| Année: |
1874 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Sutchuen occidental |
| Rédacteur: | Mgr Pinchon |
Sutchuen occidental.
1874
Cette Mission a subi depuis un an d’assez rudes épreuves . Le zèle des missionnaires n’a pu s’exercer qu’au milieu de tracasserie et de difficultés sans nombre , et néanmoins il a porté des fruits de salut très-consolants ; le chiffre des baptêmes de païens n’y a pas diminué .
Deux lettres de Monseigneur Pinchon du 28 août 1874 , adressées aux Conseils centraux de la Propagation de la Foi et à nous , donnent sur la situation actuelle de ce vicariat des détails intéressants , mais où la tristesse a nécessairement plus de part que la joie : nous en extrayons ce qui suit :
« La persécution continue , le ravage s’étend sur la moitié de mon vicariat et menace de l’envahir tout entier . Ma mission se compose des parties occidentale et septentrionale de la vaste province du Sutchuen. La partie occidentale a des chrétiens presque partout , disséminés dans les villes et les campagnes . Ceux-là ont généralement la paix et vivent en bonne intelligence avec les païens dont peu cependant se convertissent .
« Dans la partie septentrionale il n’y avait presque pas de chrétiens , mais , depuis quelque temps , des dispositions admirables chez un grand nombre de païens . Nous avons là sept à huit mille néophytes dont la conversion a excité contre nous une violente tempête . Des lettrés , des chefs de villages unis à une tourbe de bandits et de scélérats recrutés de toutes parts se sont rués sur nos chrétiens . La ville de Chouen-Kinfou a été le premier théâtre de leurs sanguinaires exploits . Plusieurs centaines de néophytes ont été pillés et frappés ; l’oratoire et la pharmacie ont été détruits , et cela en plein jour et dans une grande ville dont les mandarains civils et militaires ou étaient secrètement de connivence avec les malfaiteurs , ou n’ont rien fait pour arrêter ces désordres . Le gouverneur de la province et le maréchal tartare , instruits de ces événements , nous payèrent de belles paroles et d’ordres inexécutés .
« A Pa-Tcheoû , ville de second ordre , nous avons un millier de nouveaux chrétiens . Les païens , jaloux du mouvement prononcé de conversions à la foi , se sont réunis contre nos enfants et ont porté le ravage ou l’incendie dans toutes les stations chrétiennes . Le curé du district , dont la tête avait été mise à prix , fut obligé de se cacher , et les coupaples , qu’on fait semblant de poursuivre , restent encore impunis .
« Dans l’arrondissement de Su-lin-hien , un grand mouvement de conversions s’était produit ; nous avions reçu l’abjuration de plus de trois mille païens en un an . Aussitôt une formidable conjuration de gentils se forma contre nous , ayant à leur tête le sous-préfet de la ville . Nombre de montagnards se joignirent à eux , tout fut mis à feu et à sang et trois de nos néophytes , refusant d’apostasier , furent tués ; là non plus , justice n’est pas encore faite des assassins .
« A la faveur de la tranquillité dont on jouissait à Liû-choûi grâce à l’énergie et à la capacité du mandarin , près de quatre mille païens s’étaient convertis . Les gardes nationaux se sont insurgés contre eux et le sang a coulé ; beaucoup de néophytes ont été blessés , cinq ont été mis à mort , et leur curé , auquel on en voulait surtout , n’a échappé que comme par miracle . Le mandarin , quoique bien intentionné , n’a pas assez de forces pour réprimer et punir les perturbateurs . »
Tel est le résumé du tableau que Mgr Pinchon nous trace de l’état de sa mission . Le calme et la paix y promettraient à l’Église de nombreuses conquêtes sur la gentilité . Daigne le Seigneur prendre en pitié la foi naissante et éprouvée de ses nouveaux adorateurs !
Le séminaire de la Mission situé à Mo-pin au milieu des montagnes , pays peu propice à son développement , a été transféré au centre du Vicariat . Les sacrifices faits pour cela trouveront une compensation dans l’extension que cet établissement pourra prendre .
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