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Rapport annuel des évêques

Année: 1879
Pays: Chine
Mission: Kouang-si
Rédacteur:Mgr Guillemin

Kouang-Si
1879

La situation faite aux Missionnaires du Kouang-Si , par le mauvais vouloir du vice-roi de Canton et par les autorités locales , ne s’est pas améliorée en 1879 . « Les tracasseries dont nous nous plaignons depuis plusieurs années , écrivait dernièrement Mgr Foucard , n’ont fait qu’augmenter , à ce point que j’ai cru , il y a de cela un mois , ne plus pouvoir célébrer la sainte Messe et entendre les confessions , sans être accompagné des indispensables satellites du mandarin . » Tout cela d’ailleurs se fait sous le prétexte de protéger les Missionnaires . «Je vous prie , écrivait le 1er décembre 1878 le vice-roi de Canton au représentant de la France en cette ville , d’avertir l’Évêque Guillemin , afin qu’il ordonne aux Missionnaires de se conformer à nos prescriptions ; désormais , lorsqu’un Missionnaire du Kouang-Si voudra quitter sa résidence pour se rendre quelque part , il devra en avertir le mandarin local , en indiquant le jour de son départ et le nombre des personnes qui l’accompagnent , afin que les magistrats des localités par lesquelles il doit passer soient prévenus et le protègent . »
Ce beau zèle des fonctionnaires chinois à tenir nos Confrères dans une véritable captivité , sous prétexte de les sauvegarder , et cela au mépris des traités qui assurent aux Missionnaires munis de passe-port le droit de libre circulation dans l’intérieur de la Chine , ce zèle fait complètement défaut quand il s’agit de leur rendre justice . A la suite de l’expédition anglo-française en Chine , le gouvernement de la France avait stipulé qu’un moment serait élevé dans la ville de Si-lin-hien , à l’endroit où le Vénérable Chapdelaine a été mis à mort pour la foi ; cette clause du traité n’a pas encore obtenu son exécution . Les Missionnaires cependant voulurent accomplir cette œuvre d’expiation . M. Bazin , après bien des difficultés , réussit à s’établir à Si-lin ; il y construisit une chapelle et une résidence . Déjà le sang du martyr devenait une semence de chrétiens , lorsque les mandarins ameutèrent la populace , et la conduisirent eux-mêmes au pillage de l’établissement du Missionnaire , qu’ils réduisirent en un monceau de ruines . Depuis cet événement , M. Bazin a fait toutes les démarches possibles pour obtenir justice ; ses efforts jusqu’à présent sont demeurés sans résutats . Bien plus , les mandarins ont tout mis en œuvre pour exciter la haine des notables contre notre Confrère et empêcher son retour dans la ville . Malgré cela , le district de Si-lin est fondé , deux Missionnaires en sont chargés ; il possède une jolie chapelle et deux écoles de garçons ; il compte aujourdh’ui 380 néophytes et une centaine de catéchumènes .
Outre le district de Si-lin , la Mission comprend trois autres districts , à savoir ceux de Chang-Se , de Che-ouan-chan (des cent mille monts ) , et de Kouy-hien .
La population du district de Chang-Se se compose , en grande partie , d’aborigènes dont les mœurs sont assez différentes de celles des Chinois . Lorsque les Missionnaires vinrent s’établir dans la contrée , ils y furent reçus avec quelque méfiance . Peu habitués aux idées et à la pratique du dévouement , ces peuples ne pouvaient s’imaginer que les nouveaux arrivés étaient venus dans le but unique de sauver les âmes . Aussi , bien que trouvant notre doctrine excellente , personne cependant ne se décidait à l’embrasser . Mais aujourd’hui les choses ont changé , les défiances tendent à disparaître pour faire place à l’estime et à la confiance ; et le poste de Chang-Se , jusqu’à présent stérile , compte actuellement plusieurs catéchumènes . Cette station a une chapelle récemment construite , dont l’inauguration s’est faite avec une grande solennité .
« On donne le nom de cent mille monts , écrit Mgr foucard , aux nombreuses et hautes montagnes qui séparent le Tong-King de la Chine . Nous avons commencé , depuis quelques années , à évangéliser ces vastes contrées . Bon nombre de leurs sauvages habitants ont entendu la parole de Dieu et secoué le joug du démon . Leurs mœurs sont douces et simples , mais ils sont trop nomades . Aussi avons-nous été obligés , pour les retenir auprès de nous , de leur acheter quelques rizières et des champs qu’ils cultivent , avec tous les moyens aratoires usités en Chine . Autrefois , ils se contentaient de brûler la forêt et d’y jeter la semence , puis ils attendaient tranquillement la récolte . Après trois ans , la terre était épuisée , et ils allaient ailleurs chercher d’autres forêts à brûler et à ensemencer . Ce poste compte déjà 61 néophytes ; il possède une chapelle , une maison d’école et une résidence pour les Missionnaires .
« La population chrétienne de Kouy-hien se compose seulement de 46 néophytes qui , jusqu’à présent , n’ont pu être visités qu’une seule fois par an . Nous avons heureusement l’espérance de pouvoir nous y établir bientôt et nous en occuper plus spécialement ; nous venons d’y faire acheter une maison , et déjà nous y avons une école …
« Telle est , en quelques mots , l’état de notre jeune Mission . Jusqu’ici l’œuvre de Dieu s’y est faite bien lentement , à cause des difficultés qui nous viennent soit des autorités du pays , soit de ce que nous ne sommes pas encore assez connus dans cette vaste province . Nous avons cependant bon espoir toujours ; nous comptons sur la grâce de Dieu pour mener à bonne fin l’entreprise dont il nous a confié la direction . »


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