| Année: |
1906 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Su-tchuen oriental |
| Rédacteur: | Mgr Chouvellon |
II. — Su-tchuen oriental
Population catholique 51.861
Baptêmes d’adultes 2.069
Baptêmes d’enfants de païens 11.173
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« L’exercice 1905-1906, écrit Mgr Chouvellon, a donné les résultats généraux suivants : confessions, 77.693 ; communions, 75.457 ; baptêmes, 14.810 dont 1.568 d’enfants de chrétiens, 11.173 d’enfants de païens et 2.069 d’adultes. Nos 273 écoles paroissiales ont été fréquentées régulièrement par 4.290 garçons et filles. Nous avons, en outre, envoyé des catéchistes dans les familles pour instruire et préparer les catéchumènes au baptême.
« La visite des chrétiens a pu se faire partout d’une façon normale et, grâce à Dieu, rien n’est venu paralyser le zèle des missionnaires. Nous avons profité de la paix dont nous jouissions pour développer, suivant l’ordre de notre Saint-Père le pape Pie X. l’œuvre des catéchismes et de l’instruction chrétienne. Désormais, tout missionnaire devra, le dimanche, expliquer la doctrine ou le catéchisme pendant une heure. Là où c’est possible, il fera le catéchisme, de préférence le soir, et la leçon sera suivie d’un exercice de piété tel que la récitation du chapelet, le chemin de la croix ou la bénédiction du saint-sacrement. Je tiens beaucoup à ces instructions du dimanche, car outre qu’elles serviront à éclairer l’esprit de nos néophytes, elles les habitueront à une observation plus fidèle du repos dominical.
« La tournée pastorale, que j’ai faite cette année dans la partie nord de la mission, m’a laissé les meilleurs souvenirs. J’ai été reçu avec enthousiasme par les chrétiens et les catéchumènes, avec bienveillance par la population païenne, et avec courtoisie par les autorités civiles et militaires. Je dois dire toutefois que plusieurs missionnaires se plaignent, depuis quelque temps déjà, de trouver moins de bienveillance, et même de simple équité chez les mandarins. Il n’est pas rare que les néophytes soient lésés, sans pouvoir obtenir justice devant les tribunaux. Tout cela, hélas ! ne se comprend que trop, étant donné ce qui se passe en France. Les magistrats n’ignorent point la manière dont le gouvernement français traite la religion, et quand même ils voudraient l’ignorer, les journaux chinois et anglais, païens et protestants sont là pour la leur rappeler. Ces feuilles hostiles colportent, en l’exagérant ou en le dénaturant, tout ce qui tend à déprécier la religion catholique aux yeux du public chinois. Aussi les représentants officiels de la France, malgré leur bonne volonté et l’assurance qu’ils nous donnent de ne laisser porter atteinte à aucun des droits du protectorat religieux, sentent-ils leur influence paralysée. Comment pourraient-ils protéger d’une manière efficace des hommes que leur gouvernement proscrit ? La persécution qui sévit en France aura un terrible contre-coup en mission. Que Dieu rende bientôt à notre patrie sa foi, sa loyauté et sa bravoure!
Œuvres. — « Nos séminaires continuent de nous donner bon espoir pour l’avenir. Deux ordinations nous ont fourni 2 prêtres, 4 diacres, 3 sous-diacres, 10 minorés et 2 tonsurés.
« Depuis la persécution de 1898, deux confrères sont occupés à relever les ruines de nos oratoires, écoles et résidences. MM. Giraux et Faucon se dévouent avec intelligence à cette œuvre de restauration. J’ai pu bénir, dans l’année, les oratoires de Yun-tchouan et de Hin-long-tchang. La retraite des prêtres chinois s’est terminée par la bénédiction des nouveaux bâtiments de l’imprimerie, et le transfert des reliques du bienheureux Thaddée Liéou sous le maître autel de l’hôpital catholique.
« Notre hôpital n’a pas encore pris tout son développement ; il nous manque un médecin dévoué à l’œuvre. Le dispensaire attaché à l’hôpital est, grâce au dévouement des Sœurs, de plus en plus estimé et fréquenté. La distribution des remèdes est gratuite.
« Notre école française, tenue par les petits Frères de Marie, cherche toujours son orientation. Pour donner des résultats sérieux et pratiques, elle devra se faire reconnaître par le gouvernement, et suivre les programmes officiels qui mènent aux examens et aux charges : mais, jusqu’à présent, la Chine est encore dans la période des essais et des tâtonnements. Beaucoup de programmes ont été lancés : puis on les a rejetés ou modifiés. Nos frères ont besoin aussi d’étudier la langue et la littérature chinoise ; sans quoi, leur enseignement ne sera jamais complet.
« Notre imprimerie, notablement améliorée, continue de fournir les livres de doctrine et de controverse à la mission et aux missions voisines. Les étrangers et les commerçants ont souvent recours à elle pour leurs imprimés. Notre journal la Vérité s’efforce d’être utile et agréable à ses abonnés, dont le nombre augmente de jour en jour. M. Gourdon, ne pouvant suffire à la tâche, me demandait, depuis longtemps, un aide ou un successeur : je viens de lui adjoindre M. Lamonnerie.
Districts. ― « Pour avoir une connaissance complète de l’état de la mission, jetons un coup d’œil sur les travaux de chacun de nos confrères dans les divers districts.
M. Magnac se plaint de plusieurs infirmités, contractées depuis son arrivée au Su-tchuen en 1866, mais il ajoute : « Je suis à Dieu à la vie comme à la mort. » Grâce à sa charité bien connue des chrétiens et des païens, il a pu, par ses pieuses industries, faire ondoyer 26 adultes in articulo mortis. Il se prépare ainsi des connaissances pour le ciel. Que Dieu nous garde, longtemps encore, notre cher doyen !
« Grandes villes, grandes misères, dit M. Pons, curé de la cathédrale. Cependant la foi « n’est pas éteinte chez nos chrétiens, et il m’a été souvent donné de voir des retours très « édifiants de pauvres âmes qui avaient négligé, bien longtemps, toute pratique religieuse ; ce « qui prouve la nécessité et l’utilité d’une bonne éducation chrétienne. » Ses écoles fonctionnent à merveille ; ses deux hospices, où les malades sont reçus et soignés gratuitement, lui ont permis d’administrer le baptême à plus de 300 moribonds.
« M. Décomps, titulaire de Su-tin-fou, seconde préfecture du Su-tchuen oriental, s’étant à peu près déchargé du soin des postes de la campagne sur son dévoué vicaire, a pu s’occuper d’une manière toute spéciale de sa belle chrétienté de la ville. Il y a établi l’Apostolat de la prière et, chaque jour de l’année, plusieurs personnes s’approchent de la sainte table. Notre pieux confrère a la joie d’offrir au Sacré-cœur, en esprit de réparation et d’expiation, 5.622 communions de dévotion. Pour n’être pas en retard sur les protestants, qui ont fait de Sui-tin un centre de leur prosélytisme, M. Décomps a ouvert une école de français, où 16 jeunes chrétiens et païens apprennent les éléments de notre langue.
« M. Ménier, à Kouy-fou, est en rapport avec tous les étrangers qui remontent ou descendent le fleuve Bleu. Kouy-fou est une halte commandée, tant à cause de ses bureaux de douane, que de l’entrée des gorges de Ou-chan. Le petit troupeau de notre confrère s’est accru, cette année, de dix unités. Le résultat paraît plutôt mince, de prime abord, mais il faut considérer que la propagande protestante jette le désarroi dans les esprits. Les hommes de bonne volonté, eux-mêmes, ont de la peine à discerner la vérité de l’erreur.
« M. Leroy se dévouait, depuis cinq ans, à cultiver le sol ingrat de Yeou-yang-tcheou, et il s’apprêtait à recueillir le fruit de ses labeurs, lorsque la méchanceté d’un mandarin, hostile aux étrangers et à la religion, a semé l’épouvante parmi les catéchumènes. Les brebis se sont dispersées à la vue du loup. Heureusement pour M. Leroy, Dieu regarde le travail accompli et non le succès. Il promet la couronne d’immortalité à tout serviteur qui lui reste fidèle dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. D’ailleurs, les sueurs de notre confrère n’auront pas été tout à fait inutiles, car quelques-unes de ses brebis sont déjà revenues au bercail.
« M. Thibault, dont la santé laisse toujours à désirer, se contente de m’exposer le bien qu’il y aurait à faire à Yun-tchang, mais qu’il n’a pas pu faire : il m’offre modestement 21 baptêmes d’adultes, dont 15 in articulo mortis. M. Gibergues, jeune et vigoureux, va prendre la direction de ce grand district.
« M. Chaudier, retiré depuis quatre ans sur la montagne de Tou-eul-pin, où, au dire des médecins, il devait, sinon retrouver la santé, au moins prolonger sa vie de souffrances et d’infirmités, m’écrit qu’il va mieux depuis deux mois. Il compte même bientôt entreprendre le voyage de Tchong-kin, afin de surveiller l’impression d’un manuel adapté au caractère et aux sentiments de nos séminaristes chinois. L’ancien supérieur de notre grand séminaire a su profiter des moments de répit que lui laisse la maladie, pour travailler encore à la formation du clergé indigène. Puisse Dieu lui rendre assez de santé pour reprendre, un jour, la direction de l’établissement.
« M. Buffet me dit que ses vieux chrétiens de Tchang-cheou, un peu brouillés avec le catéchisme, n’ont pas montré tout d’abord beaucoup d’empressement à suivre les conférences du dimanche. Ils ont fini néanmoins par comprendre qu’il y allait de l’intérêt de leurs âmes.
« M. Derouin lui, est toujours sur la brèche , luttant comme un preux chevalier contre tous les mécréants qui s’attaquent à son troupeau. Il m’écrit à la date du 29 août « Votre Grandeur « sait les ennuis que me causaient les protestants, depuis plus de deux ans. Au mois de mars « dernier, l’affaire s’est enfin terminée à la confusion de ces fauteurs de désordre. Mais avec « de telles gens, il faut toujours se tenir sur ses gardes, car au moment où tout semble arrangé, « il surgit quelque nouvelle histoire. C’est ce qui vient d’arriver. Après avoir accompagné « Votre Grandeur à Ta-lin, je n’étais pas encore de retour à Ou-chan, que quelques adeptes « des ministres envahissaient l’école de Tong-kou-pao, insultaient l’institutrice et « l’obligeaient à partir avec ses élèves... Dieu merci, j’ai eu la chance de rencontrer un « prédicant, M. Jennings, avec lequel il y a moyen de s’entendre. Après plusieurs entrevues, « nous sommes convenus d’envoyer, chacun de notre côté, nos gens à Kien-tche, et d’écrire « une lettre commune pour prier le mandarin de juger l’affaire sans partialité. Ainsi fut fait. « Deux des accusés protestants reçurent plusieurs centaines de coups de bâton ; les deux « principaux meneurs furent emprisonnés jusqu’à ce qu’il nous plût de demander leur « élargissement. Après une dizaine de jours, ils ont été délivrés et ont dû reconduire « solennellement la maîtresse d’école dans le marché de Tong-kou-pao. » Malgré tous ses tracas, M. Derouin a baptisé 86 adultes et enregistré 3.000 communions de dévotion.
« La chrétienté de M. Perrier, à Ly-tou-pa, a failli tomber dernièrement entre les mains des boxeurs. Tout péril semble écarté maintenant. Dieu soit loué ! Notre confrère accuse 28 baptêmes d’adultes.
« M. Fleury m’écrit de Ho-tcheou :
« Le typhus a ravagé mon district, mais surtout la ville de Ho-tcheou : il meurt 100 « personnes par jour. Chrétiens et païens tombent comme des mouches ; je suis fourbu à force « de courir aux malades. » Ce surcroît de travail, joint à la visite ordinaire d’un vaste district, a empêché M. Fleury de m’adresser un long rapport sur l’état de son troupeau, mais ne l’a pas empêché de baptiser 93 adultes, dont 9 à l’article de la mort. M. Meillier en a baptisé 10 à Tchong-tcheou.
« M. Roulland signale l’accord qui règne entre païens et chrétiens de Ta-tsiou. « S’il y a « quelques difficultés, dit notre confrère, les chefs de l’endroit se font un plaisir de tout « arranger à l’amiable. Mon école normale, pour une première année, va assez bien. Elle « compte déjà 15 élèves, et j’espère qu’elle me fournira bientôt quelques maîtres d’école. — « Je vois un danger réel, pour le bien de mon district, dans le nombre exagéré des jeunes filles « que leurs parents refusent de fiancer, et dans celui d’une quantité de jeunes filles, dûment « fiancées, qui refusent de se marier. » Soixante-six baptêmes d’adultes, dont 30 in articulo mortis témoignent du zèle de notre confrère et de son jeune vicaire chinois.
« M. Lombard a été fatigué une partie de l’année, et s’excuse de n’avoir pu visiter son district comme il l’aurait voulu. Ses écoles sont bien installées et son orphelinat, qui compte 32 fillettes, est admirablement tenu.
« M. Théodore Cacauld nous présente, pour cet exercice, 70 baptêmes d’adultes. « Malgré « les nombreux baptêmes d’adultes de ces dernières années, écrit ce zélé confrère, le nombre « des confessions annuelles n’a pas beaucoup augmenté. A cela il y a deux raisons « principales : d’abord, la mortalité qui, depuis deux ans, a été très forte, et ensuite « l’émigration. Un assez grand nombre de chrétiens, ne trouvant plus de quoi vivre ici, sont « allés chercher fortune ailleurs. » Plus de 200 élèves fréquentent les écoles du district, ce qui est d’un bon augure pour l’avenir.
« Tong-hiang se présente avec 1.518 communions de dévotion, 120 nouveaux adorateurs et 48 baptêmes d’adultes. C’est un résultat magnifique pour un district de fondation assez récente. M. Palafre, curé de Tong-hiang, après avoir solidement établi l’Apostolat de la prière parmi ses fidèles, a choisi quelques chrétiens et quelques chrétiennes, et les a chargés d’enseigner la doctrine dans les familles des catéchumènes. « Ce mode d’instruction à « domicile a donné, dit-il, d’heureux résultats et, à peu de frais, des familles entières ont été « préparées au baptême. Le dimanche, les instructions du catéchisme sont bien suivies, et je « n’ai qu’à féliciter mes chrétiens de la bonne volonté qu’ils montrent à écouter la parole de « Dieu. »
« M. Tournier annonce plus de 1.000 communions de dévotion et 38 baptêmes d’adultes. « L’affluence des adorateurs ne diminue pas, écrit-il. Le respect humain en retient plusieurs, « ils viennent chez nous en cachette et n’aiment pas à être vus de leurs voisins, mais ils sont « avides de livres chrétiens et trouvent nos prières très belles. »
« M. Bétin se dépense sans compter dans les montagnes de Pen-choui. Là aussi, Dieu s’est choisi des âmes de bonne volonté, les adorateurs y sont nombreux, quoique peu arrivent au baptême. Notre cher confrère n’a enregistré que 14 baptêmes d’adultes, mais les anges ont enregistré fidèlement toutes les courses, les fatigues et les peines qu’il s’impose pour le bien de son troupeau.
« M. Monnier, qui réside à peine depuis un an à Ouan-hien, a baptisé 61 adultes déjà préparés par son prédécesseur. Le chiffre des adorateurs dépasse 2.000.
« M. Bourgeois regrette de n’avoir sous la main, dans le district de Lo-kia-pao, aucun homme capable d’instruire les néophytes. « Mais, ajoute notre confrère, il vaut mieux « labourer ses terres avec des ânes que de les laisser en friche. Je ne me plaindrai jamais de la « peine que je me donne ou de la fatigue que j’éprouve ; je me plaindrai toujours de ne pas « faire tout le bien que je voudrais. » Notre jeune confrère annonce 28 baptêmes d’adultes.
« M. Déléon parle avec enthousiasme de ses néophytes de Che-kiao-ho ; tous apprennent avec ardeur prières et catéchisme. La foi de ces nouveaux chrétiens est vraiment admirable : ils ont obtenu plusieurs guérisons par l’emploi de l’eau bénite. La plupart sont de pauvres paysans ; cependant un homme influent, qui exerce une charge auprès du mandarin, a embrassé la religion avec toute sa famille. Il jouit d’une grande réputation de droiture et de justice.
« M. Pitiot fait ses premières armes à Choui-ia-tang. Il compte, avec raison, sur la communion réparatrice pour augmenter la ferveur de ses chrétiens et préparer la conversion des païens.
« M. Gibergues, qui avait travaillé pendant un an sous la direction de M. Poitout, vient d’être nommé titulaire de Yun-tchang.
« Les prêtres chinois qui méritent une mention spéciale sont : le P. Jean-Baptiste Tchang, curé de Kay-hien, qui tient le record de cet exercice avec 132 baptêmes d’adultes, dont 17 seulement in articulo mortis.
« Le P. Ignace Hia a baptisé 129 adultes à Kiang-tsin ; le P. Joseph Tong, 64 à Pien-gay ; le P. Paul Tou, 70 à Che-Tchou ; le P. Paul Ouang, 64 à Tong-leang et le P. Mathieu Leou, 54, à Yun-iang. »
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