| Année: |
1879 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Corée |
| Rédacteur: | Mgr Ridel |
Corée. 1879
L’Église de Corée a été , cette année encore, soumise à de bien cruelles épreuves . Nous avons, dans notre dernier compte-rendu, raconté l’arrestation, les combats et la délivrance de son vénérable chef. C’est à cette époque qu’il nous faut remonter et reprendre le récit des principaux événements dont le pays a été le théâtre .
Après le depart de Mgr Ridel pour la Chine , contrairement à la promesse qui en avait été faite à Sa Grandeur , les chrétiens , ses compagnons de souffrances , ne furent pas rendus à la liberté , et ils ne tardèrent pas à succomber successivement . A la fin de 1878 , il en restait seulement 14 , que l’on avait réunis dans la même prison . M. Blanc fit tout le possible pour venir à leur secours et leur procurer quelque soulagement . Ayant réussi à gagner un satellite ; avec l’aide des chrétiens qui se cotisèrent , dans le but de subvenir aux besoins des prisonniers, notre Confrère put faire passer à ceux-ci de l’argent , et les mettre à l’abri de la faim .
Les choses en étaient là , lorsqu’au mois de février , de sa propre autorité , dit-on , le préfet de police en fit étrangler 10 .
L’exécution eut lieu en secret , dans la prison , et les cadavres furent , selon la coutume , jetés en dehors des portes de la ville . Les chrétiens de la capitale , avertis à temps , se sont hâtés d’aller recueillir ces précieuses dépouilles , et leur ont donné une sépulture honorable sur une montagne , où déjà reposent les restes vénérés de Mgr Berneux et de plusieurs autres martyrs de 1866 .
La persécution n’eut pas , pour le moment , d’autres suites . Les satellites , lancés à la recherche des Missionnaires , furent rappelés à la capitale , après avoir inutilement couru le pays et répandu la terreur parmi les chrétiens . Avec la tranquillité , la confiance ne tarda pas à renaître , et nos Confrères purent reprendre le cours de leurs travaux .
Nous ne les suivrons pas dans leurs longues , pénibles et périlleuses pérégrinations . Dieu , bien souvent , les a dédommagés de leurs fatigues et de leurs souffrances par les consolations qu’il a accordées à leur ministère . Les résultats de l’administration , tels que nous les avons indiqués et qu’ils nous ont été transmis par Mgr Ridel , sont incomplets . Dans une lettre de M. Blanc , à la date du 27 mai , ce Missionnaire évaluait le nombre des confessions à 7,000 environ et à plus de 300 celui des baptêmes d’adultes . Quand on se rend compte des difficultés contre lesquelles nos généreux Confrères ont eu à lutter , et des périls qu’ils ont rencontrés , on ne peut qu’être vivement touché de leur zèle et de leur courage , rendre grâces à Dieu qui les a soutenus de sa force , préservés de tout danger , et les féliciter des succès qu’ils ont obtenus .
« Ce n’était pas sans inquiétude , écrivait M. Blanc , qu’au commencement de septembre (1878) j’invitais mes Confrères à reprendre le travail , si malheureusement interrompu par la persécution . Mais , grâces à Dieu , tout s’est bien passé , nous n’avons eu aucun accident à déplorer . »
Au début , les chrétiens étaient eux-mêmes peu rassurés . Parlant de ceux qu’il était chargé de visiter , M. Deguette écrivait de son côté : « Je suis parti à la visite de mon district . Parcourir ce pays , de l’avis de tous , surtout des sages , ou plutôt des gens peureux , c’était aller au devant de la mort et exciter une nouvelle persécution … Les chrétiens de la contrée , disait-on , sont tous dispersés , impossible de savoir où ils habitent et , dans leur frayeur , ils ne désirent guèrent recevoir le Père … Sans doute , dans toutes ces raisons , il y avait du vrai , je le sentais moi-même . Néanmoins , plein de confiance en Dieu , sans hésiter , je me mis en route . Eh bien , cela a parfaitement réussi . Durant le cours d’une longue administration qui a duré cinq mois , dans un pays récemment ravagé par la persécution , partout où je suis allé , je n’ai pas éprouvé la plus petite difficulté , j’ai vu de la sorte environ 1,500 chrétiens . Aussi , à mon retour chez moi , comme j’ai bien chanté mon Te Deum d’action de grâces ! »
Après de si rudes travaux , nos Confrères purent enfin prendre quelque repos . Tous en avaient le plus grand besoin . M. Deguette était épuisé de fatigues , M. Doucet atteint de la petite vérole et son état causait les plus vives inquiétudes . M. Robert consacra ces quelques moments de loisir à l’instruction et à la formation des trois élèves qui lui étaient confiés et qui composaient alors tout le personnel du séminaire naissant . M. Blanc , chargé de la direction de la Mission , avait toutes les sollicitudes d’une administration que les circonstances rendent si difficcile : il lui fallait pourvoir aux besoins spirituels et temporels de tous , répondre aux consultations des Missionnaires et des chrétiens , agir enfin sans cesse avec une prudence et une patience , qui décourageraient les hommes les mieux doués , mais que Dieu accorde à ses apôtres .
Toutefois la tranquillité , dont nos Confrères et leurs néophytes jouissaient alors , ne fut pas de longue durée . Sur la dénonciation d’un païen , disent les uns ; d’un apostat , d’après d’autres , la persécution éclate de nouveau ,des satellites sont lancés à la poursuite de MM. Blanc et Deguette dont le dénonciateur a fait connaître l’asile . Surpris au moment où il s’y attendait le moins , M. Deguette tombe au pouvoir des persécuteurs , il est conduit à la capitale , jeté en prison , détenu plusieurs mois durant ; il obtient en fin sa délivrance , grâce à l’intervention du gouvernement chinois , que le chargé d‘affaires de France à Péking avait sollicitée à cet effet . Comme Mgr Ridel , notre cher prisonnier a été ramané en Chine , où il est heureusement arrivé au mois de septembre .
M. Blanc fut plus heureux . Prévenu à temps du danger qui le menaçait , il put s’enfuir et échapper aux poursuites des satellites . Bien que moins immédiatement menacés , MM. Doucet et Robert durent cependant prendre toutes les précautions nécessaires en pareil cas , et aller , dans les montagnes peuplées de tigres , chercher un refuge qui pût les metttre à l’abri de la malice et de la cruauté des hommes .
Depuis l’arrestation de M. Deguette et son retour forcé en Chine , il ne reste plus que trois Missionnaires dans l’intérieur de la Corée . La situation de nos Confrères est très pénible , mais leur courage demeure à la hauteur des circonstances . Nous les recommandons tout spécialement , eux et leur infortunée Mission , aux prières de tous les membres de notre Société .
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