| Année: |
1872 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Sutchuen oriental |
| Rédacteur: | Mgr Desflèches - Blettery |
Mission du Sutchuen oriental .
1872
M. Blettery, provicaire de la mission, et qui l’administrait en l’absence de Mgr Desflèches venu en Europe pour le Concile, nous donne, à la date du 20 août 1871, d’intéressantes nouvelles de la partie de la Chine qu’il habite. « Nous venons de passer, dit-il, une année « assez tranquille, quoiqu’elle eût commencé sous de tristes auspices. Les massacres de Tien « tsin, prémédités et spécialement dirigés contre les Français, les nouvelles de notre guerre « avec la Prusse, puis de nos revers et de nos désastres, eurent un terrible retentissement dans « nos contrées. Je n’aurais jamais cru que les Chinois prissent tant d’intérêt à des combats « entre nations étrangères et éloignées. Il est évident qu’ils nourrissaient des projets hostiles « contre nous. Les chrétiens bien instruits des intentions des païens étaient atterrés . Nous « recevions en même temps de Sang-Haï des nouvelles peu rassurantes. On répétait sur tous « les tons que les Chinois levaient des troupes nombreuses, et cherchaient à profiter d’une « occasion si favorable pour expulser tous les étrangers. Mais Dieu a eu pitié de nous. « L’orage qui grondait si fort s’est dissipé, je ne sais par quels ressorts de la divine « Providence. Le bruit a cessé graduellement, les craintes ont disparu peu à peu, et, en ce « moment, tout marche comme à l’ordinaire. »
Le grand moyen qu’emploient les mandarins et les lettrés pour entretenir la haine du peuple contre les chrétiens, est la publication d’atroces calomnies et d’infâmes libelles, que l’on répand à profusion, et dans lesquels on représente les missionnaires et les chrétiens comme des monstres de la pire espèce. Le bulletin des missions catholiques a donné, tout récemment, à ses lecteurs, quelques échantillons de ces odieux pamphlets, où la rage la plus fanatique le dispute à la calomnie la plus éhontée. Le mal que causent ces pamphlets est immense. Ils sont dans les mains de tous : on les lit avec avidité et telle est la première cause de la haine des païens contre les chrétiens, haine qui grandit, depuis dix ans, d’une manière prodigieuse et qui se dissipera très-difficilement. Parmi les païens les mieux intentionnés, ceux qui sont sincères et à même de juger sainement les choses, s’éloignent des missionnaires, ne sachant ce qu’il y a de vrai ou de faux dans ces accusations, et ne voulant pas exciter la haine des autres, s’ils témoignaient quelque sympathie aux pauvres persécutés. Avec de telles dispositions, il faut beaucoup de prudence et de patience aux chrétiens, pour ne donner aucun prétexte à la malveillance. Un rien suffirait parfois pour allumer un terrible incendie.
Un trait donnera une idée des précautions dont il faut user. En 1870, sur un point de la mission, vingt ou trente familles se convertissent. La plupart de ces néophytes sont de petits fermiers, de pauves locataires, placés chez des propriétaires païens. Les riches, les gros bonnets du pays, ennemis naturels du christianisme, s’indignent de ces conversions. Que faire pour s’y opposer ? Obliger par la force ces pauvres gens à apostasier, ce n’est pas chose facile. Ils ont donc recours à leurs moyens ordinaires . Tous les chefs de la localité s’assemblent et décident entre eux qu’aucun propriétaire ne gardera désormais un fermier ou un locataire chrétien. L’affaire est portée devant le mandarin, qui fort heureusement a conservé quelques principes de justice, et qui répond : « Les chrétiens reçoivent bien des « fermiers sans distinction de religion, les païens comme les autres; tous sont également sujets « de l’empereur. Ainsi, que la paix ne soit plus troublée pour ce motif ! » Cette sage réponse termina le différend : les païens s’en tinrent là, en attendant une occasion plus favorable. Celle-ci ne tarda pas à se présenter . Au bout de quelques mois, le mandarin est changé et remplacé par un autre de sentiments bien différents. Les ennemis des chrétiens reviennent à la charge et obtiennent gain de cause. Tous les colons et fermiers chrétiens sont condamnés à quitter le pays, et les satellites se mettent en campagne pour faire exécuter la sentence. M. Blettery a porté plainte auprès d’un mandarin supérieur. Dieu veuille que justice soit rendue !
La révision qui doit avoir lieu en 1872, du traité conclu entre la France et la Chine, à la suite de l’expédition victorieuse des alliés, a donné naissance à un memorandum lancé par le gouvernement chinois, et qui a fait autant de bruit en Europe, qu’en Chine même. Les intentions secrètes de ceux qui ont rédigé le memorandum et qui voudraient voir conclure un traité, sur les bases qu’ils proposent, ne sont pas douteuses. Ils demandent qu’aucune indemnité ne soit plus désormais accordée aux missions, pour la confiscation, ou la destruction de leurs biens. Ceux qui demandent ces choses, sont ceux précisément qui, il y a huit ans, soulevaient la multitude dans la ville de Tchong-kin et la lançaient contre la demeure de l’évêque. On sait que, quand tout fut pillé et brisé, cette populace se rua sur 72 familles chrétiennes et traita leurs maisons et leurs propriétés de la même manière. Les mêmes scènes se sont renouvelées depuis à Tong-tou, à Pen-choui, à Ho-ché-ia, à Yéou-yang et ailleurs.
Les rédacteurs du memorandum demandent encore que les établissements des missions soient placés sous la surveillance d’un officier chinois, et qu’on ne tolère plus ni hospices d’enfants trouvés, ni écoles de filles. Voilà comment le gouvernement chinois entend la liberté religieuse ! On s’imagine aisément ce que deviendraient les séminaires et les collèges, les orphelinats et les écoles, sous le contrôle d’un mandarin chinois haineux et taquin.
L’accueil qui a été fait en Europe, à ce fameux memorandum, permet d’espérer qu’il n’en sera plus question, et que les libertés et les garanties qui avaient été obtenues en faveur des chrétiens, auxquels elles sont aujourd’hui plus nécessaires que jamais, leur seront conservées.
Voici les chiffres de l’administration, tels qu’ils nous sont transmis du Sutchuen oriental :
Exercice 1870-1871
Baptêmes d’adultes 734
Catéchumènes 862
Adorateurs 1,529
Au nombre des baptêmes d’adultes, il faut ajouter encore ceux de la Société des mendiants. Ils se montent cette année au chiffre de 1,614 . Cette Société a pour but d’aller dans les réduits où se retirent les mendiants, de les exhorter, quand ils sont malades, à se faire chrétiens. S’ils y consentent, on leur donne les soins spirituels et aussi les soins corporels que réclame leur état : puis on les baptise, et ordinairement, il en est peu qui survivent. Nous devons noter aussi, au sujet du nombre des baptêmes d’adultes donné ci-dessus, que quatre districts, à cause de la difficulté des communications, n’avaient pu envoyer à temps le compte rendu de leurs travaux. Le nombre des chrétiens, dans le vicariat du Sutchuen oriental, s’élève à environ 38,000. Le personnel comprend 1 évêque, 21 missionnaires et 34 prêtres indigènes. Les vides causés dans cette mission par la mort de notre regretté confrère. M. Croizat, et par la perte de plusieurs autres, que leur santé a éloignés des travaux du ministère apostolique, ont été comblés par le départ de trois nouveaux ouvriers, que rejoindront, dans quelques semaines, un même nombre de jeunes missionnaires.
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