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Rapport annuel des évêques

Année: 1881
Pays: Chine
Mission: Su-tchuen méridional
Rédacteur:Mgr Lepley


Su-tchuen méridional.
1881


Au Su-tchuen méridional, c’est surtout la pénurie de catéchistes zélés et capables qui se fait sentir. Les con-versions sont nombreuses; on compte actuellement bon nombre d’adorateurs et de catéchumènes, mais le person-nel enseignant fait défaut. « Aussi qu’arrive-t-il ? nous écrit Mgr Le pley, ces pauvres gens ayant à peine, une fois ou deux l’année, l’occasion de voir le Père, étant peu instruits, se découragent et demeurent dans la tiédeur; fort heureux encore quand ils ne retournent pas au paganisme. A cause des distances et de l’immense étendue de nos districts, je ne verrais qu’un seul moyen d’obvier à ce grave inconvénient, ce serait d’établir sur plusieurs points du Vicariat des catéchuménats, comme cela se pratique dans plusieurs missions. Mais cette-mesure n’est pas sans difficultés. »
Un autre obstacle à la propagation de l’Évangile, mais qui tourne à la confusion de Satan, c’est le grand nombre de cas de possessions que l’on remarque depuis quelque temps dans le pays.
« Permettez-moi, continue Mgr de Gabala, de choisir entre cent, un fait dont je puis attester l’authenticité parfaite. Dans un bourg à trois journées d’ici, une famille composée du père, des deux fils, des deux brus et de quel-ques petits enfants, avait adoré et étudié la doctrine avec ardeur. Le père seul, tout en laissant sa famille libre, avait remis à plus tard sa conversion et il ne pouvait, disait-il, se séparer de sitôt des tablettes de ses ancêtres.
« Le 24 de la dernière lune de l’an passé, en bon païen, il fit avec un redoublement de piété et de solennité, et malgré les exhortations de ses enfants, les sacrifices accou-tumés devant les susdites tablettes. Mais à peine la céré-monie terminée, tout à coup le cou lui enfle d’une manière prodigieuse au point de se confondre avec la tête. Grand émoi dans la famille ; le vieux prétend que ce sont les ancêtres qui le punissent d’avoir laissé sa famille changer de religion ; les enfants soutiennent, au contraire, que c’est son obstination qui lui a valu de Dieu cette épreuve, mais ils ne sont pas écoutés. Les enfants, à bout de ressources, vont le lendemain consulter quelques néophytes, un peu plus anciens mais non baptisés, qui conservaient chez eux de l’eau bénite. Ils reviennent, aspergent le vieux, qui est guéri comme par miracle. Ils voyaient, me disaient-ils , le cou se désenfler à mesure que l’eau bénite touchait la partie malade.
« Le bon Dieu, dans sa miséricorde, traite les Chinois comme jadis il traitait les juifs charnels. Si signa non videritis, non credetis. Aussi, loin de nous en effrayer, nous bénissons Dieu qui attire à son salut ces pauvres gens précisément par les moyens dont le diable se sert pour les en éloigner.
« Dans les districts d’anciens chrétiens, la lutte revêt un autre caractère; le diable y reçoit bien aussi quelquefois des égratignures. A ce sujet je me permettrai encore, malgré la longueur de cette lettre, de vous raconter un petit épisode tout récent, car le procès n’est pas complète-ment fini, mais il ne peut l’être qu’à l’honneur de notre sainte Religion.
« Vous savez déjà que nos ennemis les plus acharnés et aussi les plus dangereux sont les affidés des sociétés secrètes, espèce de carbonari chinois. Bien que le gouvernement, qui les craint, recommande de veiller sur eux, les mandarins sont plus ou moins indulgents à leur égard, selon qu’ils reçoivent plus ou moins d’argent.
Or, à 12 lieues d’ici, dans un grand marché, ces bons apôtres avaient fait une collecte pour imprimer et distri-buer gratis les exemplaires d’un livre infâme, où religion chrétienne, missionnaires, Européens en général, sont vilipendés, injuriés en un langage d’une obscénité dont la langue chinoise est, je crois, seule capable de fournir les termes.
« Il paraît que le graveur éprouvait des difficultés pour se faire payer un reliquat de 3 ligatures, et en consé-quence refusait de livrer deux planches d’imprimerie, né-cessaires pour compléter l’ouvrage. En désespoir de cause, il s’abouche avec un chrétien qui habite la localité et qui, en payant la somme ci-dessus, acquiert les deux fameuses planches, connaît les auteurs du pamphlet et le lieu où étaient déposées les autres planches.
« M. Moutot, en mon absence, dénonça le fait au man-darin de Sui-fou, qui, s’il n’est pas de nos amis, tient à ne pas se créer de misères. Aussitôt celui-ci lance ses prétoriens à la curée. Déjà l’auteur du pamphlet avait eu vent de la chose par l’indiscrétion d’un chrétien, son parent, de sorte que les satellites à leur arrivée chez lui, trouvèrent maison complètement vide, le pamphlétaire avait déménagé et s’était réfugié chez un des chefs de la fameuse société secrète.
« Après beaucoup de chinoiseries, le mandarin du lieu, ou plutôt ses satellites parviennent à mettre la main sur le fils aîné du coupable, et il fallut s’exécuter. Les préto-riens prétendaient bien n’être pas venus pour changer d’air ; ils exigeaient et ont obtenu 200 ligatures pour leur pourboire, le mandarin en a obtenu à peu près autant, celui de Kin-fou-hién a bien reçu quelque chose ; les planches du fameux livre ont été livrées au prétoire de la préfecture pour être brûlées solennellement, et le père et le fils sont détenus en prison. En définitive, cette affaire fera mieux connaître la religion dans le pays que si j’y avais envoyé dix prédicateurs. Cette fois, du moins, le diable s’est pris dans ses propres filets.

« En résumé, nous sommes pour le moment assez tranquilles , nos œuvres se développent, sinon avec fracas, du moins d’une manière continue.
« Chaque année nous prenons possession de quelque poste avancé; or, la prise de possession c’est tout en Chine. Ce qui s’est fait, ce qui a existé, doit se faire et doit exister.
« Nos chrétiens, je le remarque, sont plus instruits, comprennent mieux la doctrine, etc., etc. Dieu en soit béni et nous continue, sa protection!

« Le seul point noir pour le moment, c’est cette partie de la Mission au Sud-Ouest, connue sous le nom de Kiang-tchang. Je n’en ai jamais auguré bien, mais les résultats sont encore au-dessous de mes prévisions. Malgré des dépenses considérables, malgré le zèle et la persévérance des trois Confrères qui l’évangélisent, ce pays peuplé presque exclusivement de banqueroutiers, repris de justice, fumeurs d’opium, ne promet guère pour l’avenir: les éléments manquent; sur les lieux, impossible de trouver un catéchiste quelconque, un simple servant, un homme de demi-confiance, tout doit y être transplanté.
« Outre sa stérilité, cette Mission présente des dangers continuels de pillage, qui ne permettent jamais nos Confrères de dormir tranquilles. Au printemps dernier, M. Raison, qui retournait au Kiang-tchang, a failli être massacré. Fort heureusement qu’un contre-temps inattendu le mit en retard de deux jours sur la caravane qui l’accompagnait pour plus de sûreté, et dont tous les membres furent écharpés au passage des montagnes.»




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