| Année: |
1877 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouy-tchéou |
| Rédacteur: | Mgr Lions |
Kouy-tchéou. 1877
« Depuis plusieurs années, écrivait Mgr Lions, à la date du mois d’août 1877, nous jouissons de la paix. Aussi chaque Missionnaire peut-il assez librement cultiver le coin de vigne qui lui est confié. En cela, nous sommes plus heureux que nos confrères des Missions voisines du Sutchuen, qui, depuis deux ans, ont beaucoup souffert de la persécution.
« Il ne serait cependant pas vrai de dire que nous avons été complétement exempts de toutes craintes. L’année dernière et même cette année, dans la partie septentrionale de la Mission, à l’exemple et, plus probablement, à l’instigation des persécuteurs du Sutchuen, on a tenté d’exciter le peuple contre nous et contre les chrétiens ; mais les grands mandarins de la capitale, avertis à temps, ont pris immédiatement des mesures énergiques pour réprimer toute tentative de désordre. Cependant, je viens d’apprendre que, dans un vaste district vers le nord-est, où nous comptons plusieurs milliers de néophytes, presque tous convertis de la secte du Nénuphar bleu, leurs compatriotes de la même secte, qui sont demeurés infidèles, menacent les chrétiens de massacre et de pillage. Je me suis empressé d’en donner avis au gouverneur qui m’a promis de prendre les mesures nécessaires pour conjurer le danger, et nous avons tout lieu d’espérer qu’il n’y aura rien de grave. N’étaient les inquiétudes qu’inspirent ces menaces, nous obtiendrions dans cette partie de la Mission de nombreuses conversions. »
Aux craintes de la persécution, Mgr de Basilite ajoute une autre cause de difficultés pour la propagation de l’Évangile ; cette cause, que nous avons déjà signalée l’année dernière, c’est la culture et l’usage de l’opium : « Oh ! qui nous délivrera de ce fléau ? écrit Sa Grandeur. Le gouvernement, il est vrai, prohibe l’opium, mais l’expérience de près d’un siècle est là pour attester son impuissance. Le mal s’enracine de plus en plus, au point que beaucoup de gens le considèrent actuellement comme irrémédiable. En vertu d’ordres pressants venus de Pékin, on a affiché des proclamations pour interdire ce poison. C’est une bonne chose, sans doute, mais quels en seront les effets ? L’avenir le dira. Personnellement, je ne puis croire à l’efficacité de ces proclamations, qui émanent du prétoire où l’usage de l’opium est le plus enraciné. »
Après cet exposé de l’état général de sa Mission, Mgr Lions entre dans le détail des événements qui se sont produits dans plusieurs des districts de son Vicariat. Nous ne pouvons qu’analyser cette partie si intéressante de la lettre de Sa Grandeur. A la capitale, l’église Saint-Joseph est à peu près achevée ; c’est la merveille du pays ; elle peut contenir 2,000 personnes. A Houâng-tsào-pá, après avoir éprouvé mille ennuis, M. Chouzy, qui dessert ce poste, en attendant que le bon Dieu lui donne les moyens de travailler dans sa Mission, a pu mener à bonne fin la construction de l’église de l’Assomption. L’inauguration de ce sanctuaire, élevé en l’honneur de Marie, eut lieu solennellement, le jour même de l’Assomption de cette bonne Mère, au milieu d’un grand concours de chrétiens et de païens. Les mandarins eux-mêmes out voulu prendre part à la fête ; non contents de mettre à la disposition du Missionnaire les canonniers du prétoire et leur artillerie, ils sont venus en personne féliciter notre confrère. Tout s’est passé aussi bien que possible, sans accident et sans désordre. « Je souhaite, écrit M. Chouzy, que cet hommage solennel, rendu au vrai Dieu, porte ses fruits, c'est-à-dire des fruits de conversion au milieu des infidèles.Déjà on me dit que plusieurs familles demandent, ou ont l’intention de demander à embrasser notre sainte religion ; d’autres sont encore retenues par la crainte des menaces sous le coup desquelles nous avons vécu l’année dernière. »
A Tsen-ny-fôu, le même jour de l’Assomption, M. Largeteau a béni solennellement, par délégation de Mgr de Basilite, retenu à la capitale pour cause de santé, la chapelle et la résidence que M. Bodinier y a construites, et déjà le Missionnaire de ce district a eu la consolation d’administrer le saint baptême à un bon nombre de néophytes originaires du pays ou venus récemment du Su-tchuen. « A ce propos, écrit M. Bodinier, il s’est passé un fait bien consolant dont je ne saurais omettre le récit : un habitant de Sy-hiang, nommé Yang, avait adoré jadis (avant la persécution de 1869) ; mais arriva la persécution, et il ne songea plus à se faire chrétien. Cette année, au mois de juillet, il devint presque aveugle, et son mal résista à tous les remèdes. Un beau jour, se souvenant du Dieu qu’il avait adoré, il fit le vœu d’embrasser et de professer le christianisme si ce Dieu lui rendait suffisamment la vue pour qu’il pût aller seul, sans guide, de son auberge à l’église. Or, voilà que, dès le lendemain, à son réveil, il avait recouvré la vue. Se souvenant aussitôt de la promesse qu’il avait faite, il se rend à l’église. J’étais alors à la campagne, après avoir raconté son histoire aux catéchistes, il adore de nouveau et se fait inscrire au nombre des catéchumènes. De retour dans son pays, il fait connaître notre sainte religion à ses parents et à ses amis, de sorte qu’il ne tarde pas à revenir pour demander un catéchiste qui puisse continuer ce qu’il a si bien commencé. J’ai envoyé le catéchiste demandé, et j’espère qu’à la prochaine visite il y aura là quelques baptêmes. »
A Tsen-ny-fôu comme à Tông-tsè-hién, à Su-yâng-hién et ailleurs, les émissaires envoyés du Su-tchuen pour porter la terreur et ameuter la populace contre les chrétiens, ont momentanément ralenti le mouvement qui se produisait, dans ce pays, en faveur de notre sainte religion.
A Mey-tan-hién et autres districts environnants, M. Bouchard s’est également trouvé sous le coup d’une menace de persécution. Le démon serait heureux de faire expier à notre zélé confrère tout le bien qu’il a réalisé et qu’il continue de faire dans ce pays. A son arrivée à Mey-tan-hién, il y a 4 ans, M. Bouchard n’y avait trouvé que 60 néophytes ; aujourd’hui, il y compte plus de mille chrétiens et plusieurs milliers d’adorateurs.
Aux dernières nouvelles, nous apprenons que la résidence de M. Schotter a été envahie par ordre du mandarin de la localité, que sa chapelle a été renversée, sa maison pillée, plusieurs chrétiens massacrés. Heureusement que notre confrère était absent, en tournée d’administration ; il a pu échapper ainsi au danger qui le menaçait.
Nous sommes heureux d’annoncer que Dieu a rendu la vue et la santé au vénérable évêque de Basilite. Mais, hélas ! à la joie que nous donne son rétablissement pourquoi nous faut-il mêler les regrets que nous cause la mort de M. Billouez et les inquiétudes que nous inspire le mauvais état de santé de plusieurs de nos confrères du Kouy-tchéou !
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