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Rapport annuel des évêques

Année: 1875
Pays: Chine
Mission: Kouang-si
Rédacteur:Mgr Foucard

Kouang-Si
1875

Cette Mission a été régulièrement constituée et érigée en Préfecture Apostolique par Bref du St-Père, en date du 6 août dernier. Un autre Bref, du même jour, nommait Préfet Apostolique M. Jolly, que Mgr Guillemin avait déjà choisi comme supérieur de cette Mission, avant qu’elle fût définitivement séparée de celle du Kouang-Tong. M. Jolly, s’étant vu forcé par le mauvais état de sa santé de revenir en France, a délégué ses pouvoirs à M. Foucard, qui administre actuellement le Kouang-Si en qualité de Pro-Préfet Apostolique.
N’ayant pas reçu de compte rendu de cette nouvelle Mission, qui ne fait que commencer à s’organiser, et dont les débuts ont été contrariés par toutes les épreuves assez ordinaires en pareilles circonstances, nous nous contenterons de donner quelques détails tirés des correspondances particulières, venues des trois points qu’occupent nos confrères.
Dans une lettre datée de Chang-Sé-Tchéou, en décembre 1874, M. Foucard annonçait qu’il avait eu la consolation d’administrer 9 baptêmes, le jour de saint François-Xavier, et un autre quelques jours plus tard.
Écrivant de la même ville, en juillet dernier, il nous donne encore divers renseignements, tant sur les sauvages des montagnes dont il a entrepris l’évangélisation, que sur une coutume barbare de la ville de Chang-Sé. « Nos pauvres sauvages n’ont pas d’autre culte que celui du démon, et quand ils sont malades, pour l’apaiser, ils lui sacrifient ; sur la demande du devin ; leurs porcs et leurs poules . Ces braves gens sont cependant ma principale consolation et mon espoir en ce moment… Eux ne tuent pas leurs enfants, ils élèvent tous ceux que le bon Dieu leur donne. Seulement, comme ils sont très-pauvres, dans les mauvaises années, ou après de longues maladies qui les ont privés de leur travail, ils les vendent pour ne pas les voir mourir de faim. Le premier petit sauvage baptisé au nom de la Sainte-Enfance a été appelé Paul. Ce petit ange, à peine arrivé au ciel, a obtenu la conversion de toute sa famille, qui a aussitôt rejeté ses superstitions. J’espère bien qu’il obtiendra encore des grâces de Dieu pour ses compatritotes grands et petits.
« Quant à la Sainte-Enfance dans la ville de Chang-Sé, présentement, il nous est difficile de rien faire. C’est l’usage que, dans chaque famille, on garde deux garçons et une fille, tout le reste est impitoyablement égorgé en naissant. Les mandarins ont lancé des édits pour détruire cette coutume barbare ; ils ont rétabli un hospice des enfants trouvés ; rien n’y fait. Si j’ai eu quelques baptêmes l’an dernier, c’est grâce à une épidémie. Mais, des enfants de fumeurs d’opium ruinés, comme ceux que j’ai achetés l’an passé, ne sont pas rares ici, et nous pourrons plus tard, quand nous serons bien posés, avoir un orphelinat. »
Du côté de Si-Lin-Hien, les nouvelles laissent toujours beaucoup à désirer. La mauvaise volonté que les mandarins apportaient pour rendre justice de la brutale attaque des païens et des dégâts causés à la maison des missionnaires , et chez leurs chrétiens , avait déterminé le voyage de M. Souchières à Canton. Après de longues difficultés , le vice-roi a enfin envoyé des ordres pour rebâtir la maison de nos confrères , dans la ville de Si-Lin-Hien, et pour leur payer une indemnité. Or M. Bazin écrivait de Chang-Tsin, au commencement de février, que le courrier porteur de ces ordres était bien arrivé, mais que le mandarin de Si-Lin-Hien refusait de traiter l’affaire !…
Dans la même lettre, le cher confrère donnait les détails suivants : « Voici le compte rendu de mon administration de Si-Lin-Hien, depuis huit ans que je suis ici ; ce n’est pas brillant et c’est peu encourageant ; mais, en retour, nous avons bien eu notre part de souffrances ! Quand je suis arrivé à Si-Lin-Hien, j’ai trouvé à peu près 80 chrétiens baptisés, grands et petits, divisés en cinq petites chrétientés, savoir : Chang-Tsin, Kouan-Chan, Gay-Kio, Pan-Po, et Yao-Chan. Aujourd’hui, Gay-Kio et Pan-Po n’existent plus ; les chrétiens de ces localités se sont établis, en grande partie, à Chang-Tsin. Maintenant, j’ai six centres que je visite habituellement : les trois ci-dessus, plus Mao-Pin, Ouy-Mey et Pa-Siou. En outre, dans les pays ravagés par les rebelles, il y a partout quelques familles chrétiennes isolées. J’ai, en tout, 231 chrétiens baptisés. Je fais la visite deux fois par an, ce qui double les confessions et communions. De plus, je commence à avoir quelques confessions aux grandes fêtes ; j’espère que le nombre ira toujours croissant. »
Au mois de juin, M. Souchières écrivait encore de Canton : « j’ai reçu une lettre de M. Bazin, qui m’annonce qu’un petit village voisin, où nous avions une famille chrétienne, vient de demander à embrasser la religion. Il y a à peu près huit familles. C’est toujours de la race de nos pauvres Tchon-Kia-Tsé, (celle convertie autrefois par le Vén. Chapdelaine). »
Quant à nos deux confrères qui travaillent près de la frontière du Kouy-Tchéou, MM. Chouzy et Renault, leur position est toujours assez précaire. Sur la fin de l’année dernière, M. Chouzy écrivait : « Voilà deux mois que je suis en ville, pour tâcher d’y louer ou acheter une maison. J’ai aussi à traiter l’affaire de l’emplacement qui nous est dû par la municipalité, en compensation des dommages causés dans la dernière persécution. Or, je n’ai rien obtenu sur le premier point, et je ne suis pas satisfait sur le second. En attendant, je suis logé dans une sale auberge chinoise, à raison de 10 francs environ par mois, tout en occupant seulement une chambre de 10 pieds carrés et me nourrissant entièrement à mes frais. Outre que, naturellement, je suis privé de la célébration des Saints Mystères, j’ai l’avantage d’entendre, jusqu’à deux heures du matin, toutes les nuits, les causeries bruyantes des fumeurs d’opium qui logent ici, sans parier du tintamarre de toute la journée. »
Dans son ensemble, cette pauvre Mission est très-éprouvée ; et, pour se développer et prospérer, elle a besoin de grâces spéciales, que Dieu ne manquera pas d’accorder à cet héritage d’un martyr.



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