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Rapport annuel des évêques

Année: 1877
Pays: Chine
Mission: Tibet
Rédacteur:Mgr Chauveau

Thibet. 1877

Dans un remarquable rapport que Mgr Chauveau nous a adressé à la date du 15 août 1876, Sa Grandeur nous indique l’état actuel de sa Mission. Ce rapport nous est arrivé trop tard pour trouver place dans notre lettre commune de l’année dernière ; nous sommes heureux d’en faire aujourd’hui le résumé.
A la suite des désastres de 1865, qui ont ruiné cette pauvre Mission naissante du Thibet, écrit Mgr Chauveau, « victimes en même temps que témoins des pillages, des meurtres et des incendies, nos chrétiens tant chinois que thibétains, épouvantés, se dispersèrent dans toutes les directions. Il a fallu plusieurs années pour les réunir de nouveau ; quelques-uns même ont disparu sans retour. » Avec les survivants de la persécution et les nouveaux convertis, on a formé plusieurs communautés chrétiennes, groupées dans six stations distinctes et régulièrement administrées par les Missionnaires. « Voici les noms sous lesquels ces stations sont connues : Tsé-kou, Yerkalo, Bongmé, Bathang, Ta-tsién-lôu et Cha-pa.
Tsékou est le poste le plus avancé de la Mission. Il compte 124 néophytes, en grande partie venus de Bonga et autres lieux, d’où la persécution les a chassés. Ils sont répandus dans 5 stations secondaires. A Tsé-kou, il y a espoir d’obtenir quelques conversions. Mais le lama Atou, le vieil ennemi des Missionnaires, est tout-puissant dans ce pays et ne reculera devant aucun crime, afin d’empêcher la propagation du saint Évangile dans cette malheureuse province.
« A Yerkalo, écrit Mgr Chauveau, les ressources matérielles abondent ; mais la corruption des mœurs et l’omnipotence des lamas y rendent les conversions plus difficiles qu’ailleurs…Actuellement, les Missionnaires y sont vus avec plaisir, et, de certaines propositions qui leur ont été faites, on peut conclure que cette station va se développer, mais lentement. » Elle compte aujourd’hui 28 néophytes réfugiés, pour la plupart, de Bonga.
« La station de Bongmé est de date bien récente ; elle a cependant eu déjà sa grande part aux tribulations communes. Le missionnaire en fut chassé, sa maison pillée d’abord, puis brûlée, et tout disparut dans la tempête. Nos confrères viennent de s’y fixer de nouveau et ils ont déjà réussi à grouper autour d’eux quatre familles chrétiennes.
« S’il est vrai que Bathang soit, au point de vue de l’influence et des communications, la station la plus importante de la Mission, il est vrai aussi qui, au point de vue des conversions, c’est celle qui offre sans contredit le moins d’espérance et le plus de difficulté. Nous y eûmes, pendant quelques années, trois ou quatre familles chrétiennes indigènes. Mais des bruits alarmants les forcèrent de s’éloigner. Ce qui est arrivé en 1873 prouve que ces bruits n’étaient pas sans fondements. On les menaçait de mort pour les hommes, d’esclavage pour les enfants et d’exil lointain pour les femmes. Même aujourd’hui, je ne sais jusqu’à quel point une famille chrétienne thibétaine pourrait habiter Bathang, au moins d’ici à quelques années encore, à cause de la puissance et de la haine des lamas…Bathang se trouve donc réduit à sa plus simple expression et ne compte que 10 néophytes. »
Ta-tsién-lôu est plus à l’abri de la persécution, et sa situation est moins précaire. Les lamas, quoique nombreux, n’y sont pas aussi puissants ; les mandarins chinois y sont plus d’autorité et se montrent bienveillants pour les Missionnaires. A son début il y a quelques années, Ta-tsién-lôu ne comptait que 4 chrétiens ; aujourd’hui, leur nombre est de 80. C’est la résidence habituelle du Vicaire Apostolique.
« La nouvelle chrétienté de Cha-pa, écrit Mgr Chauveau, par une bienheureuse exception, s’est fondée sans procès, sans bataille, sans secousse d’aucun genre. Les chrétiens sont en général de paisibles cultivateurs. » Ils sont au nombre de 107.
« Le tableau que je viens de présenter, conclut Mgr de Sébastopolis, n’est pas brillant sans doute… Néanmoins, tout espoir n’est pas perdu ; il faudra lutter encore longtemps probablement, pour obtenir ce qui nous est absolument nécessaire, c'est-à-dire un peu de liberté. Nous ne pouvons guère l’attendre que de Dieu, par un de ces événements imprévus qui bien souvent modifient profondément les sociétés humaines. Les progrès des Anglais vers l’Hassa, du côté de l’Inde, leur établissement désormais invévitable au Yûn-nân et au Sutchuen, tout cela et d’autres indices nous autorisent à penser que l’isolement séculaire du Thibet approche de son terme et que, dans un avenir peu éloigné, nous pourrons dire avec la Sainte Écriture : Florebit solitudo…exultabunt colles…et lætabuntur antra deserti. » Daigne le Seigneur réaliser les espérances du vénérable prélat et mettre un terme à la pénible situation de nos confrères du Thibet !


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