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Rapport annuel des évêques

Année: 1875
Pays: Chine
Mission: Sutchuen oriental
Rédacteur:Mgr Desflèches

Su-Tchuen oriental.
1875

Comme les années précédentes, le bon Dieu a encore visiblement béni, en 1875, un sol récemment arrosé du sang des martyrs ; les baptêmes d’adultes dans cette Mission atteignent le chiffre de 2,148. Ce n’est pas, toutefois, sans difficultés que nos chers confrères ont recueilli cette belle misson, quoique, dans son ensemble, le vicariat ait joui de beaucoup plus de calme que par le passé, comme on peut le voir par le rapport que nous avons reçu de Mgr Desflèches et dont nous nous faisons un plaisir de reproduire ici quelques extraits.
« L’administration s’est faite, en général, assez tranquillement. L’affaire de Kien-Kiang, aujourd’hui heureusement terminée, tenait les mandarins dans l’inquiétude, et ils s’étudiaient à ne pas aggraver leur position, par de nouvelles attaques contre les chrétiens . Leur plan, aujourd’hui, est d’arrêter la propagation de la foi, non par la violence, mais en empêchant, par-dessous main, les populations de nous écouter et de nous fréquenter. Le mot d’ordre est donc de nous laisser seuls chez nous, et, au dehors, de nous laisser tranquilles, et surtout de bien se garder de nous frapper ou de nous insulter. Ce délaissement, s’il devenait général , nous serait plus funeste qu’une persécution violente ; mais, heureusement, il ne prend point partout. En beaucoup de localités, la prédication trouve encore des auditeurs, et partout amène quelques conversions, aujourd’hui peu nombreuses à la vérité, mais qui cependant excitent l’attention et amènent d’autres conversions. Seulement, la prédication ne peut plus s’afficher comme ci-devant ; on doit y procéder un peu secrètement, sans bruit, sous peine de la voir entraver d’une manière ou d’une autre….
« Quoique nous jouissions généralement d’une certaine tranquillité, il y a pourtant, chaque année , sur un point ou sur un autre, opposition à force ouverte contre la religion chrétienne. De là suit un malaise qui arrête le mouvement des conversions et même, souvent, fait retourner en arrière bon nombre de récents adorateurs. Ajoutez à cela des rumeurs hostiles continuelles, répandues par nos ennemis, dans le dessein d’effrayer les néophytes et d’empêcher les païens de nous écouter, et vous comprendrez comment des difficultés de tout genre viennent, partout, entraver la prédication de l’Evangile. Quoi qu’il en soit, nous devons cependant reconnaître que la manière favorable dont a été terminée l’affaire de Kien-Kiang, relativement au massacre de MM. Hue et Tay, retient le mauvais vouloir de plusieurs mandarins et notables ; et qu’en conséquence on ne nous causera pas tout le mal qu’on voudrait bien nous faire. En effet, sur la demande de M. de Roquette, venu ici à ce sujet, accompagné de son chancelier-interprète, M. de Bezaure, nos grands mandarins ont fini par consentir à prononcer des peines contre les principaux notables de Kien-Kiang, et même contre le mandarin Kouy, lequel a été déclaré coupable, et comme tel, soumis à une amende, condamné à sortir de la province, sans pouvoir dorénavant gérer aucune charge du gouvernement. Nous n’aurions, il faut le reconnaître, jamais pu obtenir un tel résultat, si M. de Rochechouart ( que Dieu récompense !) n’avait pris sur lui de nous envoyer son premier secrétaire. M. de Roquette. Nous en avons sincèrement remercié ces Messieurs, et, par eux, le gouvernement français.
« Dès avant la fin du procès, nous avions pu, sous le successeur du mauvais mandarin Kouy, acheter une grande maison dans la ville de Kien-Kiang-Hien. Elle vient d’être disposée pour contenir une pharmacie, un oratoire et une résidence pour les missionnaires. Aujourd’hui, M. Lorrain s’y trouve installé, en compagnie d’un prêtre chinois. Ce cher confrère écrivait, au commencement de ce mois de septembre :
« Je suis renté à Kien-Kiang depuis une dizaine de jours. Beaucoup de païens entrent chez « nous et visitent oratoire. Pour le moment, nous les laissons pénétrer partout et tout voir de « leurs propres yeux. Aussi, commence-t-on à croire que les mauvais bruits répandus contre « nous sont entièremenet faux….Quand, les jours de marché, nous avons affluence de « visiteurs, un catéchiste expose la doctrine et chacun s’en retourne satisfait. Nous comptons « en ce moment une trentaine d’adorateurs, presque tous chefs de famille. Il y a donc lieu « d’espérer que leurs femmes et leurs enfants ne tarderont pas à suivre leur exemple. Du reste, « parmi ces adorateurs se trouvent quelques lettrés, entre autres, le frère d’un bachelier, « quelques maires ou officiers municipaux… »
« Nous avons partout à lutter, ou contre l’indifférence ou contre l’opposition armée ; là, par le zèle, ici par la prudence. Pendant ces six dernières années, la mission a fait de grandes pertes en missionnaires et en néophytes ; la mort a fait beaucoup de victimes parmi les uns et les autres …
« Toutefois, malgré tant de difficultés, nous sommes toujours pleins d’espérance. Nous travaillons à l’œuvre de Dieu ; ce Maître tout-puissant saura bien nous fournir les moyens de surmonter les obstacles ou de les tourner, de manière à nous permettre d’augmenter chaque année le nombre de ses adorateurs. »
Puissent les espérances de Sa Grandeur se réaliser, et par là ajouter encore aux motifs que nous avons déjà de remercier Dieu pour les succès obtenus jusqu’ici.



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