| Année: |
1882 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Mandchourie |
| Rédacteur: | Mgr M. Émonet |
Mandchourie.
Les épreuves n’ont pas manqué cette année à nos Confrères de Mandchourie. Privés momentanément de leur Évêque qu’une douloureuse maladie a forcé de revenir en Europe et retient encore éloigné de sa chère Mission, ils ont vu leur œuvre entravée par l’hostilité des autorités locales, et l’un d’eux a même failli succomber aux mauvais traitements qui lui ont été infligés. Cette conduite des mandarins ne saurait étonner ceux qui connaissent par expérience leur caractère et leurs dispositions à l’égard des Européens en général et des Missionnaires en particulier. Du nord au sud, de l’ouest à l’est c’est toujours, à peu d’exceptions près, le même spectacle, et quand, tous les ans, nous avons à exposer la situation de nos diverses Missions de la Chine, et à retracer les événements qui se sont produits en chacune d’elles, c’est toujours le même tableau; les nuances, les accessoires seuls varient. Toutefois, il faut bien le dire, la situation présente s’aggrave des événements qui se passent en France et dont les Missions subissent nécessairement le contre-coup. Si le Missionnaire se contentait de soigner les anciens néophytes et renonçait à en faire de nouveaux, on le laisserait tranquille; mais partout où Dieu bénit son zèle et seconde ses efforts, la persécution éclate et fait des victimes .
C’est ce que pour la troisième fois un de nos Confrères vient d’expérimenter à Hou-lan, au nord de la Mandchourie. En cette partie reculée de la province, l’autorité des mandarins militaires est sans contrôle et presque sans bornes. La Mission y avait acquis un terrain, c’était son droit; mais le colonel qui commande à Hou-lan ne l’entendait pas ainsi, et les prétoriens sous ses ordres se chargèrent d’exécuter ses menaces, et d’arracher par la violence ce que leur chef n’avait pu obtenir par la ruse. Nous ne raconterons pas cette scène épouvantable qui a valu à notre cher Confrère, M. Conraux, l’honneur de souffrir pour Jésus-Christ; les Annales de la Propagation de la Foi en ont publié les horribles détails. Grâce à sa robuste constitution, le patient a pu survivre aux blessures et aux coups dont il a été accablé, aujourd’hui il est à peu près rétabli ; espérons que notre Représentant à Péking obtiendra justice, et que les droits des Missionnaires et des chrétiens seront, en Mandchourie comme ailleurs, à l’abri du mauvais vouloir des mandarins. Un effet désastreux de cette persécution a été d’empêcher la conversion de nombreux catéchumènes aujourd’hui retenus par la crainte.
« Avant ces tristes événements, écrit M. Émonet, les Missionnaires de l’extrême nord avaient eu le bonheur de régénérer dans les eaux du baptême plus de 100 adultes bien disposés et qui persévèrent dans la foi malgré la persécution. Lorsque la tourmente aura passé, espérons que le mouvement des conversions, un moment paralysé par la peur, reprendra son cours, et nécessitera la présence de plusieurs Missionnaires. »
A Pa-kia-tse, on ne signale rien d’important; les deux Confrères qui administrent cette vaste contrée ne peuvent suffire à leur tâche, la maladie les ayant privés momentanément d’un troisième et zélé collaborateur.
Dans le centre, à Moukden, M. Lalouyer compte un bon nombre de catéchumènes. « A Chaling et à An-sin-tai, écrit encore M. Émonet le démon a causé bien des tracas aux Missionnaires qui sont chargés de ce district. Le vénéré M. Venault m’écrivait, il y a quelque temps, qu’un nouveau catéchumène, au milieu d’un, village tout païen, avait été tué en haine de la Religion. Plusieurs villages païens s’étaient réunis pour aller commettre le crime, et piller la maison de cette famille qui avait embrassé notre sainte Religion. M. Lalouyer m’assure que, grâce à l’énergie et à la fermeté de M. Card, cette grave affaire s’est terminée à l’amiable entre les villages coupables et la famille nouvellement convertie. »
A Koou-kia-tsai, malheureusement, les choses ne se sont pas ainsi arrangées. Vainement nos Confrères ont réclamé justice en faveur des néophytes de ce village, indignement persécutés, parce qu’ils refusent de contribuer aux cérémonies superstitieuses et à la réparation de la pagode. On leur a interdit l’entrée du prétoire de Léao-Iang. Les belles promesses obtenues à Ing-tse sont demeurées sans effet . Il a fallu porter l’affaire à Péking; puisse-t-elle y avoir un meilleur sort !
« Les trois districts de l’ouest, continue le Missionnaire déjà cité, Notre-Dame des Pins, Notre-Dame de Lourdes et Lien-chan, sont à peu près les seuls où il n’y ait rien eu de bien extraordinaire cette année, que je sache du moins . Les deux orphelinats ont continué d’y être prospères. On y a obtenu un nombre assez consolant de baptêmes d’enfants de païens et quelques baptêmes d’adultes à Siao-hei-han. Sous le rapport matériel, une amélioration très importante et indispensable a été réalisée à la résidence de Lien-chan . Dans le district de Notre-Dame de Lourdes on a réparé deux oratoires ; celui de Kou-kia-tou qui menaçait ruine a été démoli et reconstruit sur un terrain plus ferme . En outre, l’emplacement sur lequel doit s’élever la chapelle de Notre-Dame de Lourdes appartient à la Mission, et on se mettra à l’œuvre dès que les ressources seront suffisantes.
A New-tchouan, bon nombre d’enfants et quelques adultes ont reçu le saint baptême. A Ing-tse, grandes ont été les épreuves : trois religieuses européennes et la vierge chinoise, fondatrice de l’orphelinat du port, ont succombé au typhus qui, depuis quelques années, cause une mortalité effrayante dans ce pays ; leur mort prématurée a fait un grand vide dont les œuvres se ressentent douloureusement. Dieu a dédommagé le Missionnaire de ce district, en accordant à son zèle une moisson relativement abondante. La chapelle si gracieuse, bâtie par le regretté M. Simon, est devenue insuffisante, il a fallu lui donner une annexe; un oratoire de construction toute chinoise, mais vaste et solide, pourra désormais donner asile à la famille chrétienne devenue heureusement plus nombreuse. A cinq lieues de Ing-tse, on a dû élever également un modeste oratoire au milieu d’un nouveau centre chrétien.
Dans le sud, les difficultés n’ont pas manqué non plus, M. Guillon les a heureusement terminées à la satisfaction de tout le monde. Le district de ce Confrère paraissait stérile il y a quelques années ; aujourd’hui les choses ont bien changé, les baptêmes d’enfants y sont nombreux, et tous les ans plusieurs adultes embrassent notre sainte Religion. C’est surtout dans les environs de la ville de Siuong-Iao dont M. Guillon a restauré l’oratoire, que le mouvement est plus accentué.
Au séminaire le bon esprit, la piété et le travail des élèves font la joie des Missionnaires chargés de les former à la science et aux vertus sacerdotales. Malheureusement les constructions demeurent inachevées, faute de ressources, et la maison encore sans mur d’enceinte est ouverte à tout venant. Outre que cet état de choses est très regrettable à plusieurs points de vue pour les élèves, une bande de brigands a failli l’été dernier leur faire un mauvais parti ainsi qu’à leurs professeurs.
« Au milieu de nos épreuves communes, écrit en terminant M. Émonet, nous avons de grandes actions de grâces à rendre à Dieu pour le bien opéré dans la Mission et les âmes sauvées par notre ministère. 3,567 baptêmes d’enfants de païens est un chiffre, si ma mémoire est fidèle, qu’on n’avait pas encore atteint en Mandchourie. Le nombre des baptêmes d’adultes n’est que de 287 ; mais n’en soyons pas surpris après la guerre acharnée que Satan nous a livrée dans plusieurs districts, ceux-là précisément qui donnaient les plus belles espérances. D’ailleurs, les nouveaux catéchumènes sont nombreux et beaucoup de Confrères ont constaté plus de ferveur parmi nos chrétiens. Aussi les communions de dévotion se sont multipliées dans des proportions très consolantes. Le bon Dieu et notre bonne Mère du ciel, la Vierge Immaculée, ne peuvent oublier notre chère Mission de Mandchourie. Espérons que la moisson y deviendra désormais plus abondante, et que cette année qui a été marquée par de si graves événements, commencera dans notre Mission une ère toute nouvelle, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes ! »
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