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Rapport annuel des évêques

Année: 1879
Pays: Chine
Mission: Sutchuen occidental
Rédacteur:Mgr Pinchon

Su-tchuen occidental.
1879

« Cette année, écrit Mgr Pinchon, nous n’avons aucun évènement bien important à signaler. Nulle part de mouvement extraordinaire vers notre sainte Religion , nulle part non plus de ces commotions violentes qui détruisent tout . Les Missionnaires ont pu relever les ruines de leurs oratoires renversés (par la persécution de 1877) ; les tracasseries n’ont pas manqué , il est vrai ; mais on a pu vaincre les obstacles , et tout a été mené à bonne fin .
« En ce moment , je fais construire une nouvelle église dans la capitale du Su-tchuen , à Tchen-tou même , tout près de la porte orientale de la ville . Nous avons établi dans ce quartier une œuvre que Dieu bénit , elle a pour objet le soulagement et la conversion des pauvres . Déjà , nous possédons , en cet endroit , plusieurs centaines de néophytes ; ils sont bons et même fervents ; leur nombre s’accroît chaque année d’une cinquantaine de personnes environ . Pour les encourager et assurer l’avenir de l’œuvre , je fais bâtir au milieu d’eux une église et des écoles . Nos mandarins et les païens nous laissent tranquilles , nous ne leur demandons pas autre chose . Cette construction me met à la gêne , je n’ai pas cru néanmoins pouvoir la retarder , parce que les protestants , qui , depuis un an , parcourent toute la province du Su-tchuen pour s’y créer des prosélytes , font mine de vouloir s’établir à la porte orientale de la ville de de Tchen-tou . Je prends les avances .
« Les petits mandarins nous sont généralement hostiles , mais les grands magistrats de la capitale nous protègent assez bien en ce moment , et nous font ordinairement rendre justice . Tout dernièrement , en trois endroits , les païens ont molesté , frappé et pillé les chrétiens , parce que ceux-ci ne consentaient pas à contribuer aux superstitions et aux comédies . L’affaire ayant été soumise au gouverneur , celui-ci donna aussitôt des instructions à ses subordonnés , les chrétiens eurent gain de cause , les pertubateurs furent punis , et tout rentra dans l’ordre .
« Depuis la famine qui l’a ravagée , la partie septentrionale de la Mission est grandement appauvrie . Cette année , les récoltes y sont fort médiocres ; d’abord la sécheresse , ensuite des pluies torrentielles ont tout gâté . La population est très malheureuse .Lors de la famine on a tout vendu , même à vil prix , afin de ne pas mourir de faim .Cette pauvreté générale , vous le comprenez , nous impose de durs sacrifices .
« La visite des chrétiens , grâce à la paix dont nous avons joui , a été régulièrement faite partout . La divine Providence ne nous a pas laissés sans consolation , comme vous pourrez l’observer en jetant les yeux sur le tableau d’administration que j’ai l’honneur de vous envoyer . Le nombre des baptêmes d’adultes s’élève à 778 et celui des enfants de païens à 52,161 . Nos deux Séminaires vont bien . A la tête du petit se trouve un excellent prêtre chinois qui le dirige parfaitement . Un Missionnaire est chargé de la direction du grand Séminaire . Ces deux établissements font ma consolation et sont l’espoir de la Mission .
Grâces à Dieu , tous mes Confrères se portent bien s’appliquent avec zèle à étendre le règne de Jésus-Christ . Il n’en est malheureusement pas de même de nos prêtres indigènes . Nous en avons perdu deux . L’un n’avait que 50 ans , il était très capable et aurait pu rendre encore de bons services . L’autre était à la retraite depuis 2 ou 3 ans et avait 75 ans . Plusieurs jeunes prêtres sont atteints de phthisie , leur mort nous causera une perte sensible , car ils sont pieux et intelligents . Ce qui nous désole maintenant , c’est la terrible mortalité qui règne dans nos contrées . Chrétiens et païens , tous paient largement tribut au fléau.Nos prêtres sont continuellement sur les routes , appelés de tous côtés auprès des mourants … »
Nous terminons ce tableau des principaux évènements , survenus au Su-tchuen occidental , et de l’état actuel de cette Mission , par le récit d’un fai extraordinaire et providentiel rapporté dans une autre lettre de Mgr de Polemonium . Sa Grandeur le tient d’un prêtre chinois , dans la paroisse duquel il s’est passé .
« Il y avait , dans une localité entièrement païenne , un très honnête homme qui possédait la confiance de tout le monde . Lorsque parmi ses voisins survenait quelque différend , quelque dispute , tous aimaient à le prendre pour arbitre . Cet homme de bien avait des rapports fréquents avec nos catéchistes . Il les affectionnait et les estimait , parfois même il les recevait dans sa maison . Bien souvent on lui avait parlé de la religion chrétienne , mais bien que rempli d’estime pour notre sainte doctrine , il ne se décidait pas néanmoins à l’embrasser .
« Depuis plusieurs années , ce bon païen vivait ainsi , lorsqu’un jour il tomba malade et mourut (du moins , on le crut mort pendant une journée entière) . Selon l’habitude du pays , on déposa le coprs par terre , et on le recouvrit d’un tapis . Pendant vingt-quatre heures il demeura dans cette position . Durant ce temps , la famille préparait le cercueil et convoquait les bonzes . Le lendemain ceux-ci vinrent en effet , dressèrent , selon l’usage , une espèce de théâtre devant la porte de la maison , et firent les préparatifs de la cérémonie funèbre .
« Sur ces entrefaites , la baptiseuse de la localité , qui connaissait beaucoup le prétendu défunt , vint à passer . Elle entra pour le voir une dernière fois . En présence du corps , elle se mit à pleurer , à pousser des sanglots , à faire l’éloge de celui que l’on croyait mort (selon l’usage des femmes chinoises en pareille circonstance) . Pendant que la chrétienne faisait ainsi le panégyrique de cet homme , soudain , celui-ci s’agite , rejette le tapis qui le couvre , et voyant devant lui la baptiseuse , il s’écrie : « Votre religion est la seule véritable , depuis « longtemps j’aurais dû l’embrasser . Hélas ! je ne l’ai pas fait , ma négligence est bien « coupable ; je vous en prie , baptisez-moi de suite . »
« Conformément à son désir , la pieuse femme l’instruisit des principales vérités de la foi , l’exhorta , comme elle put , au repentir de ses péchés et le baptisa . Le néophyte vécut encore une heure et quelques minutes après son baptême ; pendant tout ce temps , il ne cessa de prier avec la chrétienne . Enfin il rendit son âme à Dieu , laissant tout le monde dans l’étonnement de ce qui venait de se passer . Cet évènement a fait du bruit dans la localité… » Puisse-t-il ouvrir les yeux à tous ces pauvres païens qui en ont été les témoins et les disposer à recevoir la grâce du baptême !


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