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Rapport annuel des évêques

Année: 1879
Pays: Chine
Mission: Sutchuen méridional
Rédacteur:Mgr Lepley

Su-tchuen méridional.
1879

Mgr Lepley joint au compte-rendu des œuvres de sa Mission, le tableau de la situation présente et des craintes qu’elle inspire pour l’avenir. « Au point de vue purement humain, nous écrit le Prélat, notre position n’est pas brillante.
« Il y a quelques années , le gouvernement chinois espérait se débarrasser des chrétiens en faisant disparaître les prêtres . Mais , depuis , l’expérience lui a montré qu’il a fait fausse route : pour un Européen massacré , il en surgissait dix autres qui prenaient la place du martyr. D’ailleurs , ce procédé violent ne laissait pas de lui causer des affaires désagréables avec les légations ; celle-ci , malgré la trop grande facilité avec laquelle elles acceptent parfois les compromis ou les faits accomplis , ne sont pas disposées néanmoins à laisser tuer impunément leurs nationaux . Aussi , pour le moment , notre vie est-elle parfaitement en sûreté . L’affaire de l’Anglais Margary n’a pas peu contribué à ce résultat . Mais le gouvernement chinois a bien d’autres moyens de nuire .
« Vous n’ignorez pas que , d’un bout à l’autre de ce vaste empire , tous les métiers , toutes les branches de commerce ont leur pagodes ou lieux de réunion , leurs sociétés pécuniaires , avec des chefs chargés d’entretenir les pagodes , d’organiser les représentations théâtrales , les festins et les processions annuelles en l’honneur de l’idole protectrice .
Ces chefs de Société , choisi parmi ses membres , ne sont généralement pas les gens les plus pacifiques de la confrérie , autrement les fonds ne rentreraient que difficilement et même pas du tout .
« Nul ne peut échapper , à moins de vivre de ses rentes , et encore ! – à ces Sociétés ; celui qui refuserait sa contribution serait expulsé du marché , ses marchandises livrées au pillage et sa vie en danger . Le diable , comme vous le voyez , a bien pris toutes ses mesures pour retenir sous son joug , et pour longtemps , ces pauvres Chinois .
« Les différents traités conclu entre la France et la Chine , en établissant la liberté de religion , ont aussi statué , d’une manière claire et explicite , que nos chrétiens ne sont pas tenus de participer aux actes exclusivement superstitieux . Le droit est évident , le simple bon sens mène à la même conclusion . Autrement , à quoi bon des traités qui sanctionneraient l’apostasie matérielle de nos chrétiens , en attendant la défection formelle ?
« Pour ce qui regarde les contributions purement civiles , nos chrétiens portent leur part du fardeau , dans une mesure , pour le moins , aussi large que les païens . Par exemple , on ne voit pas trop pourquoi nos oratoires publics ne jouiraient pas des immunités assez considérables dont profitent les pagodes et leurs possessions ? Est-ce qu’ils ne sont pas aussi des biens publics ? Est-ce que la religion de Foû a jamais été reconnue plus solennellement que la religion chrétienne ?
« Lorsqu’il s’agit de collectes dont l’emploi est en partie civil et en partie superstitieux , nos chrétiens s’exécutent encore , en protestant toutefois , conformément aux décisions du Saint-Siège , de leur volonté formelle de ne concourir qu’aux charges purement civiles . Mais quand il s’agit de choses exclusivement et essentiellement superstitieuses , les néophytes , en général , car il y a quelques malheureuses exceptions , refusent énergiquement leur concours , et nous ne pouvons que les encourager dans leur résistance . De là , des misères de tous les jours , des batailles et des procès . C’est alors que nos mandarins laissent éclater leur haine contre tout ce qui porte le nom de chrétien .
« Il est à remarquer que pas un des édits qui proclament la liberté de religion , n’a été affiché dans les campagnes et même dans toutes les villes , Le soin de faire cette promulgation a été abandonné au bon vouloir de chaque sous-préfet . Et cependant l’édit de Péking , donné après le meutrede l’Anglais Margary , a été affiché jusque dans les plus petits hameaux . Car les représentants de l’Angleterre savent, quand c’est nécessaire , parler haut et ferme , et ils connaissent ceux à qui ils ont affaire .
« Nos mandarins , s’ils publiaient les clauses des traités , relatives à la liberté religieuse , ne seraient plus aussi libres de manifester leur haine contre nous . Il est vrai que les Missionnaires pourraient bien protester ; mais la chose a été prévue , des instructions venues de haut permettent aux mandarins de malmener ceux qui se permettraient de trouver à redire à leur manière de faire . Si les Missionnaires ne sont pas contents , ils retourneront en Europe ; et s’ils ne veulent pas y retourner d’eux-mêmes , on les y forcera .
« En agissant ainsi , le gouvernement chinois espère lasser la patience de nos anciens néophytes , et décourager ceux qui auraient quelque velléité de se faire chrétiens . Et de fait , dans les circonstances présentes , il faut une vertu bien solide , une conviction bien arrêtée , de l’héroïsme , en un mot , pour embrasser une religion qui expose ses adeptes à tant de misères … »
Malgré toutes ces difficultés , nos Confrères ont continué le cours de leurs travaux , et les résultats obtenus sont même supérieurs à ceux de l’année dernière .


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