Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1880
Pays: Chine
Mission: Kouang-Si
Rédacteur:Mgr Foucard

Kouang-Si.

Nos Confrères du Kouang-Si, toujours aux prises avec la persécution, montrent une constance que la foi inspire et qu’aucun obstacle ne découragera. Nous reproduisons le douloureux tableau que Mgr Foucard nous adresse, de l’état de sa Mission et des épreuves auxquelles elle n’a cessé d’être soumise depuis le commencement.
« Au Kouang-Si, écrit Sa Grandeur, c’est toujours et de plus en plus le temps des difficultés, notre vie n’est qu’une lutte continuelle. La fin de l’année dernière a été, cependant, un peu plus calme que le commencement de 1880, bien que les mandarins aient continué de nous tracasser.
« En effet, l’un d’eux a commencé par m’accuser à Péking de ne pas montrer mon passe-port aux autorités des lieux que je parcours, ce que je n’ai jamais manqué de faire toutes les fois que j’en ai été requis.
« Après ce début, ce même madarin a essayé, au mois de décembre (1879), de troubler la joie que nous causait l’arrivée de M. Chousy au Kouang-Si ; il accusa ce cher Confrère de n’avoir pas un passe-port en règle, et il voulut le forcer à retourner au Kouy-Tchéou. Heureusement, M. Chousy n’est pas homme à se laisser mener si facilement. Muni de son vieux passe-port de la Légation, qui lui a déjà fait surmonter bien d’autres obstacles, malgré les protestations de notre ennemi, il alla de l’avant et arriva heureusement à son poste de Koúy-Hién. Le madarin accusateur se fit entendre encore une fois jusqu’à Péking, d’où, m’a-t-on écrit, un blâme lui a été infligé. Mais, sans doute que nous n’avons pas été très bien renseignés, car nous le retrouverons bientôt s’apposant à M. Renault, plus hardi que jamais pour nous chasser du pays de sa juridiction.
« En attendant, dès les premiers jours de cette année, M. Souchières, à son tour, eut à souffrir persécution. Notre Confrère avait pu commencer un petit établissement dans un marché de la plaine, sur les bords d’une rivière qui met cette ville en communication avec Canton. D’autre part, M. Renault avait préparé des matériaux pour construire une résidence au milieu de quelques nouveaux chrétiens …─ Nous étions remplis d’espérances en voyant ces deux nouvelles stations dont la dernière devait être deservie par M. Chanticlair. Nous nous réjouissions de pouvoir être bientôt tous réunis dans notre cher Kouang-Si.
« Mais nous comptions sans les mandarins ; M. Souchières avait fait l’acquisition de sa nouvelle maison sans avertir l’autorité locale. C’en fut assez, le mandarin de la ville, au lieu de protéger le nouvel établissement, fit paraître une proclamation et publier des ordres nouveaux du vice-roi de Canton, qui exigent des Missionnaires une autorisation préalable du mandarin local, afin de pouvoir acheter des immeubles. Il déclara en même temps que le contrat d’achat fait par M. Souchières était nul.
« Quelques meneurs, qui voyaient d’un mauvais œil l’arrivée de notre Confrère parmi eux, avaient une trop belle occasion de lui créer des embassas, pour ne pas la mettre à profit. Ils firent donc au Missionnaire une opposition acharnée, et ne négligèrent aucun moyen de forcer l’étranger de partir. Après quelques jours de lutte, M. Souchières, se voyant abandonné par les mandarins à la fureur toujours croissante de ses ennemis, dut se retirer pour ne pas exposer inutilement sa vie.
« Le bruit de toute cette affaire arriva bientôt à 25 lieues plus loin, dans le pays où M. Renault se préparait à construire sa résidence. Comme il n’avait pas non plus l’autorisation des autorités locales, le peuple ameuté et conduit par quelques notables ennemis, incendia et dispersa les matériaux qui avaient été préparés. Tout cela se passait dans le pays soumis à la juridiction du mandarin notre ennemi. Il n’est donc pas étonnant que là aussi nous ayons été malmenés.
« Fallait-il donc pour nos achats d’immeubles en référer aux magistrats ? C’était une mesure inouïe, n’était « nous livrer pieds et poings liés à leur mauvaise volonté, » comme me l’écrivait un ministre de France à péking. Nous étions donc dans un grand embarras. Depuis, M. Souchières a pu acheter, avec l’agrément de l’autorité locale, un petit terrain où il construit sa résidence ; mais cette marque de bonne volonté ne devait pas durer.
« En effet, en mai dernier, M. Renault s’adressa, pour trouver une maison, au mandarin que vous connaissez déjà. Afin d’empêcher le peuple de louer au Missionnaire, celui-ci mit tout en jeu ; mais, à la fin, voyant notre Confrère rester dans sa barque au port, sans faire mine de partir, ce magistrat, pour en finir, n’hésita pas à conduire lui-même la populace, dont il excitait la haine, jusqu’à la barque de l’étranger. Notre Confrère fut bien alors obligé de quitter la plce et de céder à la force.
« Au retour de cette exécution, une maison que nous possédions déjà dans cette préfecture de Nân-Nîn, sans avoir pu l’occuper à cause de la mauvaise volonté des mandarins, a été détruite de fond en comble.
« Ainsi, depuis le commencement de cette année, notre Mission, où rien n’est encore fondé, a successivement perdu trois postes ! Le démon de la destruction nous donne lieu de craindre qu’il n’achève son œuvre au Kouang-Si, il lui reste si peu à faire! Heureusement que notre force est en Celui qui a commencé notre œuvre, et dont nous voyons tous la main protectrice, même au milieu de nos maux.
« Le croirait-on, nos ennemis nous menacent non seulement de ne pas nous laisser un toit pour nous abriter pendant notre vie, mais encore ils nous refusent un lieu de repos après notre mort ! Le mandarin de Chang-Se, s’appuyant sur décision de ses supérieurs, n’a pas voulu dernièrement autoriser l’achat d’un cimetière pour lequel il n’y avait aucune difficulté.
« Inutile, après ce triste tableau, de vous dire que notre administration a beaucoup souffert cette année ; moi-même, depuis 10 mois, je suis absent de ma Mission pour la même raison. Je n’ai à vous présenter que la feuille d’administration de Si-Lin-Hién, où MM. Bazin et Creuse vivent en paix, depuis qu’ils ne parlent plus aux mandarins de notre établissement dans cette ville. Pour le reste, d’ailleurs, tout est à peu près dans le même état que l’année dernière. »


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam