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Rapport annuel des évêques

Année: 1878
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen occidental
Rédacteur:Mgr Pinchon

Su-tchuen occidental.
1878

Mgr Pinchon résume de la manière suivante le récit des principaux événements et l’exposé des travaux des Missionnaires, durant le cours de cette année : « Cette année a été pour nous une année d’épreuves. Mais déjà nos malheurs comme nos consolations vous sont à peu près connus. Le tout peut se résumer en ces quelques mots : la persécution d’abord, la famine ensuite, puis la peste et conséquemment une grande mortalité, pour clore cette longue d’infortunes et d’adversités. Maintenant , cependant, et j’ai hâte de vous le dire, nous revenons à des temps meilleurs. Grâce à Dieu, la paix nous a été rendue. Mes Confrères et les chrétiens emploient les indemnités accordées par le gouvernement chinois à rebâtir les oratoires et les centaines de maisons livrées aux flammes. La famine a cessé : les dernières récoltes ont été généralement bonnes, sauf toutefois dans la partie septentrionale de mon vicariat. La peste et la mortalité, suites inévitables de la famine, durent encore, il est vrai, mais le nombre des victimes a diminué.
« Je dois maintenant vous dire ce que nous nous sommes efforcés de faire au milieu de tant de calamités : Missionnaires et prêtres indigènes se sont généreusement dépensés pour subvenir aux besoins spirituels et temporels de nos chers néophytes . Grâce à Dieu, tandis que des milliers de païens sont morts de faim, nos chrétiens , bien que réduits à la plus grande disette, ont eu cependant un sort meilleur , et je ne sache pas que, sauf quelques rares exceptions, dues elles-mêmes à des causes purement accidentelles, aucun soit mort d’inanition. La peste nous a fait plus de mal, nous avons perdu un grand nombre de chrétiens et quelques-uns nous échappent encore. Le soulagement des nécessiteux et le soin des malades ont épuisé de fatigue presque tous les prêtres. Par suite, plusieurs d’entre eux ont été gravement malades. Fort heureusement, aucun n’est mort.
« Tant de calamités n’ont pas eu, comme dans l’Inde, pour résultat de déterminer un grand mouvement de conversions. Nos Chinois, sceptiques par éducation, indifférents par nature, sont peu disposés dans le malheur à tourner leurs regards vers Dieu. Néanmoins nous avons eu quelques consolations, le nombre des baptêmes d’adultes s’est élevé à 1,144. La famine et la peste nous ont surtout procuré le bonheur de sauver des milliers d’âmes de petits enfants : De tous côtés nous avions pris nos mesures pour baptiser ces pauvres petits jetés à la rue, emportés parfois au loin, quoique mourants. » C’est ainsi qu’à Pa-tchou, ville du second ordre, les catéchistes ont baptisé, dans une seule nuit, plus de mille enfants. Voici à quelle occasion : le préfet de la ville avait fait annoncer qu’il donnerait quelques secours à toutes les mères qui se présenteraient, ayant des enfants en bas âge et se trouvant réduites à l’indigence. Le nombre de ces malheureuses se trouva si grand, qu’après avoir distribué une somme considérable, le mandarin se vit dans la nécessité de congédier, sans leur faire l’aumône, un grand nombre de ces femmes. De dépit , ces malheureuses abandonnèrent leurs enfants dans la rue et s’en retournèrent chez elles. La nuit était froide et ces pauvres petits êtres à demi nus, affamés, privés de tout secours, succombèrent presque tous. Les païens aisés du voisinage auraient pu facilement les recueillir et leur donner quelques soins, au moins pendant une nuit, mais leurs portes demeurèrent fermées à une pareille misère. Le lendemain on ne trouva plus que des cadavres, que le préfet fit enterrer dans de grandes fosses, mais leurs âmes étaient allées contempler la face de notre Père qui est aux Cieux.
« La paix dont nous jouissons actuellement, continue Mgr de Polémonium, nous permet de reprendre partout nos prédications et nos bonnes œuvres accoutumées. En certains endroits, le bon Dieu a béni nos travaux et nous comptons déjà un bon nombre d’adorateurs. Mais nous avons besoin d’être très-prudents. Le plus grand zèle, ici surtout, s’il était dépourvu de prudence et de modération, pourrait tout perdre, susciter des troubles et anéantir nos meilleures espérances. »






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