| Année: |
1880 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Yun-nan |
| Rédacteur: | Mgr Philomélie |
Yun-nan.
Au Yun-nan, les mandarins et, partant, les populations se montrent moins hostiles aux chrétiens que dans les provinces voisines, particulièrement au Su-Tchuen. Néanmois, en plusieurs localités, à l’occasion de quelques conversions, le démon suscite des tracasseries qui, heureusement, tournent parfois à la confusion de leur auteur.
C’est ainsi que, dans le district de Kieou-Ia-Pin, une famille lolo très influente s’étant convertie, le petit roi de la localité en fut si irrité qu’il résolut de l’extermier et, par cet acte de barbarie, d’empêcher ses sujets d’embrasser la religion chrétienne. Il fut encouragé et aidé dans l’exécution de son dessein le pays et ennemie déclarée des chrétiens et des Missionnaires.
Prévenus à temps, les nouveaux convertis se réfugièrent auprès du Missionnaire le plus voisin, et quand le chef lolo arriva à leur demeure avec ses soldats, il la trouva inhabitée. Transporté de fureur, il la pilla et la réduisit en cendres ; il alla même jusqu’à faire enlever toute la bonne terre des propriété des catéchumènes. Ceux-ci, épouvantés et ne se croyant plus en sûreté dans la maison du Missionnaire, s’enfuirent à Ta-Ly-Fou et portèrent plaintes aux mandarins. C’est une bonne occasion pour ceux-ci d’humilier et d’exploiter un chef lolo, et ils se gardèrent bien de la manquer.
Ce fut alors que la famille chinoise intervint ; elle fit si bien qu’elle empêcha les satellites d’arriver jusqu’au roitelet, mais son intervention lui coûta cher. Les hommes du prétoire ne pouvant capturer le coupable, s’établirent dans le pays et y vécurent aux dépens du pauvre peuple qui, sachant bien que c’était par la faute des Tsoui (nom de cette famille chinoise), se souleva en massa, vint assiéger leur maison et l’incendia. Le chef de la famille, menacé de mort, ne trouva d’asile qu’auprès du Missionnaires qu’il avait calomnié si souvent et dont il avait juré la perte. Mais il n’ignorait pas que la religion chrétienne enseigne la pardon des injures et la pratique de la charité à l’égard même des ennemis.
Bien que surpris de sa confiance, le Père cacha de son lieux son persécuteur et parlementa avec la foule qui le réclamait pour le mettre à mort. Craignant toutefois de ne pouvoir tenir longtemps contre cette population ameutée, M. Chareyre fit prévenir secrètement le madarin ; celui-ci envoya des satellites qui conduisirent au prétoire le malheureux fugitif. La foule l’y suivit et le mandarin lui-même, impuissant à le protéger et menacé de mort s’il ne le livrait, l’abandonna à la populace qui le massacra incontinent.
Là ne s’arrêtèrent pas les fureurs de la multitude, et les autres membres de la famille chinoise n’échappèrent à la mort que par une prompte fuite et grâce à la protection des Missionnaires. Quant au roitelet, cause de tout ce désordre, il eut le même sort que son principal complice, il fut massacré par le peuple.
« C’est ainsi, ajoute Mgr Ponsot, que le bon Dieu permit que nos plus redoutables ennemis fussent châtiés. De plus, les païens, émerveillés de la conduite du Missionnaire et des chrétiens, devinrent nos amis et plusieurs centaines de familles, parmi lesquelles une quarantaine qui dépendaient du chef dont nous avons raconté la mort, adorèrent le vrai Dieu et demandèrent à s’instruire. Actuellement tout est en paix, et M. Chareyre en est à se demander comment il pourra trouver les ressources suffisantes pour fonder des catéchuménats et préparer au baptême tant de nouveaux adorateurs. »
A défaut de persécutions, une maladie pestilentielle fait parmi les chrétiens, particulièrement dans la partie du Yun-Nan qui avoisine la Birmanie, de nombreuses victimes et porte partout la terreur et la mort. Avant la guerre civile qui a si longtemps ravagé cette contrée, le pays n’était pas malsain ; depuis, par suite de la terrible répression qui en a fait un désert, la peste y fait de fréquentes et cruelles apparitions.
Dans le district de M. Mandart, plusieurs centaines de chrétiens ont été atteints du fléau et sont morts durant le cours des deux dernières années : actuellement encore, la maladie décime la population, et les survivants se sont réfugiés au sommet des montagnes, où l’air est plus sain et où notre Confrère a dû transporter lui-même son orphelinat.
Le district de M. Debaye n’a pas été épargné non plus, et les habitants campent également sur les montagnes. Il en est de même dans le pays évangélisé par M. Terrasse, dont la chrétienté naissante a été presque anéantie par le redoutable fléau.
A Taly-fou, l’état sanitaire est très bon, les conversions sont nombreuses, et, avant peu d’années, la visite des nouveaux néophytes nécessitera le concours de plusieurs Missionnaires. Mais il faudrait établir des catéchuménats pour préparer à la réception du baptême les hommes de bonne volonté, et l’argent fait défaut.
Au nord du Yun-Nan, les résultats sont très consolants. Grâce au zèle de M. Fenouil, il y a près d’un millier de catéchumènes à Tong-tchouang-fou ; malgré les tracasseries qui ne leur ont pas été ménagées, tous se distinguent par une foi ardente et par un grand zèle pour s’instruire. Afin de favoriser ce mouvement, il a fallu établir dans cette localité une chapelle et des écoles et y envoyer un nouveau Missionnaire.
Dans le district de Kiu-tsin-fou, on a créé deux nouveaux postes ; le premier est confié à un prêtre indigène qui en est le fondateur. « Avec peu de ressources, cet excellent prêtre, sa faisant luimême maître d’école, a pu cette année disposer 60 adultes au baptême, et il lui reste encore 400 adorateurs à instruire. »
Les aborigènes, au milieu desquels M. Oster travaille avec autant de zèle que de succès, ont presque tous adoré le vrai Dieu et demandé à recevoir le baptême. Une soixantaine ont cette année obtenu cette faveur. Le chiffre en deviendra plus grand à mesure que le nombre des catéchuménats sera mieux proportionné aux besoins de cette population.
« Pour la première fois, un Missionnaire a établi sa résidence à Tchaô-tong-fou, le chef-lieu du bas Yun-Nan. Outre une centaine d’anciens chrétiens qu’il y a trouvés, il a déjà pu donner le baptême à une quinzaine de catéchumènes. « A Tchaô-tong-fou, il s’est recontré un brave néophyte qui, après l’arrivée du Père, pressé du zèle de la gloire de Dieu, a restauré et embelli à ses frais notre chapelle. Il a consacré à cela plus de 1,000 fr.. ; ce n’est pas peu de chose pour un homme qui est bien loin d’être riche. Ce fait est d’autant plus précieux qu’il servira d’exemple aux nouveaux chrétiens et les engagera à faire quelques sacrifices pour la maison du Seigneur.
« Les 3,000 chrétiens qui sont autour de ma résidence, écrit encore Mgr de Philomélie, n’ont eu d’autre épreuve cette année qu’une mauvaise récolte… Les mandarins ne nous ont pas tracassés, comme nous le redoutions, à l’occasion du Synode tenu par des évêques de l’Ouest, à Sui-fou, à trois journées d’ici. Nos mandarins, si soupçonneux d’ordinaire, ne pouvaient voir d’un œil indifférent les chefs spirituels de six Missions, conférer ensemble dans une ville importante du Su-tchuen. Comment ces hommes athées et matérialistes auraient-ils cru que nous nous réunissions uniquement pour nous occuper d’intérêts purement spirituels ? De plus, on parlait alors de la guerre imminente ente la Cine et la Russie : pourquoi nous assembler, devaient-ils penser, sinon pour faire cause commune avec les ennemis du Céleste Empire ? Nous n’étions donc pas sans crainte. Néanmoins, au Yun-Nan, nous n’avons pas été inquiétés. Mais le vice-roi du Su-tchuen a fait tout ce qu’il a pu dans le but de troubler le Synode. Il a profité de l’absence des Évêques pour exiger et faire partout le recensement des chrétiens, des Missionnaires, des catéchistes et même des enfants dans les écoles.
« Cette année, dit en terminant le vénérable Prélat (1), ma santé, quoique assez bonne, s’est un peu affaiblie ; mes jambes surtout sont très faibles et peuvent à peine me porter. Néanmoins, tant que j’aurai un souffle de vie, je me ferai un bonheur et un honneur de travailler dans la vigne que le bon Dieu a confiée à mes soins. »
(1) Mgr Ponsot a célébré ses noces d’or en 1879 et vient d’achever cette année ses 50 ans d’apostolat.
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