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Rapport annuel des évêques

Année: 1881
Pays: Chine
Mission: Mandchourie
Rédacteur:Mgr Dubail

Mandchourie.
1881

« Le chiffre des baptêmes d’adultes en Mandchourie, nous écrit Mgr Dubail, est, cette année encore, bien modeste ; mais nous devons néanmoins remercier la divine Provi-dence pour ces rares épis que les moissonneurs du Père de famille ont pu arracher à l’homme mauvais.
« Vous connaissez la situation pénible qui nous a été faite l’année dernière, par suite des menaces d’une guerre entre la Russie et le Céleste Empire. La paix actuellement paraît assurée; mais les braves venus du sud pour exter-miner les barbares de l’Occident, tiennent toujours garnison en Mandchourie où, à défaut de bravoure on temps de guerre, ils se signalent à loisir par leur courage en temps de paix.
« L’attitude et les discours des soldats en imposent plus que jamais aux pauvres populations mandchoues. Les mandarins eux-mêmes s’applaudissent du traité de paix conclu avec la Russie, comme d’un succès dû à l’effroi que cause aux étrangers la puissance de l’Empire du Milieu. Il va sans dire que nos chrétiens ont leur part des invectives qu’on ne ménage pas aux Européens, et qu’ils ont peu à compter sur la bienveillance et la justice des autorités locales.
« Jusqu’à ce jour nous n’avons encore pu obtenir aucune réparation en faveur de la famille de ce généreux néophyte, dont je vous ai raconté l’année dernière la mort glorieuse. Il n’est douteux pour personne qu’il est tombé martyr de sa foi ; mais le colonel Foû qui a frappé la victime, a su trouver un prétexte pour se disculper. De fait, jusqu’à présent, il en a été quitte pour payer, tout au plus, une amende à son supérieur, le général de Ghirin. »
Malgré les difficultés d’une situation aussi précaire, les Missionnaires de Mandchourie continuent d’étendre leur action sur tous les points du vaste territoire qui leur est confié.
Dans la province du Saghalien, où la persécution a ralenti le mouvement qui commençait de se produire en faveur du christianisme, la position ne s’améliore pas. « Conti-nuellement, les soldats et les satellites, écrit M. Raguit, se mettent en campagne, pénètrent dans les familles des nouveaux chrétiens, pour les compter, proférer contre eux les plus terribles menaces et leur annoncer qu’on va les enchaîner et les massacrer avec les Missionnaires. Un mandarin nommé Ki , s’est même déguisé en bonze, pour terroriser plus à son aise et avec plus d’impunité nos pauvres néophytes.
« Bien que la paix avec la Russie soit signée en ce moment, on continue de masser des troupes à 60 lieues à l’est de Pa-ien-sou-sou , au delà de San-Sing. Un bureau de recrutement est encore ouvert à quelques pas de notre résidence, et expédie tous les jours des volontaires. Le cri public est celui-ci : « Si nous ne battons pas les Russes, nous massacrerons les chrétiens et les Missionnaires. » A la grâce de Dieu, pourvu que le ciel soit au bout, peu importe le reste !
Tous nos chrétiens ont tenu ferme en présence de la persécution, pas un seul n’a apostasié jusqu’à présent. Seuls, de pauvres catéchumènes ont cédé aux menaces ; les uns se sont enfuis; d’autres plus malheureux, sont retournés à leurs superstitions, en affichant sur la porte et dans l’intérieur de leurs maisons les sentences païennes. Nos catéchumènes se chiffraient par milliers au commen-cernent de l’année dernière. Nous ne savons pas encore combien il nous en reste. Malgré le diable et les mandarins, nous avons pu, cependant, baptiser 15 adultes et recevoir au catéchuménat une trentaine de personnes.
« J’ai aussi la joie de vous annoncer que nous venons d’acheter deux terrains, l’un dans la ville de Pei-lin-tze, à 20 lieues au nord de Pa-ien-sou ; l’autre dans la ville de Hou-lan, à 17 lieues à l’ouest d’ici. C’est dans cette dernière localité que M. Noirjean a été enchaîné et torturé, il y a deux ans. De Pei-lin-tze, nous pourrons nous occuper plus activement des chrétiens dont je viens de vous parler et attaquer les tribus sauvages des Solons, Iu-pi, etc... A Hou-Ian, le Missionnaire, suivant toute prévision, obtiendra de nombreuses conversions ; le mouvement est donné. Mais il nous faut des hommes et de l’argent. Si nous sommes soutenus, j’ose prédire que la province de Hei--loung-kiang deviendra, comme mission, un des joyaux de notre chère Société.
« Pour nos pauvres sauvages, ils ne seront amenés à nous, je l’ai vu par moi-même et je m’appuie sur l’expérience de M. Noirjean, alors seulement que nous aurons pu nous établir au milieu d’eux. Ils sont nomades, vivent de chasse et de pêche, n’ont pas d’habitation, et couchent dehors à la bel1e étoile. Il faudrait donc les fixer sur le sol. Pour y réussir, le seul moyen pratique est, je crois, de fonder, en un coin de leurs forêts, un village chrétien, à l’aide de colons chinois. Plusieurs familles répondront à notre appel; elles ne désirent rien tant que de se grouper autour du Missionnaire, en quelque lieu qu’il se fixe, pourvu qu’elles puissent se procurer par leur travail la nourriture et le vêtement. Les Solons viendront nécessairement nous visiter pour recevoir, en échange de leurs pelleteries, du millet, du sorgho, etc. A cette occasion, la bonne nouvelle de l’Evangile sera annoncée à ceux qui comprennent un peu le chinois. Il sera facile au Missionnaire d’apprendre leur langue et de se mettre à même de travailler à leur faire connaître et aimer Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

« Ailleurs, écrit encore Mgr Dubail, la Mission compte aujourd’hui deux nouvelles chapelles construites cette année, l’une par M. Conraux et la seconde par M. Card. A Sé-kia-tzé, l’autel abrite les tombes de nos chers défunts qui reposent sur cette terre de l’ancienne Mongolie. L’ora-toire de Kao-chan-touen, édifié par M. Card, à 13 lieues au nord de Moulk-den, deviendra bientôt pour le Mission-naire qui doit s’y fixer, un centre d’action. De là il lui sera facile de donner les soins aux néophytes et aux nom-breux catéchumènes que le vénérable M. Venault a tirés du paganisme.

« Dans les environs de Ghirin, on cherche à établir un nouveau poste, non loin de cette grande ville mandchoue. M. Bisson, on compagnie et sous la direction de M. Boyer, fait en ce moment un voyage d’exploration dont je ne connais pas encore le résultat.
« Ninggoutha, l’antique lieutenance militaire, située à 80 lieues à l’est de Ghirin, est comme le cœur du pays mandchou, et c’est à peine si le Missionnaire a franchi une seule fois et furtivement le seuil de cet héritage si ardemment désiré. Nous voulons, avec la grâce de Dieu, fixer là notre tente, comme déjà nous l’avons établie à Hei--loung-kiang. Les difficultés, il est vrai, sont grandes: les ressources manquent, les Missionnaires dispersés au loin dans l’immense désert, devront toujours être plusieurs ensemble, le climat est rude ; mais tous ces obstacles réunis ne nous décourageront pas, le jour où la divine Providence nous permettra de réaliser nos projets et nos espérances pour la conversion de cette contrée. »

Il était urgent de pourvoir à l’installation du Séminaire de Chaling et de faire cesser un provisoire nuisible à la santé des élèves et au développement de l’œuvre ; Mgr de Bolina nous annonce que ce projet a déjà reçu un commencement d’exécution. « Nous avons travaillé, écrit Sa Grandeur, selon la mesure de nos faibles ressources, à l’installation du Séminaire de la Mission; déjà les plus grands élèves seront convenablement logés pour l’hiver prochain. Cette œuvre nous paraît d’autant plus utile que nos élèves latinistes, comme aussi ceux de l’école prépa-ratoire de Pa-kia-tsé, seront bientôt choisis pour nous aider, en qualité de catéchistes, à prêcher l’Évangile aux infidèles. Nos autres chrétiens ont peu de dispositions pour remplir utilement cette importante charge.
Grâce à Dieu, le nombre de nos élèves augmente chaque jour, et les Missionnaires chargés de leur formation sont très satisfaits de leur piété, de leur bon esprit et de leur ardeur au travail. Que Dieu leur accorde de persévérer toujours dans le bien ! »

Dans une assemblée synodate tenue au commencement de cette l’année, Mgr Dubail a, de concert avec nos Con-frères de la Mission, arrêté les bases d’un directoire que les Missionnaires de la Mandchourie devront suivre dans l’administration des sacrements et l’exercice de leur minis-tère apostolique. Nous ne pouvons que féliciter Mgr de Bolina et ses chers collaborateurs d’avoir, de cette ma-nière, assuré le maintien des traditions et l’uniformité si nécessaire dans la conduite des âmes.

Dieu a accordé à un de nos Confrères de la Mandchourie la consolation de voir le cinquantième anniversaire de son sacerdoce. Nous n’avons pas manqué, en cette circons-tance, d’offrir au vénéré M. Venault, au nom de toute la Société, nos félicitations et nos vœux . Cette fête de famille a été célébrée en Mandchourie avec toute la solennité que permirent les circonstances et l’humilité de celui qui en fut l’objet. Mgr Dubail, accompagné de plusieurs Mission-naires, voulut la présider et donner au cher doyen de sa Mission une nouvelle marque de son estime, de sa recon-naissance et de son affection. Déjà, à l’assemblée générale des Missionnaires, Sa Grandeur avait, au grand contente-ment de tous, conféré à M. Venault le titre et les pouvoirs de Provicaire de la Mandchourie.

Nous ne voulons pas terminer ce Compte-rendu, sans exprimer les vœux que nous formons pour le rétablissement du vénérable Vicaire apostolique de cette Mission, dont la santé, ébranlée par des travaux continuels et des fatigues excessives, a donné dernièrement de graves inquiétudes .





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