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Rapport annuel des évêques

Année: 1880
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen occidental
Rédacteur:Mgr Pinchon

Su-tchuen occidental.

« Cette année, Dieu aidant, écrit Mgr Pinchon, s’est écoulée sans de trop grandes épreuves. Comme toujours, nous avons eu çà et là subir des vexations de la part des infidèles, excités en dessous par les maires des villes, les chefs de villages en globulés de tous grades et les petits mandarins. Ces sortes de misères étant, pour ainsi dire, notre pain de chaque jour, nous avons fini par nous y accoutumer. Nour les attendons et recevons sans perdre courage… »
Mais le plus grand obstacle à la conversion des Chinois vient du caractère de ce peuple : « Leur civilisation païenne, leur exquise politesse extérieure jointe à l’hypocrisie la plus raffinée, enfin, l’orgueilleuse conviction qui les porte à se regarder comme le premier peuple du monde, voilà autant d’obstacles pour la faiblesse humaine que rencontre la propagation de l’Évangile dans le Céleste Empire. A ce tableau déjà chargé, ajoutons encore la dépravation des mœurs orientales, la sensualité, la soif de l’or et des plaisirs, et on comprendra aisément que, sans un miracle de la miséricorde divine, il nous est bien difficile de remuer ces cœurs accoutumés au vice et à la mollesse…
« Et puis l’origine d’une fortune longtemps ambitionnée, d’un bien-être ardemment désiré, n’est pas toujours à l’abri de tout reproche, et l’Église exige de ceux qui aspirent à devenir ses enfants, qu’ils restituent le bien mal acquis. Voici un fait entre mille que se présente à ma mémoire :
« Lorsque jadis notre séminaire-collège était à Mo-pin, pour aller jusqu’au sommet des hautes montagnes environnantes, nous suivions un petit chemin, sur le bord duquel vivait un riche païen. Cet homme était excellent à notre égard. Comme il tenait une auberge, il avait la délicate générosité de traiter gratuitement le personnel de notre établissement. Il connaissait parfaitement la doctrine chrétiens qu’on lui avait souvent prêchée. Interrogé pourquoi il ne se faisait pas chrétien, aussitôt il se mettait à verser d’abondantes larmes et disait : « Je ne le puis « pas ! Lorsque j’étais jeune, j’ai fait le métier de voleur de grand chemin, et cela pendant « près de vingt ans. Toute ma fortune vient de là. En me faisant chrétien, il faudrait me « dépouiller au moins d’un partie de mes richesses, et comment faire un tel sacrifice ? »
« Ainsi raisonnait ce pauvre païen, retenu dans l’erreur par le démon de la cupidité. Et je ne crains pas de faire un jugement téméraire en disant que beaucoup de nos Chinois demeurent dans le paganisme pour les mêmes raisons. Souvent, ils aiment à entendre prêcher notre sainte Religion, ils lisent nos livers, ils admirent volontiers la conduite et la vertu de nos bons chrétiens ; et cependant, ils refusent de se convertir, parce qu’il faudrait renoncer à un bien-être dont la fraude et l’usure ont été le principe. »
Malgré toutes ces difficultés accumulées sous les par du Missionnaire, Mgr de Polemonium constate quelque progrès dans l’évangélisation du pays confié à ses soins ; un grand nombre de stations nouvelles ont été ouvertes dans des localités où, jusqu’à présent, il n’y avait pas eu de chrétiens ; plus de 700 adultes ont eu le bonheur de recevoir le saint baptême ; 3,000 catéchumènes se disposent à la même grâce. L’Œuvre de la Sainte-Enfance a obtenu encore cette année les meilleurs résultats, près de 50,000 petits enfants ont été régénérés dans les eaux du baptême, et aujourd’hui, revêtus de la robe de leur innocence, ils marchent à la suite de l’Agneau sans tache. Les écoles sont bien tenues, au pris de grands sacrifices pécuniaires, il est vrai, mais elles préparent de nouvelles générations de bons et solides chrétiens.
« Sous peu de jours, écrit encore le vénérable Prélat, je vais ordonner deux nouveaux prêtres. L’an dernier, l’un de nos plus jeunes prêtres indigènes est mort d’anémie. Cette mort prématurée nous a causé une perte bien sensible. Ce jeune homme n’avait que des moyens ordinaires, mais il était doué d’un excellent caractère, plein de zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et il aurait pu nous rendre de grands services.
« M. Papin, notre vénérable doyen, est atteint de graves infirmités(1) ; deux autres Confrères se trouvent frappés d’une surdité malencontreuse qui leur rend bien difficile l’exercice du saint ministère.
« Tel est tableau de l’état actuel de notre Mission Nous semons dans le champ du Seigneur, mais Dieu seul peut faire lever et croître la semence. Obtenons par nos prières de son infinie miséricorde ce précieux accroissement. »
(1) Ce vénérable Missionnaire est mort depuis, après 46 années d’apostolat.


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