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Rapport annuel des évêques

Année: 1875
Pays: Chine
Mission: Yunnan
Rédacteur:Mgr Ponsot

Yun-Nan. 1875

Mgr Ponsot s’applaudissait, l’année dernière, de voir enfin la paix rendue à sa chère Mission, et de pouvoir, à la faveur de cette paix, recouvrer les postes que la guerre des mahométans avait fait perdre et en fonder de nouveaux. Ces espérances, sans doute, ne seront pas vaines, et, Dieu aidant, elles achèveront de se réaliser. Toutefois, la divine providence a permis encore de nouvelles épreuves avant leur réalisation. Voici comment Mgr de Philomélie les rapporte, dans deux lettres adressées l’une à M. le directeur de la Sainte-Enfance et l’autre à MM. les membres des Conseils de la Propagation de la Foi :
« A l’ouest de la province, nous avons quelques districts de fervents chrétiens , qui, après de longues souffrances et privations, commençaient à jouir d’une paix ardemment désirée. Déjà ils élevaient à Dieu, dans leur reconnaissance, une belle église, et se promettaient des jours heureux. Mais l’ennemi de tout bien est venu de nouveau fondre sur eux. Les bonzes et les autres païens ejusdem farinœ , profitant de la paix, se mirent à faire des quêtes et à lever des contributions, pour bâtir, disaient-ils, de nouvelles pagodes, mais plutôt dans un but de révolte, comme ils le prouvèrent plus tard. Les chrétiens , qui ne pouvaient ni ne voulaient coopérer à ces superstitions, devinrent l’objet de l’animadversion publique. Pour se venger, les païens firent d’abord courir le bruit que les chrétiens voulaient se révolter. Un instant même, les mandarins parurent ajouter foi à ces bruits. Mais ils furent bientôt détrompés par M. Leguilcher, supérieur de ces chrétientés, qui leur écrivit que non-seulement les chrétiens ne se révolteraient pas, mais qu’au contraire ils seraient eux-mêmes victimes du ressentiment des païens, et cela sous peu , si l’on ne venait promptement à leur secours. En effet, des affiches incendiaires excitaient le peuple à un massacre général des chrétiens .
« Cependant, un autre but qui préoccupait également les païens était de se révolter contre le gouvernement établi et de se donner un autre chef. Ils s’y préparèrent peu à peu, et quand ils se crurent en force, ils levèrent l’étendard de la révolte et commencèrent par s’emparer d’un grand marché, où résidait M. Baptifaud, avec une grande partie des chrétiens . Ce cher confrère avait été pressé secrètement de se joindre aux révoltés ; mais il avait toujours repoussé énergiquement ces indignes sollicitations. La veille du jour où le marché fut pris, il rassembla ses chrétiens et leur dit que, si les révoltés venaient uniquement pour massacrer et piller le peuple, ils se défendraient courageusement et ne céderaient qu’à la force ; que si, au contraire, les païens en voulaient aux chrétiens par haine de leur religion, il leur défendait de résister. « Donnons notre vie pour Dieu, disait-il, et soyons heureux d’avoir une si belle occasion d’acquérir le ciel. » Dans la nuit du 16 au 17 septembre, les révoltés s’emparèrent du marché. M. Baptifaud, qui croyait tous ses chrétiens réunis au palais du petit mandarin, se hâta de s’y rendre, au lieu de se sauver, comme il aurait pu le faire. Il dit à son domestique, qui nous l’a rapporté lui-même : « Allons secourir nos chrétiens. » Mais, hélas ! à peine arrivé dans le palais, il fut pris par les révoltés, qui en étaient déjà maîtres ; ils le lièrent et lui coupèrent la tête, sans autre forme de procès. Quelques minutes auparavant, ils avaient aussi massacré un chrétien , qui était venu en toute confiance, se réfugier dans cette caverne de voleurs. Le domestique du Père, témoin oculaire de tous ces faits, fut saisi et s’attendait à subir le même sort ; mais la providence le protégea d’une manière toute particulière et l’amena sain et sauf à ma résidence.
«Le meurtrier de M. Baptifaud et les chefs de la révolte furent vite punis de leurs attentats. En quelques jours , les soldats chinois dispersèrent tous ces révoltés, s’emparèrent du plus coupable, qu’ils emmenèrent au chef-lieu de la province, où on le décapita. La paix fut aussitôt rétablie, et M. Leguilcher, qui avait craint pour la belle chapelle qu’il venait de construire, put circuler librement comme par le passé, et accomplir sans entrave son ministère. »
Nous résumons, d’après les mêmes lettres de Mgr Ponsot, les autres nouvelles concernant la Mission du Yun-Nan :
Le contre-coup de ces troubles se fit sentir dans une autre partie du Si-Tao. Sur les faux bruits qui se répandaient également que les chrétiens de Ma-Chang se révoltaient aussi, le neveu du premier mandarin du lieu se rua sur le prêtre indigène chargé de cette chrétienté et le conduisit en prison, où il passa dix jours, la chaîne au cou. Après cela, il fut remis en liberté, les autorités supérieures ayant désapprouvé l’acte de violence commis à son égard.
Plus tard, le passage, à travers la province, des deux ou trois Anglais qui avaient mission d’ouvrir une route de la Birmanie au Yun-Nan, et le séjour qu’ils firent à Ta-Ly-Fou furent une nouvelle source de tracasseries pour les chrétiens . Après le départ des Anglais, les mandarins maltraitèrent et chassèrent les quelques familles chrétiennes qui se trouvaient dans la ville. Le meurtre de l’un de ces étrangers, M. Margary, paraît aggraver encore la situation : on craint que les réparations que les Anglais ne manqueront pas d’exiger pour ce meurtre n’excitent de plus en plus la haine des mandarins, et que ceux-ci ne cherchent à se venger sur les missionnaires et les chrétiens . Le chef actuel de la province, Tsen-fou-tay, est d’ailleurs leur ennemi déclaré ; c’est lui qui poursuit de sa haine M. Fenouil, qu’il a accablé d’avanies et auquel il vise à faire refuser tout logement à la capitale.
Malgré ces tribulations, Dieu ne laisse pas de bénir et de faire fructifier les travaux de nos chers confrères dans la Mission du Yun-Nan. « C’est surtout dans l’arrondissement de Ku-Tsin-Fou, écrit encore Mgr Ponsot, que notre sainte religion fait des progrès étonnants. Il y a environ dix ans, un nommé Tsao-Se se convertissait et devenait le premier chrétien de ce vaste district. Aujourd’hui, trois missionnaires suffisent à peine à la besogne. Plus de mille néophytes , dont les deux tiers sont déjà baptisés, et tous les jours de nouveaux adorateurs, tel est l’état de cette nouvelle chrétienté, appelée à devenir une des plus importantes de la Mission. Nous y avons établi deux orphelinats de filles, où les nouvelles catéchumènes viennent également apprendre la doctrine nécessaire au baptême. Les missionnaires ont dû se construire chacun une demeure et élever une petite chapelle.
« Au nord de la province, où se trouve ma résidence, et où nous avons le plus grand nombre de nos chrétiens , nous ne sommes pas trop inquiétés. Les mandarins, sans nous être favorables, nous laissent la liberté de visiter nos chrétientés. Les conversions ne sont pas très-nombreuses ; néanmoins, chaque année , nous avons la consolation de glaner quelques épis, que nous offrons au Père de famille.
« A une journée de ma résidence, se trouve un district de 700 chrétiens environ. Le missionnaire qui les visite habitait dans une forteresse, moitié chrétienne, moitié païenne. L’espace qui lui avait été concédé et où, chaque dimanche, il réunissait les chrétiens pour entendre la sainte messe, était si restreint, que, cette année , nous avons résolu de mettre fin à ces difficultés . Nous nous sommes procuré un petit terrain, sur lequel nous avons bâti une jolie chapelle dans laquelle les chrétiens seront au large, et une maison, assez convenable pour le pays, qui servira de demeure pour le missionnaire.
« Du côté du midi, les confrères m’annoncent comme très-probable la conversion de toute une grande tribu des Lo-Lo, c'est-à-dire de 4000 à 5000 personnes. Si l’événement justifie leurs espérances, il sera, je n’en doute pas, le signal de beaucoup d’autres conversions du même genre. »
Puissent ces belles espérances se réaliser et dédommager ainsi la chère mission du Yun-Nan de tout ce qu’elle a eu à souffrir depuis bon nombre d’années, à cause de tous les troubles et de toutes les guerres dont elle a été le théâtre.




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