| Année: |
1876 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Yunnan |
| Rédacteur: | Mgr Ponsot |
Yun-nan. 1876
Grâce à Dieu, cette Mission a joui cette année d’une tranquillité rare en Chine. Les mandarins de cette province, plus ou moins compromis dans l’affaire Margary, n’ont pas osé aggraver leur situation en persécutant les chrétiens .
Nous empruntons à une lettre de Mgr Ponsot, à la date du 7 juillet 1876, le peu de détails que nous avons sur les événements dont la Mission du Yun-nan a été le théâtre. « Depuis de longues années, écrivait Sa Grandeur, il y avait eu au Yun-nan plusieurs infractions aux traités internationaux ; le mauvais vouloir des mandarins les avait laissées impunies, malgré nos réclamations réitérées. Ainsi un vaste palais avait été autrefois donné à la Mission par le Ma-ty-tai, dans l’intérieur du chef-lieu de la province. Des employés du gouvernement l’ayant incendié par accident, il nous avait été jusqu’à présent impossible d’obtenir, en compensation, autre chose que des promesses sans effet. Nous avons pris le parti d’envoyer à Pé-king un représentant de nos intérêts, qui traitât de vive voix avec la Légation française et le gouvernement chinois. Grâce aux démarches du chargé d’affaires de France, ordre fut donné de nous rendre justice. M. Fenouil, notre provicaire fut désigné pour conférer avec Ly-hân-tchang, envoyé impérial venu de Pé-king, pour le règlement de l’affaire Margary. Intimidé par l’arrivée des étrangers (la commission anglaise) et du légal impérial, notre vice-roi, qui jusqu’alors s’était refusé à tout accommodement, se hâta de faire venir M. Fenouil et reçut de la façon la plus cordiale ce confrère que jusqu’alors il avait affecté de ne pas connaître. Ce ne furent que protestations d’amitié et offres de services. Enfin, on donna à choisir au missionnaire un emplacement assez spacieux, mais situé en dehors des murs de la ville, avec faculté pour les chrétiens d’y bâtir une église. M. Fenouil, fit à une telle proposition la réponse qu’elle méritait : « Voulez-vous donc me chasser de la ville, dit-il au vice-roi, l’Empereur lui-même nous a donné ici un superbe emplacement, dussiez-vous m’offrir en échange tout le reste de la cité, je n’en voudrais à aucun prix. » Peu après, l’envoyé impérial arriva. Les visites multipliées du missionnaire à ce plénipotentiaire du Fils du Ciel firent grand bruit dans tout le pays. Les conversions nombreuses dans l’ouest du Yun-nân, arrêtées un instant par l’opposition sourde du vice-roi, recommencent avec un nouvel entrain.
« Au centre de la province, les conversions se déclarent également nombreuses parmi les I-jen, populations indigènes. » M. Fenouil a des espérances sur un autre point. « Un jeune globulé, écrivait-il à M. Chirou, le 18 avril 1876, se trouvait, il y a un an, sur le territoire de Se-mâo-pou-eûl dans les Tchâ-chan. Le chef des tribus indigènes venait de mourir, laissant un enfant de 4 ans et une fille de 18. Sa veuve peu capable de conduire les affaires de son jeune fils, cherchait un gendre qui pût gouverner le pays jusqu’à la majorité de l’héritier légitime. De son côté Tchang-ta-laò-yê, notre jeune globulé courait après la fortune qui semblait fuir devant lui. Avec un fort petit globule, il avait une grande bourse toujours vide, et de minces revenus. La main de la jeune fille lui fut offerte avec des avantages considérables , et les fiançailles se firent. A cette heure Tchang-ta-lâo-yê est ici à la capitale, faisant ses préparatifs pour aller épouser sa fiancée et s’asseoir sur son demi-trône, vers la fin de cette année .
« Cet homme m’assure qu’il a vu dans les Tchâ-chan et sur le terrain de sa belle-mère, une dizaine de chrétiens indigènes convertis par des marchands ambulants ; il m’engage à venir prêcher dans son nouveau pays. Il se fera chrétien lui-même et me donnera à mon arrivée une maison pour y habiter. Et si, plus tard, il faut bâtir, il cédera gratuitement tous les terrains dont on pourra avoir besoin. De plus, il me promet toute la protection et tous les secours que je pourrai désirer de son influence et de sa haute position dans le pays. Nous sommes convenus qu’il irait d’abord préparer les voies et qu’il m’enverrait chercher au commencement de l’année prochaine. »
Nous en pouvons que souhaiter la réalisation de ces espérances et demander à Dieu de continuer longtemps, à la Mission du Yun-nân, cette tranquillité dont elle jouit actuellement.
<< Retour page précédente
|