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Rapport annuel des évêques

Année: 1881
Pays: Chine
Mission: Kouang-tong
Rédacteur:Mgr Chausse

Kouang-tong.
1881

Les résultats de l’administration au Kouang-ton sont toujours bien consolants. Malgré la tourmente qui, à la fin de l’année dernière, à failli ruiner cette Mission, et le reten-tissement que cette affaire a eu dans toute la province, le chiffre des baptêmes d’adultes s’élève à 1,188. « Si ce chiffre, nous écrit Mgr Chausse coadjuteur de Mgr Guillemin, est un peu inférieur à celui de l’année passée, il faut l’attribuer à des causes multiples:
« 10 Beaucoup de Confrères éprouvés par la maladie, n’ont pu travailler ; d’autres ont été obligés de s’éloigner pour affaires urgentes, pendant un laps de temps relativement considérable.
« 20 Mais la cause la plus appréciable vient certainement des tracasseries sans nombre qu’il nous a fallu subir sur plusieurs points de la Mission, tant de la part des païens que des autorités locales.
« Dès le début, à Canton, la populace excitée par des agents de désordre, s’est porté à tous les excès contre nos pauvres chrétiens. Jusqu’à présent, on n’a pas rendu jus-tice à ceux-ci et le dommage qu’on leur a causé n’a pas été réparé. Naturellement ce coup terrible porté contre nous, au centre de la ville, sous les yeux des autorités euro-péennes et chinoises, dans un milieu où afflue chaque jour la population marchande de toute la province, fait beaucoup de bruit dans tout le pays.
« Il serait trop long de vous raconter en détail toutes les injustices, toutes les vexations que les Missionnaires et les chrétiens ont éprouvées durant ces dix derniers mois. Quelques faits suffiront pour vous en donner une idée. Cependant, loin de nous plaindre, je crois que nous devons rendre des actions de grâces au Seigneur ; car, là où sévit la persécution, il est sûr que le nombre des conversions est plus considérable.
« Ainsi, dans la partie occidentale, les tracasseries nous ont été d’autant moins ménagées que nous avons là nos chrétientés les plus florissantes.
« Le district de Pou-Neug compte plus de 1,500 catéchu-mènes, cela ne pouvait passer inaperçu. Depuis la 5e lune, calomnies, violences, menaces, tout a été employé pour arrêter le courant ; mais, il faut le dire, le résultat fut tout différent de celui qu’on s’était proposé. Cependant, voici que les mandarins aidés de la canaille du pays, viennent d’inventer une intrigue capable de ruiner ce nouveau poste, si Dieu et sa sainte Mère ne viennent à notre secours. »
Tout dernièrement un jeune homme de 19 ans est accusé de crimes. L’accusation n’avait de vrai que sa fausseté ; mais le complot était parfaitement ourdi . On s’empare du prétendu coupable, on le conduit au mandarin ; chemin faisant, le crime s’est transformé, le soi-disant voleur est un rebelle et tous les chrétiens sont devenus ses complices. Le sous-préfet envoie 200 satellites qui cernent le village, pillent les maisons et font une arrestation . Le général, à son tour, fait partir 200 soldats avec l’ordre d’enchaîner tous les chrétiens. A cette nouvelle, la panique se met parmi ces pauvres gens, tous prennent la fuite; quelques femmes, des vieillards seulement demeurent pour garder les maisons, plusieurs subissent un traitement infâme. Une vierge est frappée de 300 coups de rotin et jetée dans un étang . C’est par miracle qu’elle n’a pas été noyée. Une vingtaine de néophytes sont déjà dans les prisons... Une chrétienté voisine est menacée.
Dans un autre district les païens ont chassé les chrétiens de leur village. Un de ceux-ci a été horriblement mutilé. Rencontré sur le chemin par trois de ceux qui l’avaient mis à la porte de sa maison, il a été cruellement battu ; ses bourreaux, après lui avoir crevé les deux yeux, le laissèrent en cet état, au milieu d’un champ où il fut retrouvé, quelque temps après, par des voyageurs qui vinrent avertir ses parents.
« Un autre Confrère, continue Mgr de Capse, m’annonce que la persécution sévit également dans son district. C’est le mandarin, dit-il, qui excite le peuple contre moi ; des édits viennent de paraître dans les localités où nous avons le plus de conversions, il y a là près de 5,000 adorateurs. Comment supporteront-ils ces vexations ? Il est bien à craindre qu’un certain nombre ne cède à la peur.
« Enfin je ne finirais pas, si je voulais raconter toutes les difficultés que les Missionnaires ont rencontrées dans le cours de cette année. Malgré les efforts de Satan pour ren-verser ce que nous édifions avec tant de peine, nous conti-nuons notre œuvre , pleins de confiance dans le Seigneur: Dominus mihi adjutor, non timebo quid facial mihi homo.
« Au milieu de tant de tristesses, il en est une peut-être encore plus amère que les autres, c’est l’hostilité, la haine des autorités chinoises à notre égard, hostilité et haine qu’on ne prend même plus la précaution de dissimuler. Après nous avoir accablés d’outrages, indignement persé-cutés, nous sommes encore les coupables. C’est le Christ qui a mérité la mort... Tout le monde le condamne et l’abandonne, Pilate se lave les mains... Mais Pilate meurt en exil, et le Christ, exalté sur la croix , règne sur la terre et dans le ciel. C’est ce qui nous donne confiance et nous fait espérer de triompher, quand même, de toutes les ruses du démon. In Domino confido, non cofundar in œternum. »

Malgré tant d’entraves et de menaces, nos Confrères du Kouang-tong entretiennent toujours avec succès leurs œuvres de zèle et de dévouement. Les travaux de l’église monumentale de Canton, un moment interrompus à la suite de l’émeute, ont été repris et se poursuivent. Le nombre des étudiants qui se destinent à l’état ecclésias-tique est assez élevé; malheureusement leur santé s’accom-mode peu des études et de la vie de communauté …..

« Dans l’ouest, écrit encore Mgr Chausse, la paix n’a guère été troublée; aussi les conversions y sont moins nombreuses. La petite île de Houi-tcheou, que j’ai visitée moi-même pour la première fois, il y a seize ans, qu’habi-tait alors une population vagabonde et où l’on ne trouvait pas un seul catéchumène, renferme aujourd’hui plus de 1,600 chrétiens.
« Détachée de l’empire chinois par décret impérial, il y a environ 80 ans, parce qu’elle était un repaire de pirates, jusqu’à ces derniers temps elle avait été complètement aban-donnée. Depuis une vingtaine d’années, quelques pauvres gens voyant sa fertilité, venaient en secret, à la saison des pluies, ensemencer un petit coin de terre. Après la récolte, ils regagnaient le continent, pour se soustraire à la rapacité des mandarins préposés à la garde des côtes. Petit à petit, cependant, ils formèrent dans l’île des hameaux, sans que l’autorité chinoise y fît la moindre opposition.
« Telle était la situation quand une colonie de chrétiens, jetés hors de leur pays par une guerre de race, vint s’établir au milieu de ces pauvres gens dont j’ai parlé plus haut. Dès lors la prospérité de l’île alla toujours croissant, elle ren-ferme aujourd’hui de 6 à 7,000 habitants.
« Le gouvernement chinois voyant cet état de choses, vient de lever l’interdit et d’établir un mandarinat dans l’île qui avait joui jusqu’ici de la plus entière liberté. Je doute beaucoup que la religion gagne à ce changement; et, si je ne me trompe, c’est un peu contre son développement que la mesure a été prise. Le premier acte du magistrat nouvelle-ment installé, semblerait du moins le faire soupçonner. Il a déjà essayé d’enlever aux chrétiens lettrés l’influence qu’ils avaient acquise par leur conduite loyale, pour la faire passer entre les mains des païens les plus mal famés de l’île. Depuis quatre mois seulement le nouveau régime existe, et déjà on sent quelque chose de ce malaise qui précède la tempête. Là encore nous comptons sur la Providence.»


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