| Année: |
1879 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Tibet |
| Rédacteur: | Mgr Biet - Desgodins |
Thibet. 1879
M. Desgodins , chargé par Mgr Biet de nous transmettre le compte-rendu de la Mission du Thibet, fait le tableau suivant de la situation : « Nous n’avons que des actions de grâces à rendre à la divine Providence pour la paix , dont la Mission a joui pendant l’année ; car , après les grandes persécutions que nous avons subies précédemment , nous comptons pour rien certaines menaces dont nous avons été l’objet . »
Les dispositions des lamas sont toutefois les mêmes toujours , et l’accès dans l’intérieur de la Mission demeure encore interdit au zèle de nos Confrères . « Comme par le passé , écrit M. Desgodins , le gouvernement de L’hassa , les lamas et leurs partisans semblent très disposés à défendre aux voyageurs européens l’entrée de leur pays . Cette année encore , sur une fausse alerte , les soldats thibétains de Kiang-Ka sont venus garder la frontière . Cependant les plus avisés prévoient que leur opposition ne pourra durer , mais pour dissimuler ce qu’elle a d’odieux , ils paraissent vouloir faire entendre que leur répugnance à recevoir Anglais et Russes vient de leur crainte de les voir accompagnés ou suivis des prédicateurs de la religion . Cette manière d’expliquer leur conduite nous promet évidemment pour l’avenir de nombreuses difficultés et une opposition qui sera tenace . Au fond , leur mauvais vouloir tient avant tout à un préjugé politique ; ils sont persuadés que nous sommes envoyés en éclaireurs , pour nous emparer de leur pays . »
Tandis que les hommes s’obstinent à fermer à la vérité les portes du Thibet , les Missionnaires continuent de se préparer à en faire la pacifique conquête . Un des premiers actes de l’administration de Mgr Biet a été de fonder un Séminaire , au centre de la Mission ; actuellement cet établissement compte déjà un certain nombre d’élèves que l’on destine et prépare au sacerdoce . On continue aussi l’impression des livres de religion , et M. Desgodins annonce que ce travail important , commencé par ordre de Mgr Chauveau , sera prochainement mené à bonne fin .
Dans les divers postes de la Mission , les néophytes sont peu nombreux , mais d’ordinaire ils sont très fervents et consolent nos Confrères des difficultés que rencontre leur ministère au milieu des païens .
A Yerkalo , plusieurs familles nouvelles ont reçu des terrains qu’elles cultivent sous l’œil du Missionnaire leur bienfaiteur . Les chrétiens de Bong-mé ont été éprouvés : l’épizootie , en faisant périr leur bétail , les a réduits à une grande indigence .Bathang est devenue célèbre par les persécutions contre les chrétiens , dont cette ville a été le théâtre . Aujourd’hui le calme s’est fait ; les lamas paraissent moins hostiles , et il y a espoir des d’obtenir des conversions parmi les Chinois établis dans cette localité .
La mort d’un excellent catéchiste d’Aten-tse a momentanément déjoué les espérances de nos Confrères de ce poste , qui avaient confié au défunt la direction d’une pharmacie . A l’occasion d’une visite que M. Goutelle dut faire à un chef thibétain , homme influent qui a toujours témoigné de la bienveillance aux Missionnairs , deux nouveaux postes ont été fondés, l’un à Siao-ouï-si et l’autre à Oui-sï ; l’un et l’autre comptent déjà plusieurs néophytes , et il y a espoir de grossir bientôt leur nombre . M. Desgodins signale plusieurs faits qui témoignent des dispositions favorables des habitants de ces localités .
« Un chef thibétain de Tsedjron et sa femme apportèrent un jour à M. Dubernard un enfant qui n’avait plus qu’un souffle de vie et le prièrent de lui rendre la santé . L’enfant fut baptisé ; mais M. Dubernard dit aux parents que Dieu seul pouvait le guérir . Ils demandèrent alors , avec instance , qu’il leur fût permis d’assister à la Messe et de venir de temps en temps à la chapelle . Cette permission leur fut accordée . En partant , ils réclamèrent une croix pour le petit moribond ; huit jours après , celui-ci était guéri . La mère a demandé aussitôt à se faire chrétienne .
« Les païens des environs trouvent quelquefois des croix perdues par les néophytes , il est rare qu’ils les rendent à leurs propriétaires . Certains les placent dans leurs pagodes domestiques . Quand , pour obtenir la guérison d’un malade , ils ont épuisé les sortilèges , battu inutilement la caisse , immolé la chèvre sans résultats ; ils vont alors chercher la croix , la suspendent au cou du patient , et ils assurent que la croix a toujours le dernier mot .»
Une belle chapelle s’élève à Tsekou par les soins de M. Dubernard . Elle sera dédiée au Sacré-Cœur de Jésus . Daigne le Cœur adorable du Sauveur prendre en pitié ce peuple que la piété des Missionnaires lui a consacré !
Ta-tsien-lou est , comme on le sait , le centre de la Mission et la résidence du Vicaire Apostolique . A côté du Séminaire nouvellement fondé , on a établi des écoles . Les fêtes religieuses sont célébrées avec toute la solennité possible , à la grande joie et à l’édification des fidèles .
A Chapa enfin , le zèle du Missionnaire n’est pas sans consolations . L’œuvre de la Sainte-Enfance y a obtenu de véritables succès .
M. Desgodins résume ainsi , en le terminant , l’exposé de la situation du Vicariat du Thibet : « Non seulement toutes les oeuvres se sont maintenues , mais elles ont continué à s’améliorer , lentement , il est vrai , mais d’une manière solide et constante . Malgré les décès, l’augmentation totale des chrétiens est de 52 , chiffre qui dépasse la moyenne des années précédentes . De plus , les établissements se sont multipliés ou développés . Ce serait peu , sans doute , pour une Mission ancienne et florissante ; mais pour nous qui voyons de près les obstacles , le progrès est véritable et consolant . »
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