| Année: |
1877 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-si |
| Rédacteur: | Mgr Foucard prov. |
Kouang-Si. 1877
« Cette année encore, nous écrit M. Foucard, les épreuves ont dépassé de beaucoup les résultats heureux dans notre Mission du Kouang-Si. En effet, à Si-lin-hién, voici la réception que le successeur du meurtrier du vénérable Chapdelaine a faite à M. Bazin. « Depuis le « commencement de mai, écrivait ce cher confrère, les affaires de Si-lin-hién ont pris une bien « mauvaise tournure. Le 17 mai, le mandarin m’envoya une lettre, me priant instamment « d’aller le voir, disant que c’était le seul moyen d’arranger les vieilles affaires. Après y avoir « bien réfléchi, je me mis en route le 28, sous les auspices de la bonne Vierge, secours des « chrétiens ; tout le monde était dans la joie et espérait. Aussitôt arrivé à la ville, je fais « prévenir le mandarin de ma venue ; il paraît fort content et m’envoie aussitôt sa carte pour « m’inviter à souper avec lui, je refuse. Seconde invitation, second refus. Il est un peu « mécontent. Alors il m’invite à l’aller voir dans la soirée ; je lui réponds que, étant fatigué du « voyage, j’irai le voir le lendemain.
« Le lendemain, je me rends en effet à son prétoire ; il me reçoit d’un air très-affable ; sa « conversation roule tout le temps sur mes affaires… Il paraît très-conciliant et me dit en « terminant que cette affaire sera bientôt finie… Il m’offre alors une tasse de thé, que je bois, « et je pars. En m’accompagnant, il m’invite à dîner pour le lendemain, mais je n’accepte « point.
« A peine arrivé dans la maison où j’étais descendu, je ressentis quelques douleurs « d’entrailles et un commencement de diarrhée. Comme il était tard et que j’étais fatigué, je « pensai qu’un bon sommeil allait bientôt faire disparaître ce malaise. Il n’en fut pas ainsi. Je « passai une très-mauvaise nuit, et le matin je me levai avec des douleurs d’entrailles « tellement violentes, que je n’en ai jamais éprouvé de semblables ; de plus, j’avais une « diarrhée très-forte qui contribuait à m’épuiser. Je dois vous dire que j’ai pris de l’opium à « plusieurs reprises sans éprouver aucun soulagement. A la fin du jour, l’idée me vint de « prendre du contre-poison du Yun-nan, et c’est ce qui m’a sauvé. »
Bien que M. Bazin ait pu conjurer les effets du mal, longtemps encore sa santé en a ressenti les atteintes. Quelques jours après, les notables du lieu, dans une lettre insolente qu’ils lui adressèrent par l’intermédiaire du même mandarin, traitaient d’infâme notre sainte religion et signifiaient à M. Bazin la défense de se fixer dans leur ville, avec menace pour ceux qui s’y feraient chrétiens de les massacrer, eux et leur famille.
Ce déni de justice, ces violences enhardissent les païens, et M. Foucard constate avec douleur la complicité des mandarins, et l’inutilité de tous ses efforts pour obtenir les réparations auxquelles il a droit et la mise à exécution des traités au Kouang-Si.
Néanmoins, M. Bazin, en dépit de toutes les menaces et au péril de sa vie, est resté à son poste ; il console et fortifie par sa présence ses pauvres chrétiens. M. Souchières, aux Cent-mille-Monts, a déjà quadruplé le nombre de ses néophytes et a de grandes espérances pour un avenir prochain… Les œuvres de la Sainte-Enfance sont établies au Kouang-Si et promettent d’y devenir un puissant moyen d’implanter notre sainte religion dans ce pays. « Je dois dire, nous écrit encore M. Foucard, avec quel plaisir j’ai pu constater, une fois de plus, combien les œuvres de la Sainte-Enfance peuvent nous aider pour la propagation de la foi. A notre école de Kouy-hién, beaucoup des parents des petits enfants païens qui étudient chez nous sont venus me voir, me félicitant de la bonne œuvre que nous faisons au milieu d’eux, louant notre sainte religion et me donnant bon espoir pour l’avenir. Les enfants de nos écoles sont très-dociles, ils aiment à apprendre nos prières, qu’ils récitent matin et soir avec les chrétiens. Plusieurs fois, ils m’ont pressé, après quelques mois d’étude, de leur donner la grâce du baptême. Encore une fois, j’attends beaucoup de nos écoles. »
Tandis que nos confrères du Kouang-Si luttent, avec un courage et une persévérance que rien n’ébranle, contre des obstacles de tous genres, leur digne supérieur, qu’une cruelle maladie a éloigné de sa chère Mission, prie et souffre, afin que Dieu bénisse leurs travaux. Puissent ses prières et ses souffrances obtenir de la divine Miséricorde, pour les Missionnaires du Kouang-Si, les grâces qui leur sont nécessaires au milieu des difficultés présentes.
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