| Année: |
1881 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-si |
| Rédacteur: | Mgr Foucard |
Kouang-Si.
1881
Au moment où Mgr Foucard nous adressait le Compte-rendu de sa Mission, Sa Grandeur pouvait espérer de bons résultats de ses démarches à Péking, des bons offices du Ministre de France et des promesses obtenues du gouverne-ment central. Malheureusement des nouvelles plus récentes nous font craindre de voir cette espérance s’évanouir, devant l’hostilité déclarée et persévérante des autorités locales.
Au Kouang-Si le traité de Péking a toujours été lettre morte, et rien n’égale l’obstination avec laquelle les ennemis de notre sainte Religion s’ingénient à fermer ce pays à l’Évangile et aux Missionnaires, si ce n’est le courage et la persévérance que nos Confrères mettent, au péril de leur vie, à revendiquer leurs droits et à porter la foi dans cette contrée pour eux, jusqu’à présent, inhospitalière.
A Si-lin-hien, l’administration des chrétiens s’est faite sans accident. Néanmoins, malgré les ordres donnés en haut lieu au sujet de la résidence des Missionnaires, détruite il y a deux ans, aucune réparation n’a été faite et les choses demeurent dans le statu quo.
« A Chang-Se, écrit Mgr Foucard, M. Renault, dont la vie a été menacée pendant toute l’année par les meneurs qui ont fait démolir notre maison de Nan-nin et surtout par les agissements secrets des mandarins, n’a pu, par prudence, aller visiter ses néophytes, et, par suite, une trentaine de catéchumènes ont été privés du secours de son ministère. Il essaye en ce moment de sortir de cette position critique, espérons qu’il réussira.
« Le district de Kouy-hien a joui généralement pendant cette année d’une paix relative. M. Chouzy en a profité pour travailler avec ardeur à la diffusion de l’Évangile. En ville, on se borne à venir parfois questionner sur la religion, lire ou emprunter quelque livre de controverse; tout au plus, un certain nombre de familles manifestent des velléités de conversion, mais sont retenues par la crainte de se voir privées par leurs propriétaires des terrains qu’elles cultivent ; cependant , nous avons eu à enre-gistrer quelques nouveaux chrétiens dans la campagne: là les catéchumènes sont nombreux et deux nouvelles chré-tientés se préparent. Mais un fait qui prouve que la situation semble s’améliorer, c’est l’installation et le séjour de M.Lavest, à trois lieues de la ville: ce résultat a été obtenu sans difficultés, soit de la part de l’autorité, soit de la part de la population . C’est là que notre nouveau Confrère prélude à son futur ministère, en catéchisant les néophytes et leurs enfants, et en s’entretenant avec les païens qui viennent souvent voir l’étranger et s’enquérir de sa doctrine... »
Pour résumer la situation générale, cette année, les Missionnaires du Kouang-Si ont été un peu plus tranquilles, mais l’avenir demeure toujours incertain ; malgré les promesses et les ordres du gouvernement central, les mandarins locaux sont toujours disposés à entraver l’action des Missionnaires.
« A cet exposé de l’état de ma Mission, permettez-moi, continue Mgr de Zéla, de joindre quelques faits que vous ne lirez pas sans édification, je les ai tirés du Compte-rendu de M. Chouzy:
« A 7 ou 8 ly de Houen-chan, habite un pauvre culti-vateur émigré de l’île de Oui-tcheou où il a pour voisin un autre émigré comme lui, qui avait entendu autrefois parler du christianisme, mais qui ne se décidait pas à l’em-brasser, à cause de ses occupations et à cause du respect humain, quoique dans le fond du cœur il eût un peu de foi.
« Tel était l’état des choses quand, au commencement de juin, il survint au premiet un mal qui la cloua sur son lit et fit craindre pour ses jours. Ce fut alors que cet homme sexagénaire se tourna vers Dieu, occupa ses loisirs à étudier le catéchisme et quelques prières et renonça complètement aux superstitions. A la vue de la gravité croissante de la maladie, il pressa son voisin de venir me prier d’aller lui conférer le Baptême; comme je me trouvais retenu par des affaires, je le fis ondoyer par un catéchiste qui eut la consolation d’enlever de sa maison toute trace du paganisme. La Providence l’a conservé encore pour le bien de sa famille ; sa femme et son fils se sont rendus à ses exhortations, et lors de ma dernière visite à Houen--chen, ils sont venus me voir l’un et l’autre. J’ai eu le bonheur d’aller suppléer au malade les cérémonies du Baptême et de lui administrer l’Extrême-Onction. Toute la famille m’a paru animée d’excellentes dispositions.
« La conversion de l’autre famille dont je veux parler, a tenu à des circonstances encore plus remarquables. Elle a nom Hoang et habite à 70 ly d’ici, dans la direction de Houy-pin, en une localité où il n’y a aucun néophyte, mais où le christianisme est déjà avantageusement connu. Elle se compose de cinq membres, les époux et trois enfants en bas âge ; le père qui a 70 ans, est originaire du Cantonais d’où il a émigré au Kouang-Si depuis une vingtaine d’années. Un jour il trouva dans le district de Kaomin un livre de doctrine qui, avec la réfutation de l’idolâtrie, contenait un exposé succinct du christianisme ; ce fut pour ce cœur droit un éclair de la grâce ; dès lors il cessa d’adresser ses adorations aux faux dieux ; bien plus, il a persévéré au milieu des païens et a amené sa femme et ses enfants aux mêmes sentiments. Dès que l’an dernier il eut appris l’existence de notre établissement de Kouy-hien, il résolut de venir s’informer plus parfaitement d’une doctrine dont il connaissait à peine les premiers éléments ; ses occupations l’en empêchèrent jusqu’à ces derniers temps. Je l’ai encouragé, je lui ai donné un livre de prières, et l’ai congédié en lui recommandant bien de me faire prévenir en cas de maladie grave. Vraiment, j’espère qu’il obtiendra la grâce du Baptême. Qui n’admirerait, en lisant cette histoire, comment Dieu sait trouver ses élus partout ! »
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