| Année: |
1880 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen méridional |
| Rédacteur: | Mgr Lepley |
Su-tchuen méridional.
Mgr Lepley constate avec bonheur que durant le cours des quinze dernières années qui viennent de s’écouler, la population chrétienne du Su-tchuen méridional s’est accrue de plus d’un tiers. Cette proportion serait encore plus élevée, n’eût été le courant d’émigration qui s’est formé depuis quelque temps vers le Kouy-Tchéou et les autres provinces voisines. « Plus d’un millier de chrétiens, écrit Sa Grandeur, et ce nombre est certainement au-dessous de la vérité, nous ont quittés pour aller augmenter la population chrétienne des Missions du Kouy-Tchéou et du Yun-Nan. A un certain moment, c’était une véritable fièvre de migration vers la première de ces deux provinces. Ils espéraient y trouver une véritable Californie, et ils n’y ont, bien souvent, rencontré que la misère et la mort. Certains de nos districts ont été plus que décimés, mais maintenant l’engouement est passé, et les gens sensés commencent à croire qu’il est encore plus sage de cultiver le champ paternel que de courir après l’inconnu. »
Mgr de Gabala fait ensuite le tableau des vexations dont les Missionnaires et les chrétiens sont actuellement l’objet.
« Ce sont des recensements continuels de nos néophytes, l’obligation où sont les Missionnaires de montrer à chaque instant leurs passe-ports, bien souvent aux plus vils employés du prétoire. Il faut déclarer les noms des prêtres indigènes, des catéchistes, des élèves du séminaire, dire leur âge, leur pays, leur famille, ect…
« Où veulent en venir les mandarins ? Il est difficile de le savoir. J’ignore si les mêmes mesures ont été prises dans les autres provinces. Mais le résultat n’en est pas moins très désastreux pour nos Missions. Veut-on se procurer du travail ou faire le commerce, il faut appartenir à une corporation, et les superstitions qui se pratiquent dans ces associations rendent déjà bien difficile la conversion de nos Chinois. Que sera-ce, lorsqu’ils verront les prêtres soit européens, soit indigènes, toujours flanqués d’un ou de deux satellites, et qu’eux-mêmes seront traités comme des gens suspects ? Si ce système d’espionnage s’étendait et se perpétuait, l’avenir de nos Missions du Su-tchuen serait bien compromis. »
A l’appui de ces remarques, Mgr Lepley cite des faits qui donnent bien une idée des tendances actuelles du gouvernement chinois et de la surveillance qu’il prétend exercer sur les Missionnaires. Ce système, d’ailleurs, n’est pas d’aujourd’hui ; le vice-roi de Canton l’a inauguré depuis plusieurs années à l’égard des Missionnaires du Kouang-Si. « Des Confrères, dit Sa Grandeur, ayant échangé des visites pour se confesser, ou s’étant rendus à la retraite annuelle, sur l’ordre de leur Vicaire apostolique, ont été accusés d’avoir voyagé sans passe-port. »
Néanmoins, nos Confrères ont continué leurs travaux habituels et se sont abandonnés à la garde de la divine Providence. Celle-ci ne leur a pas fait défaut. Le chiffre des baptême d’adultes est un peu plus élevé que les années précédentes, et celui des enfants de païens, baptisés in articulo mortis, atteint presque 35,000.
L’Œuvre de la Sainte-Enfance n’a pas été toujours à l’abri de toutes tracasseries. Un procès, intenté aux chrétiens à l’occasion de l’établissements de nouvelles pharmacies, aurait pu nuire beaucoup au progrès et au maintien de cette Œuvre, si utile et si prospère au Su-tchuen. Grâce aux démarches de M. Patenôtre, chargé d’affaires de France à Péking, la Mission a obtenu justice, et cette affaire s’est heureusement terminée.
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