| Année: |
1910 |
| Pays: |
Chine |
| Mission: |
Thibet |
| Rédacteur: | Mgr Giraudeau |
IV. ─ Thibet
Population catholique 2.683
Baptêmes d’adultes 190
Baptêmes d’enfants de païens 140
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Mgr Giraudeau nous adresse le tableau suivant de la situalion politique et religieuse du Thibet.
« Des événements politiques de la plus haute importance ont agité le Thibet au cours de cette année. L’armée chinoise, après quelques combats peu sanglants, s’ouvrit une route stratégique du Dégué à Lhassa en passant par Tchamouto. Au commencement de février, le Talaï-lama, se voyant menacé dans sa capitale, forma, de concert avec les trois grandes lamaseries, le projet d’exterminer les Procureurs impériaux avec leurs gardes et tous les marchands chinois.
« Un lama influent, originaire de Tatsienlou, après avoir feint de faire cause commune pour ne pas s’exposer à la fureur des autres lamas, se hasarda de donner quelques conseils de prudence et fit entrevoir la vengeance que les Chinois ne manqueraient pas d’exercer sur la ville et ses habitants, si le complot était mis à exécution. La défaite des lamas, dans deux ou trois rencontres, presque aux portes de Lhassa, donna un surcroît d’autorité aux paroles du lama récalcitrant et jeta la division parmi les conjurés.
« Au lieu d’assiéger les Procureurs impériaux dans leurs palais, les lamas ne songèrent plus qu’à faire évader le Talaï-lama et à se mettre eux-mêmes en sûreté. Il n’y avait pas de temps à perdre. L’approche, à marche rapide, de l’armée chinoise ne permettait pas d’hésitation. La fuite vers la frontière étrangère la plus rapprochée offrait seule une chance de salut. Le Grand lama, déguisé en homme du peuple, chevaucha chaque jour à double étape, et atteignit la frontière du Sikkim, juste à temps pour échapper à la poursuite des soldats chinois. Nos Confrères de Pédong le virent passer à leur porte dans un piteux état.
« C’est ainsi que, par une disposition de la Providence, celui au nom duquel on avait tant de fois chassé les Missionnaires, et massacré plusieurs d’entre eux, fuyait à son tour devant un maître irrité qui, jusque-là, l’avait approuvé dans tous ses caprices de tyran.
« Au lieu de tenter une dangereuse rentrée au Thibet, le Talaï-lama préfèrera, sans doute, jouir en paix de l’hospitalité anglaise à Darjeeling et de la généreuse pension allouée par le gouvernement des Indes.
« Le gouvernement de Pékin a bien ordonné de choisir immédiatement un successeur au Grand lama fugitif, sans égard pour le dogme thibétain qui n’admet pas que Chenrézi, incarné dans le Talaï-lama, puisse recevoir deux incarnations simultanées ; mais on ne signale point encore le privilégié du choix impérial.
« Quoi qu’il en soit, le futur Talaï-lama ne peut être qu’un instrument docile, une sorte d’esclave, entre les mains de la Chine, dont l’autorité s’affermira de plus en plus au Thibet par crainte des nations voisines.
« Ces bouleversements politiques nous créent à nous, missionnaires, de nouveaux devoirs, et c’est à ce titre que je les signale au début de ce compte rendu. La Chine tient encore fermées les portes du Thibet ; mais, par la force des choses, elle sera, sous peu, obligée de les ouvrir. Elle se montre très jalouse de sa nouvelle conquête et a même essayé d’en éloigner les Missionnaires sous le fallacieux prétexte qu’ils étaient un obstacle pour la nouvelle organisation à établir.
« Ces prétentions ne pouvant aboutir, quelques mandarins s’en vengèrent par une hostilité ouverte à l’égard des Missionnaires et des chrétiens. Depuis deux ou trois mois, la crise aiguë s’est calmée et ces Messieurs semblent vouloir renoncer à leurs injustes vexations.
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« A la demande du gouvernement chinois, les ambassadeurs à Pékin s’étaient engagés à ne pas laisser leurs nationaux pénétrer au Thibet pendant l’espace de trois ans, parce que la Chine n’était réellement pas en état de les y protéger. Le délai accordé expire cette année. L’ambassadeur des États-Unis n’ayant pas pris le même engagement, les missionnaires protestants d’Amérique se sont permis plusieurs excursions en pays conquis, au grand mécontentement du conquérant, S. E. Tchao eul fong.
« A Bathang , trois ou quatre ministres sont établis avec leurs familles. Ils ont ouvert une école qui défie toute concurrence par les avantages matériels qui y sont attachés. Les jeunes Thibétains admis comme élèves sont élégamment vêtus à l’européenne aux frais des professeurs. Si, pour une raison quelconque, ils s’absentent de l’école, on leur reconnaît trois cents sapèques par jour pour compenser la nourriture qu’ils ne prennent pas à l’école. Par ailleurs, ils ont toute liberté de rester païens ou de ne pratiquer aucune religion. Evidemment ils se préparent ainsi des aides pour la propagande religieuse au Thibet. Ce genre d’éducation, qui est peut-être adapté aux besoins des protestants, ne peut être adopté par nous pour des raisons multiples.
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« Selon les décisions du Synode de Tchong-King, poursuit Mgr Giraudeau, nous cherchons des jeunes gens qui, après une préparation sérieuse, puissent nous aider comme catéchistes. Le nombre trop restreint de nos chrétiens ne nous permettra pas de développer cette œuvre en proportion de nos besoins.
« De même, nous faisons tous nos efforts pour augmenter le nombre de nos séminaristes ; pour la même raison, le recrutement est difficile. A ma prière, Nosseigneurs du Su-Tchuen ont bien voulu essayer de diriger sur le Thibet quelques sujets qui ne leur étaient pas nécessaires ; mais ces jeunes gens n’ont pas eu le courage d’abandonner leur riche pays pour nos sauvages montagnes.
« Pendant ce dernier exercice, plusieurs de nos Confrères ont continué à relever les ruines causées par la persécution de 1905, sans avoir encore pu terminer leurs travaux. D’autres, dont les postes n’ont pas été touchés par la persécution, ont dû aussi s’occuper de constructions nécessaires au développement des œuvres. A Tatsienlou, la maison destinée aux Religieuses Franciscaines attend ses hôtes vers la fin de l’année. Au dispensaire nous ajoutons un petit hôpital destiné aux moribonds, afin de faciliter ainsi le salut des âmes de bonne volonté.
« A plusieurs reprises, lorsque la Mission du Thibet se trouva dans un péril extrême, j’eus recours au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur et lui promis, en retour de sa protection, d’élever un temple en son honneur dès que les circonstances le permettraient. L’accomplissement de cette promesse est en voie d’exécution. Au centre de la ville, sur un emplacement trop étroit, mais qu’il nous a été impossible d’agrandir, nous jetons les fondements de la nouvelle église qui servira de cathédrale.
« Grande a été la difficulté de nous procurer les principaux matériaux. Pour relever le courage des entrepreneurs et des ouvriers qui n’aboutissaient à rien, M. Valentin est allé s’installer dans l’humide et abrupte forêt avec quelques-uns de ses élèves, il a passé là deux mois et demi, couchant dans une méchante hutte d’ouvriers, mal protégé contre la pluie et dévoré par toutes les vermines imaginables. Grâce à son énergie et à sa persévérance, les matériaux nécessaires sont enfin entre nos mains. M. Ouvrard, tout en dirigeant sa paroisse, surveille les maçons et les tailleurs de pierres.
« Malgré les travaux matériels que dirigent personnellement la plupart des Confrères, le côté spirituel n’a pas été négligé, comme en fait foi le tableau d’administration des sacrements avec un total de 10.538 confessions et 10.881 communions. Le nombre de notre pusillus grex se trouve augmenté cette année de 260 et quelques unités. C’est peu, et cependant c’est consolant, car le champ que nous cultivons est particulièrement aride. Notre contingent d’adultes baptisés (190), quoique très faible, est le plus élevé qui ait jamais été atteint par la Mission du Thibet.
« Le plus fort appoint a été fourni par M. Genestier. Dès son arrivée à Kionatong, où la population lui avait d’elle-même préparé une habitation, 17 familles lui demandèrent à étudier immédiatement la Religion ; 53 personnes, au bout de quelques mois, furent jugées dignes de recevoir le saint baptême.
« Kionatong est un village loutse, éloigné seulement d’un jour de marche de Bonga, mais dépendant de la Chine et non de Lhassa. C’est là que, en 1865, habitait M. Durand qui, violemment chassé par les lamas et blessé dans sa fuite, se noya en essayant d’atteindre la rive droite de la Salouen.
« Quelques autres villages loutse, qui avaient embrassé la Religion avant 1865, continuent à se dire chrétiens, visitent souvent le Missionnaire de Kionatong et le prient d’aller réunir ses brebis depuis si longtemps privées de pasteur. Ce serait déjà chose faite, si nous n’avions pas à ménager les susceptibilités excessives des nouveaux maîtres du royaume de Lhassa. J’ai autorisé le Missionnaire à passer par ces villages, en prétextant la nécessité de visiter notre ancienne propriété de Bonga.
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« Nos Confrères du Thibet-Sud, eux aussi, jettent les yeux au-delà de leur horizon ordinaire. « Cette année, écrit M. Moriniaux, les circonstances s’étant montrées plus « favorables, nous avions pensé faire de nouveaux efforts pour fonder quelque nouvelle « station. Mais le jour même de prendre l’affaire en mains, arrivait subitement à la frontière le « Talaï-lama fuyant devant l’armée chinoise maîtresse de Lhassa. L’espérance de voir le « Thibet s’ouvrir sous peu nous fait abandonner, pour le moment, l’idée de nous disperser en « deçà de la frontière. Jusqu’ici, malgré notre bon vouloir, les circonstances nous avaient « empêchés de fonder des postes ailleurs qu’à Padong et Maria Basti. Faut-il y voir les « desseins de Dieu qui nous réservait pour le Thibet proprement dit ?
« A Padong, continue M. Moriniaux, les travaux matériels ont aussi eu leur place. L’asile « des vieillards, construit jadis provisoirement, a été remplacé par une construction en pierres, « par les soins de M. Douenel. Cette œuvre de pure charité et de désintéressement nous attire « l’estime de la population et les faveurs des autorités anglaises. A Maria Basti on construit un « nouvel orphelinat, dont on espère placer la toiture avant les grandes pluies. Daigne Dieu « bénir ces travaux et tous les projets que nous formons pour l’ouverture prochaine du « Thibet ! Adveniat regnum tuum ! »
« Le 25 mai, nos Confrères du Sud se sont réunis à Pédong pour célébrer le soixantième anniversaire de l’ordination sacerdotale de M. Desgodins, notre vénérable doyen, et doyen aussi de la Société des Missions-Étrangères. Notre vénéré jubilaire a chanté la grand’messe, donné la bénédiction du Saint-Sacrement et a été honoré, le même jour, de la bénédiction du Souverain Pontife. Puisse-t-il voir de ses propres yeux grandes ouvertes les portes de ce Thibet, pour lequel il a si héroïquement travaillé depuis près de 60 ans ! Ad multos annos encore à notre bien-aimé doyen ! »
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