| Année: |
1882 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-Si |
| Rédacteur: | Mgr Mgr de Zéla |
Kouang-Si.
Nous bénissons Dieu et nous félicitons nos Confrères du Kouang-Si des résultats obtenus cette année dans cette Mission. Ces résultats sont d’autant plus remarquables et plus consolants que la situation des Missionnaires en ce pays reste plus pénible et plus dangereuse. Nous avons déjà exposé cette situation et nul n’ignore l’acharnement avec lequel les autorités chinoises, en violation des traités, s’opposent à l’établissement de nos Confrères et à la propagation de la foi dans cette province. Nous avons raconté les démarches faites par Mgr Foucard et les instances du Ministre de France auprès du gouvernement chinois, pour obtenir en faveur du Missionnaires du Kouang-Si, la liberté dont jouissent leurs Confrères des autres provinces et à laquelle les traités leur donnent droit ; nous avons dit les promesses obtenues, les conventions passées entre le Tsong-ly-yamen et le représentant de la France, et leur inobservation par suite de l’opposition des autorités locales. Actuellement, les choses en sont à peu près au même point. « Je n’ai, écrit Mgr de Zéla, obtenu d’autre résultat sérieux que la liberté d’acheter des immeubles, et encore cette liberté n’a été proclamée que dans une petite partie de la province. Aussi, après avoir fait tout notre possible auprès des hommes, pour obtenir une protection sur laquelle nous ne pouvons plus compter, nous mettons tout notre espoir en Dieu seul, dont les miséricordes passées nous rassurent pleinement.
« Cette année, en effet, notre espoir a grandi plus que jamais, comme me l’écrit notre cher Pro-préfet : « Depuis deux ou trois ans, on a tellement parlé de nous chasser, d’exterminer nos « néophytes et de nous tuer nous-mêmes, qu’une foule de pauvres païens ont voulu se rendre « compte de cette Religion qu’ils voyaient attaquée de tant de manières, et plusieurs attendent « encore le dénouement de nos démêlés avec les autorités pour se faire chrétiens. Quelques-« uns, cependant, ont déjà embrassé notre sainte Religion dont ils ignoraient complètement « l’existence, il n’y a que quelques années. »
« M. Renault, me parlant de l’action de la grâce dans son vaste district, m’écrivait encore : « Vous vous rappelez, Monseigneur, que les quelques catéchumènes que nous possédions à « Nan-Hiang furent obligés, à cause de leur titre de chrétiens, de renoncer aux terrains qu’ils « cultivaient, ces terrains appartenant à des païens qui exigeaient qu’ils renonçassent à leur « foi ; mais eux préférèrent s’exposer à la misère plutôt que d’abandonner notre sainte « Religion. Aussi le bon Dieu, qui n’abandonne jamais ceux qui le servent, leur est venu en « aide et leur a procuré un abri. Ils s’offrirent à défricher une montagne que nous avions « achetée depuis deux ans, si bien que ce sol inculte est transformé aujourd’hui en un village « qui compte dix familles ; j’y ai bâti une maison où se trouvent un oratoire et une école... « Mais comme l’expérience a toujours prouvé que lorsque les femmes ne se convertissent pas « avec leurs maris, notre œuvre n’est pas solide, j’ai à grands frais fait venir de Canton une « vierge chinoise pour les instruire. Le résultat de ma dernière visite qui a duré vingt jours a « été, pour cette première fois, 20 baptêmes d’adultes au nombre desquels il y a eu 6 femmes, « et j’ai le meilleur espoir pour l’avenir. Il y a là beaucoup de bien à faire, mais il faudrait un « catéchiste qui nous fait défaut ; il faudrait aussi un Père en résidence dans cette localité, « pour achever l’éducation de ces néophytes et les affermir dans la foi ; ce Missionnaire « cultiverait les bonnes dispositions des païens, et suppléerait à ce que nos catéchistes trop « peu instruits ne font pas. Ce n’est pas à une distance de dix journées de marche, et avec mes « autres occupations si multiples, que je puis continuer à surveiller avec avantage cette œuvre « naissante. »
« Ici, je dois vous exprimer ma reconnaissance pour l’envoi que vous nous faites de nouveaux Confrères attendus depuis longtemps ; vous le voyez, ils arrivent juste à temps pour secourir mes chers collaborateurs qui se trouvent trop peu nombreux, et aux labeurs desquels ils pourront bientôt, j’espère, prendre part.
« Maintenant je passe au Kouy-hien. Dans un compte rendu très détaillé, le Confrère qui en est chargé me fait connaître l’action de la grâce divine dans son district, sans contredit le plus privilégié de la Mission. Voici en quelques mots le résumé de son année :
« D’après l’exposé que je viens de faire, Monseigneur, il est facile de constater dans le « district, pour cette année, sous le rapport matériel comme sous le rapport moral, la « réalisation d’un progrès notable.
« L’Évangile annoncé dans six arrondissements dont quatre avaient, il est vrai, déjà « quelques chrétiens épars ; des baptêmes dans cinq ; la création de six stations nouvelles, un « chiffre consolant de baptêmes de païens (59), l’établissement de la Mission à San-pan-kiao « et sa reconnaissance publique et officielle, l’acquisition d’une propriété à San-Ly dans le « Suoe-hien : telles sont les bénédictions qu’il a plu à la divine Bonté de nous accorder. Je ne « saurais me dispenser d’en offrir ici l’hommage à la sainte Vierge qui m’a, en plusieurs « circonstances, fait sentir sa protection d’une manière frappante... Toutefois, afin de « poursuivre et de consolider les œuvres commencées, trois points s’imposent comme « indispensables : les ressources matérielles, la formation d’un personnel et le soin de « l’évangélisation des femmes.
« Les ressources matérielles, soit pour établir des stations et des oratoires, soit pour « l’entretien de nos gens, soit pour les frais des voyages, etc. Pour ce qui est du personnel, « nous manquons de catéchistes, de maîtres d’écoles, de pharmaciens, de baptiseurs ; j’ose « donc espérer que la formation de ces indispensables auxiliaires sera, comme pour le premier « point, l’objet d’une bienveillance et d’une attention spéciales. Quant à l’évangélisation des « femmes, elle est si importante que je n’hésite pas à dire qu’on devrait y pourvoir, même au « prix de grands sacrifices. »
« M. Lavest, dont le vaste district est séparé de celui de Kouy-hien depuis quelques mois seulement, est tout occupé de l’évangélisation du pays qui lui est confié, et il me fait part de ses espérances dans cinq ou six chrétientés en germe. Aujourd’hui elles sont fondées, et je m’en réjouis pour l’avenir de notre Mission. Seulement, ce jeune Missionnaire n’a pour l’aider que deux catéchistes ; il est vrai qu’il en prépare d’autres. Il a établi deux écoles qui marchent très bien, et dont je rendrai compte à l’Œuvre de la Sainte-Enfance qui les soutient ; il s’occupe aussi de former quelques jeunes gens pour le séminaire ; il en a trois ou quatre dont le plus avancé a déjà étudié deux ou trois ans. ― « Ici, m’écrit ce cher Confrère, « je « jouis de la paix la plus complète et de la bienveillance de tous ; je vais et viens à plusieurs « lieues à la ronde, avec mes enfants de l’école, sans le moindre danger, pas même d’insulte ; « au contraire, on me parle volontiers. »
« Par ces quelques citations, vous pouvez voir qu’il suffit que nous soyons connus dans le pays pour être acceptés et même les bienvenus. ― Ils se trompent donc, ou plutôt ils sont trompés, ceux qui en France croient que les populations du Kouang-.Si ne veulent pas de nous ; ils ont tort de s’en rapporter à la parole de l’ambassadeur chinois qui surprend facilement leur bonne foi, étant à une distance trop grande pour juger par eux-mêmes de notre situation. Quant à nous, nous avons depuis longtemps prouvé par des écrits appuyés sur des faits irrécusables et nombreux, que la seule chose qui manque à notre ministère pour le rendre fructueux, c’est la liberté ; je l’ai réclamée obstinément, selon les traités, sans avoir pu l’obtenir. ― Dieu, en qui seul désormais nous mettons notre confiance, nous donnera, nous l’espérons, des jours plus calmes, car nous allons viser plus que jamais à nous effacer, pour faire son œuvre en secret comme au temps des persécutions. »
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