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Rapport annuel des évêques

Année: 1876
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen occidental
Rédacteur:Mgr Desflèches

Su-tchuen occidental. 1876

L’année dernière, nous terminions le compte rendu de cette Mission par le récit des vexations de toute nature auxquelles nos confrères et les néophytes du Su-tchuen occidental avaient été en butte. Ces calamités n’étaient, hélas ! que le prélude de plus grandes encore. La persécution , commencée en mars au Su-tchuen oriental, a étendu ses ravages à l’occidental dans le courant de juillet, et les y continuait encore aux dernières nouvelles.
Aux causes que Mgr de Sinite donne de la persécution de 1876, Mgr de Polémonium en ajoute un autre qui explique la conduite des autorités locales et l’impunité accordée aux assassins des néophytes . Le vice-roi qui gouvernait le Su-tchuen l’année dernière avait promis de faire droit aux réclamations de Mgr Pinchon et de punir les auteurs des troubles survenus dans la ville de Chouen-chin-fo_ et du meurtre de deux chrétiens , etc… « Mais en janvier 1876, écrivait Sa Grandeur à la date du 16 août, le vice-roi fut changé, et son successeur s’est trouvé, malheureusement pour nous, être l’ennemi juré des Européens et partant, des chrétiens . De ce changement résultèrent les conséquences les plus désastreuses pour notre sainte religion. » Non-seulement aucun coupable n’a été puni, aucune réparation n’a été faite, mais de plus grands désastres encore sont venus frapper la Mission.
« Le 20 juillet dernier, écrit encore Sa Grandeur, le peuple coalisé de plusieurs sous-préfectures prit les armes (ils étaient de 5 à 6,000 hommes) et, étendard en tête, se précipita sur nos chrétientés les plus florissantes de Louï-Kiang-hién. Les maisons furent pillées, incendiées ; bon nombre de néophytes blessés, 8 d’entre eux, dont 2 enfants, furent égorgés avec un raffinement de cruautés dont on ne trouve d’exemples que chez les cannibales. » Une grande croix fut fabriquée, on dépouilla les victimes de leurs vêtements, on les attacha successivement sur cette croix et puis on les coupa en morceaux. Le lendemain 4 autres chrétiens eurent encore le même sort… Puis, vint le tour de ceux qui avaient pris la fuite pour échapper aux mêmes tourments. Toutes leurs maisons ont été pillées et détruites. 40 ou 50 familles sont en fuite. Elles ne peuvent pas même retourner sur l’emplacement de leurs demeures, car des meurtriers veillent partout, exigeant de leurs victimes l’apostasie ou la vie. Plus de 2,000 chrétiens sont ainsi chassés de chez eux, complètement ruinés, et ne savent où trouver un abri. Ils se réfugient auprès de nous, nous demandent des habits et un peu de riz pour ne pas mourir de faim. Dieu, quelle désolation ! Si, au moins, nos malheurs se bornaient là ! mais un spectacle plus triste encore se produit dans une autre localité. Une affreuse conjuration, semblable à celle du Louï-Kiang-hién, s’est formée à Lin-choui-hién. Le 28 du mois d’août, elle a commencé ses ravages et continue de tout détruire. Le 5 septembre dernier, les assassins sont entrés dans la ville de Lin-choui-hién, et, comme partout, ils ont commencé par la destruction de notre oratoire ; de là, ils se sont portés sur les maisons des chrétiens , dont pas une n’a échappé au désastre. A Louï-Kiang-hién, le nombre des morts qui nous est connu est de 15. Un d’entre eux, le nommé Loù a été enterré vivant. Plus de 400 familles chrétiennes ont été dépossédées, chassées de chez elles, et laissées sans abri et sans secours. Ces détails sont confirmés par les missionnaires des districts ainsi désolés. « Actuellement, écrivait M. Coupat, à la date du 8 septembre, pour Lin-choui-hién, ce n’est plus la persécution des temps passés, c’est l’extermination, rien n’est épargné, anciens ou nouveaux chrétiens , peu importe. Déjà 17 ou 18 stations sont anéanties, et les 7 ou 8 qui restent le seront dans quelques jours. »
A l’Occidental comme à l’Oriental les missionnaires ont demandé aux mandarins secours et protections pour leurs néophytes , ils ont obtenu à peine quelques promesses, d’ailleurs demeurées sans effet. « Il y a plus, écrivait Mgr Pinchon à Mgr Desflèches, les mandarins ne veulent pas que nous retenions dans nos maisons les chrétiens fugitifs, parce que, disent-ils, cela irrite nos ennemis. Un prêtre chinois m’écrit qu’on accuse M. Coupat de réunir ses bataillons pour la révolte, parce qu’il recueille ses chrétiens fugitifs et sans asile. »
La conséquence naturelle de la persécution a été , comme au Su-tchuen oriental, de paralyser l’action des missionnaires, d’effrayer les âmes les mieux disposées et de les éloigner, momentanément , de notre sainte religion. Néanmoins, au milieu de tant de désastres, le zèle de nos confrères n’a pas été infructueux, et les 507 adultes et les 51,552 enfants ont cette année récompensé leurs travaux et consolé leurs douleurs.



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