| Année: |
1878 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-tong |
| Rédacteur: | Mgr Guillemin |
Kouang-tong.
1878
Bien que nous ignorions le détail des travaux de nos Confrères du Kouang-tong, nous sommes heureux du moins d’en constater les précieux résultats . Le nombre des baptêmes d’adultes dans cette Mission s’élève cette année au chiffre de 970.
Au Kouang-tong, comme dans les autres provinces de la Chine, un des principaux obstacles à l’extension du règne de Jésus-Christ vient de l’hostilité souvent mal déguisée des mandarins. Se produit-il dans quelque localité un mouvement en faveur du christianisme, immédiatement au vu et au su de l’autorité, d’ordinaire complice, les bruits les plus fâcheux, les excitations à la violence ont libre cours ; et les populations trompées se portent aux dernières extrémités contre les innocents qu’on leur a représentées comme des misérables capables de tous les crimes et dignes des plus grands supplices. En vain les opprimés implorent justice ; par cela même qu’ils sont chrétiens , ils sont hors la loi ; le plus souvent leur appel demeure sans résultats , quelquefois même il ne sert qu’à aggraver leur sort.
Une œuvre qui a particulièrement attiré, dans ces derniers temps, l’attention du public et excité la compassion d’un grand nombre d’âmes généreuses, c’est celle du rachat des femmes annamites enlevées à leurs familles et à leur pays par les pirates chinois qui infestent les côtes du Tong-king. Grâce aux secours que lui a procurés la charité chrétienne., M. Delavay a pu rendre à la liberté et préserver des plus grands malheurs bon nombre de ces infortunées. « L’œuvre continue, écrivait M. Ferrand à la date du 29 mai, nous avons pour le moment chez nous 35 enfants que nous avons rachetés et dont nous avons pris soin . » Dans cette même lettre, notre Confrère donne des détails très-intéressants sur la chrétienté que M. Delavay a éatblie dans l’île de Houi-tchéou. Cette chrétienté doit son origine à une émigration de 700 Chinois Akkas, tous catéchumènes , qui, il y a 10 ans, furent chassés de leur pays par la guerre civile et vinrent se réfugier à Houi-tchéou, sous la conduite de M. Jolly de sainte mémoire. Devenus chrétiens , ces pauvres émigrants se sont toujours fait remarquer par leur ferveur, et leur conduite exemplaire leur a mérité l’estime et l’affection des habitants de l’île. Bon nombre même de ceux-ci, touchés du spectacle de tant de vertus, ont embrassé la religion chrétienne. L’influence de ces nouveaux-venus a été telle que l’île de Houi-tchéou, d’un repaire de pirates et de brigands qu’elle était auparavant, est devenue le pays le plus tranquille, et n’a plus que de paisibles laboureurs pour habitants. Mais la population s’est tellement accrue que le sol est devenu malheureusement insuffisant pour la nourrir. Aussi M. Delavay, avec l’agrément et les encouragements de Mgr Guillemin, se dispose-t-il à fonder de nouvelles colonies chrétiennes dans les îles voisines.
Le 29 décembre de l’année dernière , Mgr de Cybistra a eu la consolation de bénir solennellement le mouvement que sa piété a élevé, grâce au concours du gouvernement de la France, à la mémoire des soldats et marins français décédés à Canton, lors du siège et pendant l’occupation de cette ville par les troupes alliées. Cette cérémonie était rehaussée par la présence de l’Amiral commandant l’escadre française des mers de Chine et du Japon, de son état-major , des autorités consulaires, et d’un grand nombre de résidents européens . Le monument s’élève à une lieue de la ville, au milieu du cimetière chrétien. C’est là que, réunis dans un même caveau, les corps de ces braves enfants de la France reposent en paix, en attendant la résurrection glorieuse.
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