| Année: |
1875 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Sutchuen occidental |
| Rédacteur: | Mgr Pinchon |
Su-Tchuen occidental.
1875
Mgr Pinchon, dans son dernier compte rendu, rappelle les malheurs qui frappèrent son vicariat, l’année passée, et spécialement les pillages et les massacres qui furent commis à Su-Lin-Hien, Chouan-Kin-Fou et Lin-Choui, épreuves qui, bien entendu, ont momentanément paralysé les progrès de la foi dans le pays. « Toutefois, ajoute S.G., hâtons-nous de dire que « nous avons l’espérance de recouvrer prochainement la paix. Nos ennemis étant allés trop « loin dans le mal, ont lassé la patience de tout le monde, même de nos mandarins, les vrais « fauteurs secrets de tous nos malheurs. Des ordres satisfaisants et sévères ont été donnés par « le gouvernement du Su-Tchuen. Su-Lin-Hien a recouvré la paix et a été divisé en quatre « districts ecclésiastiques. – Chouan-Kin-Fou est en voie d’accommodement : les deux « mandarins, l’un civil et l’autre militaire, qui étaient à la tête des meneurs, ont été destitués et « remplacés par des hommes plus pacifiques. J’ai envoyé M. Coupat à Chouan-Kin-Fou pour « en venir à un arrangement acceptable. Je compte sur la réussite, et déjà ce pays, qui formait « jadis un seul district ecclésiastique, est divisé en trois. Je vais y envoyer de bons prêtres « pour réparer vite nos ruines et gagner du terrain, s’il est posible. – Reste Lin-Choui, où la « paix est encore à rétablir. On m’a cependant fait des promesses, et je les crois fondées. Sous « peu, on s’occupera de cette localité. – Veuillez, Messieurs, continue Mgr Pinchon, prier « beaucoup le Dieu de la paix pour qu’il nous la donne et nous la conserve longtemps . Depuis « trois ou quatre mois, nos païens répandent avec fureur des placards immondes contre nous « et contre notre sainte religion. Cette rage a commencé dès l’arrivée de M. de Roquette à la « capitale du Su-Tchuen. (M. de Roquette avait été envoyé au Su-Tchuen par la Légation de « France à Pékin, pour terminer l’affaire du meurtre de M. Hue, missionnaire du Su-Tchuen « oriental). Dès son arrivée à la capitale, M. de Roquette se vit caricaturé de toutes façons : et « depuis, c’est une avalanche d’immondices qui ne cesse de tomber sur nous. Par ce moyen, « les méchants obtiennent le résultat qu’ils désirent ; ils empêchent les conversions ou font « apostasier les néophytes .
« Quelques-unes de nos œuvres , ayant eu trop à souffrir, nous ont donné moins de « consolations que les années précédentes. Nos baptêmes d’adultes ont un peu diminué. Du « reste, toute l’année nous avons été condamnés à glaner au milieu de nos champs dévastés ! « Il ne faut donc pas s’étonner si nos gerbes sont moins grosses et moins nombreuses. « Espérons qu’elles nous donneront plus tard une semence excellente et qu’un grain en « produira cent autres. »
Postérieurement à l’envoi des renseignements ci-dessus par Mgr de Polémonium, une nouvelle épreuve a encore atteint un missionnaire du Su-Tchuen occidental et sa chrétienté. M. Bompas écrit à M. Delpech que, le dimanche 24 octobre, à une heure de l’après-midi, lorsque ses chrétiens s’étaient déjà retirés après avoir récité leurs prières, et qu’il se trouvait seul avec quelques catéchistes et domestiques, sa résidence de Yun-Chan, à laquelle était joint sa chapelle, fut soudainement envahie par trois ou quatre cents lettrés, qui démolirent et brisèrent absolument tout. Cette œuvre de destructions s’accomplissait sous les yeux d’une multitude d’habitants accourus pour voir le spectacle, et en présence d’un grand nombre de satellites, qui, au lieu de protéger les victimes, prenaient part au pillage avec les autres. M. Bompas fut emporté, comme malgré lui, par un catéchiste qui visait à lui sauver au moins la vie. Ce fut à grand’peine qu’il obtint asile au Ya-men, où il était allé demander secours. Les lettrés l’y poursuivirent et menacèrent d’envahir le prétoire. Ils n’osèrent pas, toutefois, mettre cette menace à exécution. Le lendemain, sur les vives instances de M. Bompas, le vieux mandarin se décida à publier une proclamation ordonnant aux autorités sous ses ordres de protéger les néophytes. Cependant, malgré cette proclamation, ce mandarin se montrait toujours faible et notre cher confrère se retira à Yu-Chan-Ssé, pour attendre la suite des événements .
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