| Année: |
1905 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen méridional |
| Rédacteur: | Mgr Chatagnon |
III. — Su-tchuen méridional
Population catholique 23.885
Baptêmes d’adultes 2.640
Conversions d’hérétiques 45
Baptêmes d’enfants de païens 22.000
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D’après le dernier recensement, le chiffre de la population catholique du Su-tchuen méridional est de 23.885.
Le tableau de l’administration pour l’exercice 1904-1905 accuse 2.640 baptêmes d’adultes, 22.000 d’enfants de païens, 60.000 confessions, 52.000 communions, 3.600 enfants de chrétiens dans les écoles et plusieurs milliers de catéchumènes.
« Gloire à Dieu, dit humblement Mgr Chatagnon,et, à nous, serviteurs inutiles, la honte « de n’avoir pas fait davantage. »
Le vicariat de Mgr de Chersonèse se divise géographiquement et politiquement, en deux parties : le haut et le bas Su-tchuen méridional. Chacune de ces deux parties est placée sous l’autorité d’un « tao-tai », que les Européens désignent sous le titre « d’intendant de cercle ou d’arrondissement ». Le mouvement des conversions est beaucoup plus sensible dans la partie basse ou orientale, que dans la partie haute ou occidentale.
Parcourons d’abord, à la suite de Mgr Chatagnon, l’est du vicariat.
La première ville que l’on rencontre, en remontant le fleuve Bleu, est la sous-préfecture de Ho-kiang. M. Gourdin, doyen d’âge de la mission, vient de s’y établir, après avoir baptisé 40 adultes à Lou-tcheou. Il abandonne cette dernière ville, où réside le « tao-tai » et où il avait des œuvres très prospères : orphelinat, écoles, hospice de vieillards, et une fort belle église ; et il s’installe à Ho-kiang, où tout est à créer. Notre zélé confrère travaille sur le vieux comme sur le neuf ; il dirige également bien les anciens et les nouveaux chrétiens. Les livres qu’il a composés en chinois servent à l’instruction des néophytes ; surtout son Explication du catéchisme, si simple et si claire. Il écrit, il prêche, sans jamais se lasser. Et cependant il compte déjà quarante-deux ans de mission. Puisse-t-il travailler longtemps encore à Ho-kiang et y faire beaucoup de bien !
Deux autres sous-préfectures dépendent de Lou-tcheou : La-ky et Kiang-gan. A La-ky, M. Chareyre s’efforce de ranimer la ferveur de ses anciens chrétiens. Il a pu baptiser 26 adultes, cette année. M.Breuil en a baptisé 75 à Kiang-gan.
Sui-fou est la plus importante préfecture de la partie ouest du vicariat, voire même de toute la mission. C’est là, à l’intérieur de la ville ou dans les environs, que se trouvent réunis tous les grands établissements du Su-tchuen méridional : évêché, procure, hôpital, orphelinat et séminaires. On y compte plus de 2.000 catholiques répartis en trois paroisses, qu’administrent MM. Moutot, Béraud et Renault. M. Moutot, en vingt ans, a vu le nombre de ses paroissiens décuplé. Le cher provicaire arrive bon premier, cette année encore, avec 247 baptêmes d’adultes. Outre le faubourg occidental de la ville, il était chargé, jusqu’ici, des deux sous-préfectures de Pin-chan et Louy-po, à plus de 50 lieues au-dessus de Sui-fou, sur le fleuve Bleu. Il y a créé de nouvelles chrétientés qu’il visitait deux fois l’an, toujours à pied. Bien qu’il ne se plaignit jamais de l’excès de travail qui lui incombait, le Vicaire apostolique a cru devoir le décharger de ces deux sous-préfectures, qui ont été confiées à un jeune prêtre indigène.
M. Renault, tout en administrant sa paroisse, est chargé de la direction de l’école des Frères, où il fait un cours de sciences.
M. Béraud, de son côté, cherche par tous les moyens à augmenter le nombre de ses ouailles dans la paroisse du faubourg septentrional de Sui-fou, où sont établies ses principales œuvres : église, écoles, hospice pour les vieillards et les pauvres. Il a, de plus, dans la campagne, cinq ou six nouvelles chrétientés, toutes de sa fondation. Il les visite assidûment pour confirmer ses néophytes dans la foi et préparer les catéchumènes au baptême. Cette année, il a régénéré 159 adultes.
A 10 ou 12 lieues de Sui-fou, M. de Guébriant, second provicaire, déploie un zèle encore plus hardi, en s’avançant dans des pays tout à fait neufs. Il a introduit l’an dernier 190 païens dans le bercail de la sainte Église ; et là, où auparavant il n’y avait pas un chrétien, il s’est formé un troupeau de 300 à 400 fidèles. Sa résidence est établie à Ouang-ta-tsouy, et son district a cela de particulier qu’il dépend de quatre sous-préfectures à la fois. La police y est très mal faite ; ou, pour mieux dire, il n’y a pas de police. Les brigands y abondent, et c’est là que tous les repris de justice cherchent un refuge. Dès qu’ils se sentent menacés par les satellites d’une sous-préfecture, ils passent sur le territoire d’une autre sous-préfecture, ce qui les met à l’abri des poursuites ; car un mandarin n’a pas le droit d’arrêter quelqu’un en dehors des limites de sa juridiction.
A la fin de l’hiver dernier, M. de Guébriant faillit tomber entre les mains des brigands. Il visitait ses néophytes, dans un village peu éloigné de Uin-hien, lorsqu’il apprit qu’une bande de pillards était signalée à deux ou trois lieues de là. Il se décide alors à gagner la ville le lendemain, et commence sa messe dès après minuit, pour être prêt à partir au point du jour. Entre la préface et la consécration, un cri retentit : « Voilà les boxers ! » Les chrétiens, effrayés du danger que court le missionnaire, le saisissent à l’autel et l’entraînent de force hors du village. C’est là seulement qu’ils lui permettent de dépouiller les ornements sacrés. Après un moment de répit, M. de Guébriant se dirige vers Uin-hien, où il arrive sans être rejoint par les bandits.
Les six sous-préfectures du sud de la mission (Lan-lou-hien) sont évangélisées par M. Chinchole, M. Pierrel et un prêtre chinois. Cette contrée, couverte de montagnes volcaniques, est généralement très pauvre. M. Chinchole, souvent occupé à batailler contre les protestants, n’a baptisé que 18 adultes. M. Pierrel, qui a moins de tracas, en a baptisé 35 ; ce qui est un beau début pour un jeune missionnaire. De son côté, le prêtre chinois a obtenu 30 baptêmes.
MM. Moreau, Boucheré, Veyrac, Piard et Sapin sont échelonnés dans le nord de la mission, pays riche et très peuplé.
M. Moreau, arrivé en Chine avec M. Moutot en 1870, partage avec son compagnon de route le privilège de ne pas vieillir. L’âge, au lieu de refroidir son zèle, semble le réchauffer. Cette année encore, il a eu la joie de régénérer 151 adultes, dans les sous-préfectures de Fou-chouen et de Long-tchang.
M. Boucheré, voisin de M. Moreau, travaille avec ardeur et succès à étendre le royaume de Dieu dans son vaste district, qui comprend les sous-préfectures de Ouy-uen, Uin-hien, Tsin-yen et une partie de celle de Fou-chouen. Il a baptisé lui-même 144 adultes, et ses catéchistes en ont ondoyé un grand nombre à l’article de la mort, dans son hôpital. De tous les missionnaires du vicariat, M. Boucheré est le mieux placé pour sauver une foule de ces pauvres ouvriers de la onzième heure, que l’infinie miséricorde de Dieu veut bien accueillir à la fin de la journée.
MM. Veyrac et Piard cultivent cette partie de la mission qui fut rétrocédée, il y a quelques années, par le Su-tchuen occidental, et qui comprend la préfecture de Tse-cheou avec les sous-préfectures de Louy-kiang et Yang-hien.
M. Veyrac a travaillé, cette année, à rebâtir sa résidence de Tse-tcheou, emportée par une inondation.
M. Piard, tout en achevant de s’installer à Yang-hien, où nous n’avions pas de résidence, a baptisé une vingtaine d’adultes.
M. Sapin, établi à Jen-cheou, sous-préfecture qui dépend aussi de Tse-cheou, a fait une très belle récolte : il annonce, cette année encore, une centaine de baptêmes d’adultes.
Après avoir parcouru l’est ou la partie basse du vicariat, nous passons à l’ouest, qui en est la partie haute. Mgr Chatagnon distingue la partie haute moyenne et la partie haute supérieure. La première, beaucoup moins étendue que la seconde, est composée de plaines riches et bien cultivées. La seconde, qui avoisine le Thibet, est très vaste mais sillonnée de hautes montagnes incultes. Elle est peuplée de Lolos, restes de la population primitive, et de pauvres Chinois qu’y attirent le commerce ou la culture de terrains à bon marché.
La partie riche fournit moins de conversions que l’autre, « tant il est vrai, dit Mgr de Chersonèse, que les pauvres sont les premiers appelés au royaume des cieux. » Cependant M. Barry a recueilli une gerbe de 25 adultes baptisés à O-me, là où jamais on n’avait glané que de rares épis.
M. Delolme, de son côté, annonce un mouvement de conversion, qui promet des baptêmes pour l’an prochain.
Dans la partie haute supérieure, nous rencontrons encore quelques chrétientés, qui augmentent rapidement par l’adjonction de nombreux néophytes.
Le « tao-tai », qui est pour ainsi dire le gouverneur de toute la partie haute, réunissant dans sa main l’autorité civile et militaire, réside à Ya-tcheou. Nous avons là une petite chrétienté qui se développe sous l’administration de M. Gire, qui en est chargé, ainsi que de toutes les stations des sous-préfectures de Uin-kin et de Lou-chan. Ces deux villes, comme agglomé-ration, ne sont pas très considérables, mais le territoire soumis à leur juridiction est immense et d’un parcours difficile. M. Gire a baptisé 36 adultes, et le prêtre chinois son voisin, 53.
A quatre journées de Ya-tcheou, dans la ville de Tsin-ky-hien, habite M. Gallay, qui nous présente le beau chiffre de 119 baptêmes d’adultes et a pour vicaire M. Combourieu.
En traversant le pays des Lolos, où nous saluons M. Martin, apôtre de ces « barbares », nous arrivons au Kien-tchang, et faisons halte à Yue-sy, où il y a une petite chrétienté. La région du Kien-tchang est presque toujours troublée par les querelles qui s’élèvent entre les colons chinois de la plaine et les « barbares » de la montagne. Jusqu’ici, le manque de sécurité a empêché les missionnaires d’y faire beaucoup de fruit ; néanmoins M. Sirgue, qui évangélise le sud, vient de baptiser 100 adultes, et M. Castanet, 50, dans le nord.
La mission du Su-tchuen méridional compte 88 élèves dans ses deux séminaires, dirigés par MM. Scherrier et Galibert. Tout fait espérer qu’à l’avenir, le clergé indigène va s’accroître d’une manière soutenue.
L’hôpital européen de Sui-fou aurait besoin d’un bon médecin et de ressources plus considérables pour produire tout le bien désirable. Les Sœurs Franciscaines qui le desservent, sont aussi trop peu nombreuses. C’est pourquoi l’établissement ne reçoit que la moitié des malades qui pourraient y trouver place.
Les hospices chinois destinés aux pauvres, aux infirmes et aux vieillards, prospèrent de plus en plus et sont toujours pleins.
L’école des Frères se maintient sur un bon pied, son avenir dépend beaucoup de l’orientation de la politique. « Il est à craindre, dit Mgr Chatagnon, que les Japonais, qui « viennent de battre les Russes, ne soient choisis par les Chinois pour apprendre à leurs « enfants l’art de vaincre les Européens. Mais Dieu, maître des événements, peut en changer « le cours à son gré. Nous aurons toujours plus de confiance en la Providence qu’en la « politique. C’est pourquoi nous poursuivons notre œuvre sans trop nous inquiéter du « lendemain. »
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