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Rapport annuel des évêques

Année: 1910
Pays: Chine
Mission: Kouang-Si
Rédacteur:Mgr Renault

IV.─ Kouang-Si


Population catholique 4.590
Baptêmes d’adultes 302
Baptêmes d’enfants de païens 417
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La Mission du Kouang-Si a fait, cette année, une grande perte dans la personne de Mgr Lavest, son préfet apostolique. Le zélé Prélat, qui s’est éteint à Hong-Kong après une longue et cruelle maladie chrétiennement supportée, laissant à tous ceux qui l’ont connu l’exemple d’une mort édifiante et d’une vie consacrée sans mesure aux âmes et à Dieu, a creusé un large et profond sillon dans la partie du champ du Père de famille confiée à ses soins. En 1900, à la mort de Mgr Chouzy, le Kouang-Si ne comptait que 1.536 chrétiens ; il en compte aujourd’hui 4.590. Ce chiffre est encore bien faible, si on le compare aux dix millions de païens qui peuplent ces régions ingrates ; il est très consolant, si on tient compte des difficultés extraordinaires que rencontre l’évangélisation de cette province de la Chine. Le nom de Mgr Lavest sera inscrit parmi ceux des fondateurs de cette Mission.

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M. Renault, qui a dirigé la Préfecture apostolique pendant la maladie et après la mort de son regretté Supérieur, nous adresse le compte rendu suivant.
« L’administration, écrit-il, s’est faite assez régulièrement dans chaque district. Nous n’avons aucun incident bien grave à signaler.
« Les chiffres que nous enregistrons montrent que les Missionnaires ont surtout travaillé à fortifier la vie spirituelle de leurs chrétiens. La fréquentation des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie a été plus assidue ; elle a contribué à développer l’esprit surnaturel, sans lequel les néophytes sont incapables des sacrifices que la Religion leur demande.
« L’heure n’est plus, en effet, aux conversions en masse. C’était bon quand, après l’écrasement des Boxeurs, les Missionnaires jouissaient d’une influence relativement grande et pouvaient faire respecter leurs droits par les mandarins locaux. Les païens, désireux d’embrasser la Foi, n’étaient pas retenus par la crainte et venaient facilement à nous.
« Aujourd’hui, ils savent que beaucoup de mandarins sont mal disposés à notre égard, et que l’hostilité qui nous a été si souvent manifestée, dans le passé, est aussi vive que jamais. Catéchumènes et néophytes n’ont que trop raison de redouter des mesures injustes et des tracasseries de toute sorte. Il suffit qu’un Chinois soit reconnu chrétien pour qu’il rencontre, du côté du pouvoir civil, une opposition systématique à ses plus légitimes demandes et soit exposé aux plus criants dénis de justice. Heureux sera-t-il s’il n’est pas travesti en révolutionnaire dévoué aux « Diables d’étrangers » et vendu, corps et âme, aux Français possesseurs du Tonkin !
« L’antipathie non déguisée des notables pour tout ce qui appartient au christianisme intimide les faibles, les arrête sur le chemin de la conversion et détourne de nous le cœur des païens.
« Ne cherchons pas d’autres causes pour expliquer le ralentissement qui s’est produit dans le mouvement vers notre sainte Religion signalé les années précédentes.
« Que faire en pareilles circonstances ? Prendre patience, prier, jeter toujours la bonne semence et attendre l’heure de la divine Providence. Nous avons, du moins, la consolation de penser que nos néophytes, entrés dans le sein de l’Église malgré la prévision de vexations multiples, seront plus forts et plus fervents que certains chrétiens, qui faisaient autrefois une part, peut-être trop large, à l’amour des intérêts temporels. »
M. Renault nous expose ensuite l’audacieuse et indigne conduite d’un sous-préfet qui se flatte, paraît-il, d’être un homme de progrès. Elle mérite d’être signalée, car elle fait ressortir la nature des moyens employés par les mandarins hostiles pour humilier les Missionnaires et vexer les chrétiens.
« M. Barrière, procureur de la Mission, avait acheté, à quelque distance du Séminaire, en dehors de la ville de Nanning, une maison et un petit terrain. L’acte de vente avait été passé suivant les formes ordinaires. Dès que notre Confrère le présenta à l’enregistrement, le sous-préfet envoya deux satellites chercher le vendeur et se le fit amener comme un criminel. Il lui demanda compte de sa conduite et l’accabla de menaces et d’injures : « ─ Pourquoi, lui dit-il, « as-tu osé, sans me prévenir, vendre ton terrain à ces étrangers ? Ignores-tu à quelles peines « tu t’exposes en agissant de la sorte ? » ─ Deux jours durant, il le soumit aux pires traitements. Il invita ensuite, par écrit, M. Barrière à se rendre sur le terrain acheté, afin, disait-il, d’en déterminer les limites exactes ; en réalité, pour montrer à tous les cas qu’il faisait des Missionnaires. Le vendeur fut également convoqué.
« En présence de notre Confrère, de M. Labully et des autres Pères en résidence à Nanning, devant un public nombreux et plusieurs notables de l’endroit, attirés par la curiosité du spectacle, ce singulier fonctionnaire recommença ses invectives des jours précédents. Il couvrit le malheureux Chinois de confusion. « Malgré notre présence, ou plutôt à cause de « notre présence, dit M. Barrière, il insulta le vendeur en termes excessivement injurieux. Il « fut si dur dans ses paroles, si insolent dans ses manières, que nous crûmes devoir protester « sur place contre ses prétentions, absolument contraires aux traités, et lui rappeler les « conventions passées en 1895 entre M. Gérard, ministre de France à Pékin, et le « gouvernement chinois, conventions d’après lesquelles il suffisait aux Missionnaires de « passer les actes d’achat d’immeubles au nom de la communauté chrétienne, et de les « présenter à l’enregistrement, en acquittant la taxe légale. Aux termes de cet arrangement, il « n’était pas requis, comme le demandaient, à tort, certains mandarins, que le vendeur fît une « déclaration préalable de vente, cette condition ayant été expressément rejetée par les parties « contractantes. »
« Le sous-préfet maintint ses affirmations et ordonna finalement à notre Chinois de se rendre à son yamen. Là, durant deux longues heures, il feignit de l’ignorer et le laissa attendre dans une cour. Énervé par ce procédé, l’infortuné vendeur osa ouvrir la bouche pour dire qu’il avait faim. S’armant de sa cravache, le mandarin vint lui imposer silence, en lui assénant sur la tête un coup qui fit jaillir le sang. Il l’introduisit ensuite à son tribunal, lui fit administrer 200 coups de rotin et le fit mettre aux fers pendant plusieurs jours.
« Les choses ne pouvaient pas en rester là ; M. Labully alla trouver cet exigeant personnage. Pièces en mains, il lui démontra que sa conduite était illégale et qu’il réclamait une démarche reconnue comme inutile dans les traités passés entre la France et la Chine. Pour toute réponse, celui-ci se retrancha derrière son Directoire et il l’exhiba à notre Confrère.
« Ce fameux Directoire, dont j’ai pu avoir un exemplaire imprimé, ajoute M. Renault, doit être connu. Il est la charte sur laquelle s’appuient, au Kouang-Si, tous les mandarins mal disposés envers nous. Rédigé par le Trésorier général Yu, signé le 24 octobre 1907, envoyé à tous les yamens de province, il n’est que la mise en exécution du Règlement nouveau que le fameux vice-roi Tsen, de Canton, voulait nous imposer en 1905. D’après ce Règlement, les Missionnaires ne pourraient plus acheter de terrains, avant que les vendeurs aient préalablement averti le mandarin local. Celui-ci est censé en référer au Consul, à qui on accorde le pouvoir de décider si l’achat peut ou ne peut pas se faire.
« Ce Règlement, proposé non seulement pour les deux Kouangs, mais encore pour toutes les Missions de Chine, a été repoussé par le gouvernement français. Le vice-roi n’en continue pas moins de donner des instructions secrètes aux mandarins de ses provinces, spécialement à ceux du Kouang-Si, et il leur commande d’en faire la règle de leur conduite. Voilà où nous en sommes, après tant de pourparlers et de discussions sur ces questions de possession d’immeubles en Chine.
« Nous sommes exposés, de ce chef, à de grandes difficultés ; nous pouvons rencontrer de sérieux obstacles au développement régulier de nos chrétientés, et cela d’autant plus certainement que plusieurs mandarins se croient autorisée à refuser de sanctionner tout achat qui n’est pas fait directement en vue du culte catholique ou de l’instruction.

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« Ce n’est pas seulement dans les affaires d’ordre matériel que nous rencontrons de l’opposition. La lettre suivante de M. Albouy fera voir comment est entravé le mouvement de conversions.
« Dans le district de Ou-Uen-Hien, écrit ce Confrère, les baptêmes s’annonçaient « nombreux. Plus de cent familles avaient donné leurs noms et demandaient à embrasser le « catholicisme. Les mandarins, préfet et sous-préfet, mirent tout en œuvre pour empêcher « notre sainte Religion de s’implanter dans le pays.
« Pendant mon premier voyage dans cette région, j’eus à essuyer une formidable « opposition de la part de la société Kuen hio so, espèce de Comité de l’Instruction, chargé de « la fondation des écoles et de la direction de leur personnel. Cette société, toute-puissante, est « composée des individus les plus audacieux et les plus anti-européens du pays.
« Ce fut, dès mon arrivée, un tollé général. Un mauvais personnage alla jusqu’à m’accuser « auprès du sous-préfet des pires intentions. Je fus présenté comme étant un espion, venu pour « recruter le plus d’adhérents possible afin d’aider les Français à s’emparer de la région. Le « mandarin, loin de rejeter la dénonciation, feignit de l’accueillir avec faveur et parut y ajouter « foi, heureux de se préparer un prétexte plausible pour nous éloigner de la sous-préfecture, « sans crainte d’être désapprouvé.
« Les choses en restèrent là, néanmoins, pour le moment. Mais, peu après, à l’époque du « recensement, à l’instigation encore de la même société, les chrétiens furent injustement « accusés de s’y opposer. Le plus influent et le plus zélé d’entre eux fut arrêté et jeté en « prison, où il est encore, depuis plusieurs mois. »
« Le préfet étant venu à passer par le marché près duquel résident les chrétiens, M. Albouy a tenté une démarche pour obtenir 1’élargissement du prisonnier. Ce haut fonctionnaire s’est déclaré prêt à accueillir favorablement sa demande, mais à une condition, c’est que le chrétien qui, de toute évidence ne pouvait être qu’un mauvais sujet, puisque le sous-préfet l’avait puni, serait exclu de l’assemblée des fidèles et abandonné par le Missionnaire. Inutile de dire l’accueil que M. Albouy a fait à cette proposition.
« Froissé dans sa dignité, le préfet lui-même a envoyé au gouverneur du Kouang-Si, son Excellence Tchang Min Ki, un rapport mensonger et tendancieux et le gouverneur, dont les sentiments antichrétiens et surtout antifrançais ne sont un secret pour personne, s’est empressé de télégraphier à Pékin, au Ministre des Affaires étrangères, de vouloir bien prier le Ministre de France de donner l’ordre aux Missionnaires du Kouang-Si de ne plus accueillir, à l’avenir, dans leur religion, les mauvais sujets, les perturbateurs de l’ordre et le rebut de la société. Tant il est vrai que la tactique de l’enfer ne change pas. Les premiers fidèles n’étaient-ils pas les ennemis de l’ordre et de l’empire ? Il fait bon, en ces circonstances, se rappeler la parole du Divin Maître : « Beati estis quum dixerint omne malum adversum vos, mentientes, propter me ! Heureux êtes-vous, quand ou accumule contre vous, à cause de Moi, des accusations mensongères !
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« C’est au milieu de difficultés et d’épreuves de toute sorte que nos Confrères ont réussi à enregistrer le chiffre de 302 baptêmes d’adultes et de 417 baptêmes d’enfants de païens. Ils ont entendu 8.235 confessions et distribué 14.356 communions.
« Ces chiffres disent assez d’eux-mêmes que les Missionnaires n’ont pas perdu leur temps.
« Nous sommes heureux, surtout, de constater le mouvement qui pousse vers la communion fréquente, selon les désirs si chers au cœur du Souverain Pontife Pie X. C’est le meilleur moyen de donner à nos chrétiens un esprit profondément religieux, pourvu que les pasteurs d’âmes veillent avec soin à ce que ce grand acte de religion, qui est la réception de l’Eucharistie, ne soit pas accompli par routine ou par respect humain, mais avec un grand esprit de foi.
« Je ne puis pas passer sous silence, conclut M. Renault, un autre moyen d’apostolat, employé pour la première fois dans la Mission et destiné à produire les plus heureux résultats. Je veux parler d’une retraite de quelques jours que MM. Poulat et Séguret ont fait faire à leurs catéchistes et chefs de chrétientés. Ces dévoués coopérateurs ont appris à mieux apprécier la grandeur des fonctions qui leur sont confiées, et nous avons l’espoir que, à l’avenir, ils apporteront encore plus de générosité et de dévouement éclairé à seconder les efforts et le zèle des Missionnaires.
« L’année 1910 a vu l’installation d’un vice-consul français à Nanning. Nous avons salué son arrivée avec joie. Mais, quelle que soit la bonne volonté qui l’anime, que pourra-t-il obtenir de nos mandarins pour qui les traités sont lettre morte et qui font fi des réclamations des représentants de la France ? »


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