sacrements, en pleine connaissance, et sollicité la bénédiction du souverain Pontife, Mgr Pichon bénit à son tour ceux qui l’entouraient, ses confrères du séminaire de Paris, ses confrères qui sont en mission et spécialement ses missionnaires du Sutchuen, puis il prononça quelques paroles parmi lesquelles nous citerons celles-ci, d’une humilité admirable et d’une grande foi : Le bon Dieu ne m’a pas donné de grands talents, « mais il m’a donné un grand amour de la Sainte Église, et un grand dévouement au Saint-« Siège; c’est là ma consolation et mon grand sujet de confiance à cette heure suprême. » Peu après, Mgr Pichon tenant en main un cierge bénit par le Pape, au jour de la purification, remit tranquillement son âme entre les mains de Dieu.
Privée, depuis le 12 mars 1871, de son premier pasteur, la mission du Sutchuen méridional vient de recevoir du Saint-Siège un nouvel évêque, dans la personne de M. Lepley, provicaire de Mgr Pichon et qui administrait le vicariat en son absence. Le nouveau vicaire apostolique a été désigné sous le titre d’évêque de Gabala in partibus.

Catalogues d’administration du Sutchuen méridional.

Exercice 1869-1870 1870-1871
Baptêmes d'adultes 269 184
Baptêmes d'enfants de païens 24,200 27,162
Baptêmes d'enfants de chrétiens 473 518
Confirmations 590 538
Confessions 16,523 18,710
Communions 9,430 10,426
Mariages 112 84
Extrêmes-onctions 444 239


Le personnel de la mission compte 1 évêque, 13 missionnaires européens, et 5 prêtres indigènes. Le nombre des écoles est d’environ 44.




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