| Année: |
1882 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Kouang-tong |
| Rédacteur: | Mgr Mgr Chausse |
Kouang-tong.
« Je viens, nous écrit Mgr Chausse, coadjuteur de Mgr Guillemin, je viens selon l’usage vous apporter notre petit contingent de peines et de succès, durant l’année 1881-82. En voguant sur un océan encore agité de ses vieilles tempêtes, notre barque a bien çà et là rencontré quelques récifs, essuyé quelques tempêtes ; mais tous ces orages, ces coups de vent, ne l’ont pas empêché d’arriver au port avec une cargaison aussi riche que par le passé. Grâces en soient rendues à Dieu et. à notre bonne Mère, qui nous ont arrachés à tant de périls !
« Le nombre de nos baptêmes d’adultes s’élève à 1,565, encore nous manque-t-il le compte rendu de trois Missionnaires, en retard pour je ne sais quelle raison. Je ne saurais vous dire si la Mission de Canton a jamais dépassé ce résultat ; mais, ce que je puis affirmer, c’est que nos chers Confrères se sont livrés à la besogne avec une ardeur toute apostolique, sans se laisser effrayer par les tracasseries et la haine des suppôts de Satan.
« Le district de Pou-Neng, vers la fin de l’année passée, avait subi une véritable persécution : Les mandarins, sous de vains prétextes, avaient lancé des soldats et des satellites contre nos chrétiens, et ceux-ci avaient pris la fuite... Eh bien ! au bout de quelques mois, grâce à notre Consul, et au Père Gauthier que j’avais chargé de cette difficile affaire, tout est rentré dans l’ordre. Les périls n’ont cependant pas manqué. Le Père Gauthier lui-même, en sortant d’une visite chez le mandarin, a été assailli par une bande de forcenés, qui lui auraient fait un mauvais parti sans le secours de la Providence. « Heureusement, m’écrivait ce « Missionnaire, dans l’endroit où j’ai été attaqué, il n’y avait pas de pierres ; sans cela je ne « serais plus en vie. Les mottes de terre du champ voisin frappaient ma chaise, drues comme « la grêle : cela a réveillé mon énergie, et bien que malade je me suis mis à courir jusqu’à la « chapelle, renversant sur mon passage deux colosses qui m’attendaient au bord d’un étang, « pour m’envoyer à l’eau. En arrivant chez le Père Serdet, j’ai porté la main à la tête pour « m’assurer que je n’étais pas mort... »
« Quelque temps après, nos néophytes purent rentrer dans leur village, et outre 210 baptêmes d’adultes pour cette année, le Père Serdet m’annonce une moisson bien plus abondante pour l’avenir : Voilà de quoi nous faire oublier les tristesses du passé, et nous empêcher de trop craindre celles de l’avenir !
« A trois lieues de là, dans le district de Kit-Yung, le Père Gauthier, dont je viens de parler, a obtenu un succès encore plus considérable : 241 adultes y ont été régénérés dans les eaux du baptême ! Dans le courant de l’année, ce digne Missionnaire a reçu l’Extrême-Onction. Malgré mes fréquentes sollicitations, sachant bien que les soins humains ne peuvent guère soulager le mal dont il est atteint, il a refusé d’aller prendre du repos au sanatorium de Hong-Kong, il préfère rester et mourir, si Dieu le veut, au milieu de son troupeau. Je viens de lui donner un aide dans la personne du Père Chambodut. Son district et très étendu, et renferme près de 2,000 néophytes. Mon Dieu, que nous aurions besoin d’être aidés ! Impossible sans cela de suffire à la besogne. Là la moisson est prête ; il n’y a qu’à la cueillir et la mettre au grenier ; mais les ouvriers manquent. De son côté, le Père Serdet a 1,100 chrétiens baptisés et 2,000 catéchumènes ! Que peut-il faire tout seul !…. Ces gens n’étant pas instruits, se refroidissent peu à peu ; les tracasseries des mandarins les dégoûtent, ils finissent par nous quitter, sans avoir pu en deux ou trois ans obtenir le baptême ; car, il faut vous le dire, nous n’admettons au baptême qu’après une longue épreuve, et nous exigeons une doctrine suffisante ; plusieurs même attendent des années avant de recevoir l’eau de la régénération, parce qu’ils ne sont pas assez instruits. Que faire ! Ce n’est pas leur faute ni celle du Missionnaire ; cela tient au manque d’ouvriers : Quomodo audient sine prœdicante...
« Au nord de la province, le Père Brugnon a bien essuyé une rude tempête, souffert des outrages inouïs... Mais ce soulèvement a été promptement réprimé, et le Missionnaire a repris son œuvre. En ce moment, sa chapelle incendiée est à peu près reconstruite.
« Près du Fô-kien, notre doyen, le vénéré P. Bernon cultive toujours avec zèle et un art qui lui est propre, le district de Tsin-Pin. Il y a vingt-cinq ans, de rares épis se cachaient au fond de quelques villages, craignant sans doute d’affronter le grand soleil ; aujourd’hui son district est partagé, et deux Missionnaires ne peuvent suffire à la tâche. Il est parvenu à réaliser un rêve de son cœur : la fondation d’uh village modèle. Autour d’une vaste chapelle, il a réuni 6 à 700 chrétiens dont la piété le dédommage amplement des soucis que cette œuvre lui a donnés. De là, il rayonne encore fort loin, et chaque année il nous apporte de bons épis pour former la gerbe commune.
« En ce moment, son voisin le P. Hervel est fort ennuyé d’une affaire que vient de lui susciter son mandarin : une chapelle a moitié bâtie a été envahie par une bande de vauriens. Malgré les ordres du vice-roi , le préfet ne veut absolument pas rendre justice au Missionnaire : bien plus, il ameute les lettrés contre les chrétiens. Dernièrement, une centaine de bacheliers se sont réunis, et dans un grand repas ils ont promis de s’opposer de toutes leurs forces à l’extension de la Religion, et de démolir même les chapelles de la contrée. Espérons que cela n’aura pas lieu, et que le bon Dieu viendra à notre secours !
« Le district de Tchong-loè a été également fondé par le P. Bernon. Maintenant le P. Vacquerel l’administre, et cette année il nous a donné plus de 100 baptêmes d’adultes. C’était là que les protestants de Bâle avaient leur poste le plus florissant : une école de plus de cent élèves, entretenue à leur frais ; une magnifique maison européenne où trois ou quatre ministres, avec leurs femmes et leurs enfants, formaient une véritable oasis dans le Kouang-tong. Nous ignorions complètement l’existence de ce petit jardin protestant, quand un de leurs adeptes vint, je crois, trouver le P. Verchère. Le chemin était raide et long ; on envoya d’abord un catéchiste. A l’arrivée du P. Vacquerel, la moitié de leur camp se déclara pour le catholicisme, et les autres, en grand nombre, manifestaient aussi le désir de se joindre à eux : malheureusement, ils étaient liés par des chaînes matérielles, en les brisant, ils craignaient de ne plus avoir de moyens d’existence.
« Dans les environs de Canton, les districts de Poc-lo et de Tong-koun, ont donné de magnifiques résultats. Le P. Barois, au milieu de grandes difficultés, a jeté la semence dans le premier poste et y a obtenu de beaux succès. Le mandarin de la localité ne lui a pas, cependant, épargné les avanies, mais ce brave Père les supporte avec patience, et le bon Dieu bénit ses efforts. Tout à côté, le P. Grimaud, au prix de luttes incessantes, a baptisé près de 80 adultes.
« Les districts qui n’ont pas de ces plantureuses récoltes donnent, cependant, du travail, et le succès n’y fait pas défaut. Le P. Mouroux a pour sa part un pays de 100 lieues à parcourir, et si les chrétiens n’y sont pas aussi nombreux qu’ailleurs, c’est que la disette d’apôtres nous oblige à les négliger. Le P. Guillaume a aussi franchement dépensé ses forces ; il a parcouru un district de 80 lieues et baptisé plus de 100 catéchumènes.
« Dans le cours de l’année, on a élevé plusieurs chapelles. A Pac-Hoi, port dernièrement ouvert au commerce européen, le P. Dejean a construit un sanctuaire en l’honneur de Notre-Dame de Lourdes, dont il a éprouvé la protection d’une manière spéciale. ― Voici à quelle occasion : Un incendie dévorait les maisons avoisinant sa vieille résidence ; au fort du danger, le Père était aux pieds de la Vierge, au lieu de déménager comme tout le monde. La dernière maison venait de s’effondrer, les flammes léchaient déjà la muraille de sa résidence, le P. Dejean priait toujours. Soudain, le vent change de direction, et le feu s’éteint de lui-même, laissant les murs noircis, en témoignage de ce fait remarquable. Tous les païens n’ont pu s’empêcher de reconnaître dans cet événement une protection particulière du ciel. Quelque temps après, le pieux P. Dejean bâtissait sa nouvelle chapelle.
« A vingt minutes de Canton, près du cimetière, le P. Gérardin a aussi construit un petit oratoire en l’honneur de Notre-Dame de Lourdes. Un commandant de la marine a donné la statue, qui est magnifique.
« C’est ainsi que chacun, fidèle à l’esprit de sa vocation, travaille selon ses forces à l’œuvre du Seigneur. Nonobstant les points noirs que nous voyons à l’horizon, nous allons toujours de l’avant, plaçant notre confiance en Celui qui a dit: « Je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles. »
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