| Année: |
1881 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouy-tcheou |
| Rédacteur: | Mgr Lions |
Kouy-Tchéou .
1881
Dieu a donné à nos Confrères du Kouy-Tchéou des résuItats plus consolants encore que ceux des années précédentes. Ce progrès que les Missionnaires constatent avec bonheur, tous l’attribuent au zèle de leur vénérable Vicaire apostolique, qui n’a reculé devant aucune fatigue pour visiter les nombreuses chrétientés de sa province. En général, les néophytes sont devenus plus fervents: ceux que la persécution ou la guerre civile avait éloignés sont revenus à Dieu et, dans plusieurs localités, les païens se montrent en grand nombre disposés à embrasser la foi. Aussi les baptêmes d’adultes se sont-ils élevés au chiffre de 968.
« L’événement le plus important de l’année, écrit M. Bo-dinier à Mgr Lions, a été assurément la visite épiscopale de Votre Grandeur dans nos parages. C’est une grande faveur que Dieu a accordée au district de Tsèn-y, d’autant plus qu’elle a coïncidé avec l’époque fixée pour le Jubilé. Votre Grandeur a vu elle-même l’empressement que les chrétiens ont mis à s’approcher des Sacrements. Du reste, le Compte-rendu de l’administration spirituelle dans ce district en fait foi . Jamais Tsèn-y n’avait eu, comme cette année, environ 1,100 communions, plus de 1,400 confessions et 163 bap-têmes d’adultes. Les baptêmes d’enfants d’infidèles ont aussi atteint le beau chiffre de 2,082.
« Je faisais remarquer l’année dernière que, malgré une hostilité sourde qui règne toujours contre nous dans de trop nombreux esprits, les rapports extérieurs entre chrétiens et païens, comme entre Missionnaires et mandarins, continuent d’être bons, et tendent encore à s’améliorer.
« Cette année, votre passage dans les campagnes de Tsèn-y en a été une nouvelle preuve. Ce passage a produit partout la meilleure impression, comme j’ai pu moi-même le constater, en parcourant quelque temps après les mêmes localités. Déjà nous avions pu l’augurer en voyant le sous-préfet de Tsèn-y se montrer à l’égard de Votre Grandeur d’une politesse et d’une prévenance parfaites, et surtout en voyant les chefs des gardes nationales et des marchés se porter partout au-devant d’elle pour lui souhaiter la bienvenue.
« Aussi cette visite épiscopale, outre la grâce des Sacre-ments pour les chrétiens, a produit et produira encore un excellent effet moral sur tout le pays, et cet effet se traduit déjà, et se traduira plus encore à l’avenir, par de nom-breuses conversions... »
« Dans le sud-ouest du Vicariat, écrit M. Guichard provicaire de la Mission, le bien se fait également et les Missionnaires y ont aussi leurs joies. Ces dernières années, le nombre des baptêmes a augmenté là comme dans le nord et le midi de la province. Les œuvres y prospèrent ; les chrétiens y jouissent d’une bonne réputation, et les païens respectent et honorent généralement le Père. »
Ainsi, M. Chanticlair qui continue les travaux de MM. Chouzy et Renault, constate que le nombre des chré-tiens augmente tous les jours. Pour suffire à leurs besoins, « j’ai été obligé, écrit-il, d’établir partout des catéchistes qui, entretenant de bonnes relations avec les chefs de pays, règlent à l’amiable les différends des chrétiens entre eux ou avec les païens... exhortent les néophytes, les préparent aux sacrements, président à la récitation des prières, etc... »
« Mais si, par un effet de la miséricorde de Dieu, la foi a fait partout au Kouy-Tchéou des progrès rapides, si de nouvelles œuvres ont été établies, le démon, de son côté, ne s’est pas épargné pour mettre obstacle au bien. Ici-bas les peines sont toujours mêlées aux joies. Tantôt ce sont des injustices de la part même des mandarins.
« Ainsi, dans le district de M. Desvoivres, un de ses chrétiens avait été pillé. Un jour de marché il vit les objets dérobés sur le corps d’un païen des environs ; lui, aussitôt de les enlever. Quelques jours après, des païens amis du voleur, invitèrent les chrétiens, afin de leur demander pourquoi le néophyte avait ainsi repris ce qui lui avait été enlevé. Sept néophytes se rendirent sans défiance au lieu marqué et furent tous massacrés pendant la nuit. On s’adressa au mandarin, qui vint sur les lieux, constata le meurtre, prit deux assassins et les conduisit en prison. Les chrétiens allèrent en ville poursuivre cette affaire, mais on sut bientôt au prétoire qu’ils avaient embrassé la foi. En conséquence, les assassins furent mis en liberté, tandis que les chrétiens sont devenus suspects, placés sous la surveil-lance des prétoriens et retenus en ville contre toute justice. Voilà plus d’un an que cette affaire est pendante et on ne fait rien pour la terminer.
« Dans le district de M. Aubry à Pou-gan-tchéou, on a tué onze chrétiens, il y a 4 ou 5 ans, et cela uniquement parce qu’on ne voulait pas qu’ils suivissent la Religion du Maître du ciel. Les Missionnaires ont toujours en vain travaillé à arranger cette affaire, de manière que les autres néophytes puissent au moins pratiquer en paix leur Religion et ne soient plus molestés à l’avenir. Rien n’est encore fini.
« Dans le même district de M. Aubry, à Tse-hen--tcheou, des aborigènes ayant entendu prêcher les vérités de la foi, avaient été touchés et étaient devenus chrétiens. Aussitôt des malfaiteurs, encouragés secrètement par le mandarin du lieu, leur ont suscité toutes sortes de tracasseries. N’osant les accuser d’avoir embrassé le christianisme, ils les ont traînés au prétoire sous le pré-texte qu’ils n’étaient pas en règle pour la jouissance de leurs terrains. Le mandarin reçut l’accusation, fit venir les néophytes, leur fit subir toutes les avanies possibles et n’a cessé de leur répéter : « Abandonnez donc cette religion du Maître du ciel et personne «ne vous chicanera plus. » Les chrétiens refusèrent et les molestations continuèrent. A bout de moyens, ils s’adressèrent au mandarin de Tchen-fong-tchéou, qui leur donna gain de cause. Mais leurs ennemis ne se tinrent pas pour battus. Ils s’entendirent ensemble pour piller toutes les familles chrétiennes les unes après les autres, et ils ont déjà mis, en partie du moins, leurs menaces à exécution …..
« Vous le voyez, la propagation de l’Évangile ne se fait pas sans difficulté. Mais n’importe, le bon Dieu est avec nous et ne nous abandonnera pas. C’est malgré toutes ces persécutions que nous avons pu avoir cette année 968 baptêmes d’adultes. Grâces en soient rendues à Dieu !
« L’œuvre de la Sainte-Enfance continue toujours à consoler notre cœur de Missionnaire. Nos enfants montrent beaucoup de bonne volonté et, placés dans des familles dès qu’ils sont en âge d’apprendre quelque métier, ils se conservent bons chrétiens, pour la plupart. »
Le 11 juin, Mgr Lyons a eu la consolation de conférer les saints ordres à plusieurs élèves de son séminaire. Cette ordination comprenait deux prêtres, deux sous-diacres, et trois tonsurés . Ce sont les prémices du clergé indigène, formé au Kouy-Tchéou. Espérons que ces premiers résultats ne sont que le prélude de ceux qu’ob-tiendront les efforts persévérants du vénérable Évêque de Basilite et de ses Missionnaires, en vue de doter le Kouy-Tchéou d’un clergé indigène nombreux.
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