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Rapport annuel des évêques

Année: 1881
Pays: Chine
Mission: Tibet
Rédacteur:Mgr Biet

Thibet. 1881


« 27 baptêmes d’adultes, nous écrit Mgr Biet, 66 nou-veaux adorateurs, ce serait un résultat bien peu considé-rable pour une Mission florissante ; mais pour nous qui devons lutter sans cesse contre la persécution et la puis-sance des lamas, c’est une preuve bien consolante des bénédictions du Ciel sur notre Thibet . Depuis que la Mission existe, c’est pour la première fois que nous comp-tons 66 nouveaux adorateurs, et nous obtenons ce chiffre au lendemain d’une persécution qui devait nous détruire.»

Mgr de Diana passe ensuite en revue les divers postes de sa Mission.
A Bathang, une épidémie de petite vérole a été le moyen dont Dieu s’est servi pour manifester le dévouement de ses Missionnaires, et faire tomber les préjugés et les défiances que les calomnies des lamas avaient semés parmi le peuple. Nos Confrères de ce poste prodiguent leurs soins aux malades, préservent les enfants de la con-tagion au moyen de la vaccine, et sauvent d’une mort cer-taine le plus grand nombre de ceux qui ont eu recours à leur charité. Aussi, écrivent-ils, « ce fléau a mis l’opinion de notre côté ; on vante notre générosité et les services rendus par nous au peuple: dans les rues on ne rencontre plus de gens hostiles, les visages sont gracieux, avenants ; justice enfin est faite des calomnies des lamas. » Ceux-ci cherchent, il est vrai, à contrebalancer l’influence des Missionnaires, mais ni leurs superstitions, ni les soins d’un charlatan chinois qu’ils ont appelé à leur aide, ne peuvent empêcher la mort de frapper ceux que la confiance ou plutôt la peur a obligés de recourir à leur ministère. A Bathang et dans les environs plus de 400 lamas furent victimes du fléau.
Yerkalo fut aussi visité par la petite vérole ; là aussi, même dévouement de la part des Missionnaires ; même conduite des lamas et résultats identiques ; les premiers conservent la vie à tous ceux qui s’adressent à eux , tandis que les lamas et ceux que la crainte a empêchés de venir auprès des Missionnaires , meurent en grand nombre. « Le peuple se montre reconnaissant, écrivent nos Confrères, et n’étaient l’opposition absolue des lamas et la crainte d’être privés de leurs champs et chassés du pays, les habitants de cette vallée se convertiraient en masse. »
M.Goutelle cherche depuis longtemps à fonder un établissement solide à Aten-tse ; mais là aussi l’influence des lamas est prépondérante, personne ne consent à vendre à notre Confrère un terrain où il puisse construire sa maison. Les propriétaires de celle qu’il occupe, effrayés des menaces des lamas, l’ont congédié ; heureusement qu’un pauvre lui a donné l’hospitalité dans sa cabane en ruine. Le Missionnaire restera dans ce taudis malsain et incommode, plutôt que de donner aux lamas la satisfac-tion de le voir partir de ce poste dont ils ont résolu de le chasser, et où il lui serait impossible de revenir. « Malgré ces tracasseries, écrit M. Goutelle, il y a eu quelques conversions à Aten-tse; mais les lamas surveillent de près le peuple ; si quelqu’un est soupçonné de vouloir se faire chrétien, de suite, nos ennemis font chez lui des perquisi-tions, et le menacent de lui retirer terrain et maison, et de le chasser du pays. On comprend que ce mode d’inti-midation ne permette pas pour le moment de nombreuses conversions. C’est déjà un effet insigne de la protection divine que nous puissions tenir tête à des ennemis si puissants et si tenaces dans leur opposition. »
A Tsekou , M. Dubernard est plus tranquille, l’influence des lamas est moins redoutable ; aussi notre Confrère a-t-il pu donner quelques baptêmes. Les néophytes sont presque tous esclaves. Beaucoup de ces pauvres gens embrasse-raient notre sainte Religion s’ils n’en étaient empêchés par leurs maîtres. Ceux-ci croient que leurs esclaves, une fois devenus chrétiens, par le fait seront affranchis, ce qui leur causerait une petite matérielle considérable. « Une chose les confirme dans cette opinion, écrit M. Dubernard, c’est que nous donnons la liberté à tous les esclaves rachetés par nous, aussitôt qu’ils sont capables de se gouverner eux-mêmes. Il est à croire qu’à force de prudence on dis-sipera ces préjugés et, lorsque les maîtres comprendront que le baptême ne les prive pas de leurs droits, ils feront moins d’opposition.»
Siao-ouy-sy est un poste en formation et le centre d’un district qui donne de belles espérances. Les lamas y sont également moins redoutables. M. Goutelle l’a visité et y a rencontré des âmes de bonne volonté qui demandent à connaître la vérité pour l’embrasser. Ainsi à Malipin, une famille de cultivateurs, fermiers de la lamaserie, qui avait déjà manifesté le désir de se convertir et qui, en conséquence, avait été ruinée par les lamas, ayant obtenu gain de cause auprès des mandarins, persévéra dans son intention d’embrasser le christianisme. Mais, n’ayant aucun moyen de s’instruire et de se préparer au baptême, elle était demeurée dans le paganisme. La Providence conduit notre Confrère dans cette maison, où il est reçu comme l’ange envoyé de Dieu ; à l’exception d’une bru qui pour ce fait abandonne son mari, toute la famille adore et se prépare au baptême. Près de Kampou, le Missionnaire trouve une famille qui adore et deux autres qui manifestent l’intention d’en faire autant. A Yn-to, où se trouvent déjà plusieurs néophytes, presque toute la population montre d’excellentes dispositions, et si rien ne vient faire obstacle, avant peu le village sera chrétien.
« A Ta-tsien-lou, écrit Mgr Biet, nos bons rapports continuent avec les autorités chinoises et thibétaines: c’est une véritable protection pour nos chrétiens. En ville, ceux-ci sont non seulement tolérés, mais on a même pour eux une certaine déférence... Malgré ces bonnes disposi-tions à notre égard , les conversions sont peu nombreuses, car les Chinois venus temporairement dans cette ville d’entrepôt, au climat rigoureux, ne songent qu’à faire fortune et à retourner bien vite en Chine. Les Thibétains n’oseraient encore se déclarer chrétiens ; l’influence des lamas est trop grande. Le roi thibétain a son frère bouddha vivant, Le premier chef, celui qui est à la tête de l’admi-nistration, a également un frère bouddha vivant ; toutes les familles thibétaines puissantes et considérées dans le pays, ont des frères ou de proches parents dans les lamaseries. Le moment de la conversion pour les Thibétains n’est donc pas encore venu ; mais notre sainte Religion obtient droit de cité, c’est un progrès dont nous tâcherons de profiter...

« Nos orphelinats continuent à prospérer et à avoir une très bonne réputation; mais, vu la faible allocation que nous fait la Sainte-Enfance et l’insuffisance de nos autres ressources, je suis toujours obligé de refuser beaucoup de jeunes filles qui nous sont présentées par leurs parents païens...
« Grâce au zèle de M. Déjean, notre Séminaire de Saint--Joseph est tout à fait prospère, je parle au point de vue spirituel, car le côté matériel laisse beaucoup à désirer. La piété, la bonne volonté, le bon esprit, une gaîté franche qui n’empêche pas le travail à son heure, règnent au Séminaire. Jusqu’à présent nos chers élèves ne nous ont donné que des consolations. Puisse le Thibet s’ouvrir lors-qu’ils seront en âge d’y exercer leur zèle! »
Mgr Biet nous avait déjà envoyé le Compte-rendu de sa Mission lorsqu’un douloureux événement est survenu au Thibet. Un des Missionnaires de Bathang a été surpris et massacré par des brigands, dans un voyage qu’il faisait pour ravitailler les autres postes. D’après les nouvelles les plus récentes, ce meurtre aurait été tramé et préparé à l’avance, et les assassins n’auraient été que les instruments de la haine des lamas contre notre sainte Religion et contre les Missionnaires.




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