| Année: |
1877 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen occidental |
| Rédacteur: | Mgr Pinchon |
Sutchuen occidental.
1877
La situation au Sutchuen occidental n’est guère meilleure qu’à l’oriental. Jusqu’à ce jour, les mandarins n’ont presque rien fait pour châtier les auteurs des maux qui ont désolé plusieurs chrétientés, empêcher à l’avenir le retour de pareilles calamités, rassurer les néophytes , leur rendre justice, les faire indemniser et les ramener dans leurs foyers. De plus, une sécheresse qui a duré plusieurs mois cause dans le pays une affreuse disette.
« La persécution , nous écrit Mgr Pinchon, a anéanti toutes nos espérances à Lin-choui-hién, Loui-kiang, Yuin-chan-hién, Chouén-kin-fou, etc… La plupart de ces localités sont devenues inhabitables pour les chrétiens. On leur donne à choisir entre la mort et l’apostasie. Plusieurs, hélas ! vaincus par la misère et la crainte, succombent et apostasient. Ils se tournent même contre nous, nous accusent parfois devant les magistrats, et tout cela parce que nos ennemis l’exigent et les forcent, afin de se justifier eux-mêmes, de justifier les crimes dont ils se sont rendus coupables et dont nous avons été les victimes. Vous n’ignorez pas que dans les tribunaux chinois, ce n’est pas précisément la vérité que l’on cherche ; personne ne s’en préoccupe, mais bien les moyens de se tirer d’affaire. C’est la règle de conduite que suivent tous les fonctionnaires chinois, depuis le dernier des satellites jusqu’au vice-roi inclusivement. Voici maintenant à quels procédés on a recours pour obtenir ce résultat : On force nos néophytes , le couteau sous la gorge, de dire et d’affirmer toutes les faussetés, dont nos ennemis ont besoin, non-seulement pour se justifier, mais aussi pour nous accuser ; car d’accusateurs nous devenons toujours accusés, et, après avoir été victimes, nous finissons toujours par devenir les auteurs de nos propres malheurs ! Que Dieu nous aide et nous prenne en pitié !
« Le nouveau gouverneur du Sutchuen a une certaine droiture naturelle, mais il a été grandement prévenu contre nous et contre nos chrétiens ; et comme il ne veut avoir aucune relation avec nous, il nous est impossible de le détromper. Il n’est pas d’homme aussi sourd, dit le proverbe, que celui qui ne veut pas entendre. D’ailleurs, son entourage se compose de nos plus cruels ennemis , dont plusieurs sont gravement compromis et fort intéressés, par conséquent, à le tromper pour échapper au châtiment qu’ils méritent. Toutes ces persécutions, ces dénis de justice, ces spoliations, ces incendies, ces massacres, ont finalement causé une telle panique dans le pays , qu’il nous est non-seulement très-difficile de propager la religion, mais même de conserver nos néophytes déjà convertis.
« Une sécheresse affreuse, qui a duré plusieurs mois, a détruit toutes les récoltes. Une famine des plus terribles va en être la conséquence immédiate. Or, vu la densité de la population en Chine, particulièrement dans cette province, une telle calamité est épouvantable. Que vont devenir nos infortunés confesseurs de la foi ? Ils ont été dépouillés de tout, ils ne peuvent même retourner chez eux ! Depuis plus d’un an, un millier d’entre eux sont demeurés à notre charge.
« Nonobstant toutes ces épreuves, nous avons continué nos travaux dans les localités moins exposées à la tempête. » Hâtons-nous d’ajouter que Dieu a béni ces travaux et que le baptême de 662 adultes et de 55,412 enfants in articulo mortis a consolé les douleurs et récompensé le zèle du vénérable Vicaire Apostolique et des Missionnaires du Sutchuen occidental.
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