| Année: |
1873 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Tibet |
| Rédacteur: | Mgr Chauveau |
Mission du Thibet.
Une tourmente pareille à celle qui renversa Bonga, le 29 septembre 1865, s’est élevée récemment à Bathang, menaçant d’entraîner, dans une commune ruine, les six postes que nos confrères occupent sur la frontière du Thibet. Mgr Chauveau nous donne ces tristes nouvelles dans une lettre du 10 novembre 1873, d’où nous extrayons les détails qui suivent.
Les grandes lamasseries de Lhassa, effrayées de l’influence qu’acquéraient peu à peu les idées chrétiennes, résolurent de ruiner les établissements des missionnaires. Il leur fut facile de faire entrer dans leurs vues les lamas de Bathang, qui se chargèrent des préparatifs et de l’exécution de l’émeute. Faire venir des montagnards indisciplinés, leur donner un mot d’ordre, puis les lancer tout à coup contre deux pauvres prêtres désarmés et sans soutiens, ce fut pour les lamas une chose facile. Le plan fut exécuté rigoureusement, et les deux missionnaires, malgré la résistance passive qu’ils opposèrent, durent abandonner leur maison, qui ne fut plus bientôt qu’un amas de ruines.
Deux autres stations chrétiennes, situées plus avant vers le sud-ouest, mais toujours sur le territoire de Bathang, ont dû subir le même sort. « Les Thibétains nous ont chassés, écrit Mgr « Chauveau, parce que, disent-ils, nous sommes la cause du terrible tremblement de terre de « 1870, de l’intempérie des saisons, de la multiplication des mulots et des lièvres, de la « sécheresse, des inondations et de plusieurs autres calamités dont leurs malheureux lamas les « menacent dans un avenir prochain. Daigne la lumière éternelle éclairer ces pauvres « aveugles ! On se sent presque fier, quand on voit peser sur soi des accusations comme celles « que je viens de citer. Il faut que la doctrine évangélique soit bien pure, pour que l’idolâtrie « en soit réduite à la combattre par des injures aussi puériles… Notre-Seigneur a bien ses « raisons pour permettre toutes ces épreuves ; elles étourdissent un moment, mais l’espérance « qu’elles auront un terme et qu’elles tourneront à notre bien suffit pour nous consoler dans « nos heures d’angoisses ! » Espérons toutefois que cette tourmente n’aura pas eu de funeste contre-coup dans les autres stations, et que cette nouvelle épreuve hâtera le jour des miséricordes, jour tant désiré, et depuis si longtemps attendu par la mission du Thibet.
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