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Rapport annuel des évêques

Année: 1912
Pays: Corée du Sud
Mission: Séoul
Rédacteur:Mgr Mutel

CHAPITRE II
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Groupe des Missions de Corée
et de Mandchourie

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I. — Séoul

Population catholique 52.109
Baptêmes d’adultes 2.607
Baptêmes d’enfants de païens 1.906
Conversions d’hérétiques 85
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« Si le chiffre des baptêmes d’adultes, écrit Mgr Mutel, est un peu inférieur à celui de l’an dernier, en revanche, les confessions répétées, et les communions de dévotion surtout, sont beaucoup plus nombreuses. Quant au chiffre de la population catholique recensée, il est certainement inférieur à la réalité.
« Nos Coréens sont restés très migrateurs. Pour beaucoup, leur domicile semble n’être qu’un campement, et, sous le moindre prétexte, ils l’abandonnent et s’en vont vivre ailleurs. Quand c’est pour se rapprocher du missionnaire ou de quelque centre chrétien, le mal n’est pas considérable ; mais, souvent, leur esprit d’aventure les entraîne au loin au milieu des païens, où leur foi est bientôt en danger. En partant, ils emportent leur catéchisme et leur livre de prières ; ils continuent à pratiquer pendant quelque temps ; puis, s’il s’agit de néophytes, l’éloignement des chrétiens, la difficulté et, quelquefois, l’impossibilité de recevoir les sacrements, finissent par leur faire perdre sinon la foi, du moins la pratique de la religion. Nous ne les voyons plus et ils tombent de nos listes.
« Hawaï., le Mexique nous ont pris ainsi bien des âmes qui n’ont pas su conserver leur foi. Le Kan-To du Nord continue aussi d’attirer nos chrétiens, et, chaque année, l’émigration les y conduit en bon nombre. Là, du moins, ils retrouvent des missionnaires. Mais il y a une autre région que les Coréens appellent aussi Kan-To (Occidental), située en Mandchourie dans les vallées du bassin supérieur du Ya-Lou, et qui, ces années dernières, a été envahie par un grand nombre d’émigrants Coréens.
« Je viens, seulement d’apprendre que, parmi eux, il y a des chrétiens. On affirme même qu’un gros village, entièrement converti, ne permet pas aux non-catholiques de venir s’y installer ; c’est ainsi qu’un païen de Eui-Tjyou qui voulait y émigrer, s’est muni, avant son départ, de nos livres de prières, afin de faire lever la défense à son égard.
« Malheureusement ces données sont très vagues, et la région est très éloignée : il y a au moins huit jours de marche depuis Eui-Tjyou, et les routes sont infestées de brigands. De plus, ce territoire dépend de la Mandchourie Méridionale. Autant de difficultés qui s’opposent à ce que nous allions au secours de ces pauvres chrétiens. En l’absence de Mgr Choulet, je viens de demander à son Provicaire les pouvoirs nécessaires, au cas où une visite pourrait être tentée.
« Pour toutes ces causes, je crois bien que le nombre des baptisés de toute la Corée n’est pas inférieur à 100.000 âmes, bien que le recensement des deux Missions en accuse à peine 80.000.

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« Les cinq districts du Hoang-Hai-To ont donné ensemble 237 baptêmes d’adultes.
A la ville de Tjai-Ryeng, centre protestant important, M. Mélizan a obtenu 19 baptêmes in articulo mortis et 9 autres donnés à l’église.
« A Tchyeng-Kyei-Tong, une inondation terrible avait balayé dix maisons et causé des ravages considérables ; une pauvre chrétienne a même été emportée avec sa maison. M. Wilhelm a fait appel à la charité de ses amis, et leurs dons généreux l’ont mis à même d’aider ses chrétiens à rebâtir leurs habitations.
« L’ensemble du Hpyeng-An-To donne 244 baptêmes d’adultes, dont 72 pour les deux districts récemment fondés à Eui-Tjyou et aux environs. Nous avions été précédés par les protestants, et la besogne n’en est pas rendue plus facile. Les baptêmes donnés sont, en majeure partie, des conversions d’hérétiques. Tous les jours de l’année, le P. Paul Sye s’est astreint à discuter point par point, avec ces néophytes, les principes de la vraie religion et il a été assez heureux pour ramener au droit chemin ces âmes qui paraissent s’être égarées de bonne foi. Il est à croire que le mouvement de conversions ne fera que s’accroître.
« M. Bodin n’a pu faire par lui-même, cette année, la visite de son district : la maladie l’a retenu de longs mois à Séoul et sa vie même a été quelque temps en danger. Il est aujourd’hui parfaitement rétabli.
« Nous comptons 3.768 chrétiens au Kan-To ; ce chiffre sera bientôt dépassé, par suite de l’émigration qui continue à y amener de nouvelles recrues. Le district donne 284 baptêmes d’adultes.
« Au printemps dernier, écrit M. Curlier, une trentaine de familles du Kang-Ouen-To et du « Hpyeng-An-To sont venues ici chercher les moyens de vivre plus tranquillement qu’en « Corée. Mais, parmi elles, plusieurs sont pauvres et auront beaucoup de peine à soutenir la « lutte pour l’existence ; elles seront une grande charge pour leurs voisins qui ne peuvent pas « se dispenser de les assister.
« A une journée du marché de Ryong-Tjyeng, dans la direction du Paik-Tou-San, se trouve « le village de Hto-San-Tjai. Cette station qui n’a pas deux ans d’existence, va devenir un « gros centre de chrétiens ; on dit que, à l’automne prochaine, il y aura 60 maisons de « néophytes et de catéchumènes groupées dans la vallée. Là, au printemps, sont venues se « fixer douze familles païennes de Ham-Heung, dont les chefs ont tous commencé à « apprendre les prières. Parmi eux se trouve un bachelier, nommé Kim, baptisé eu 1900 à « Ouen-San avec deux compagnons. Après son baptême, il eut la mauvaise chance de « rencontrer un chrétien peu scrupuleux qui le trompa indignement et lui extorqua plusieurs « centaines de ligatures. Kim, scandalisé, se découragea et. abandonna complètement la « pratique de la religion, au point d’oublier même son nom de baptême. Venu au Kan-To, « après douze années passées dans la tiédeur la plus absolue, il eut la bonne fortune de « rencontrer des chrétiens qui l’exhortèrent vivement à revenir à Dieu. De suite, il se remit à « l’étude et il a reçu les sacrements avec une grande componction.
« Au Kan-To, il y a un écueil sur lequel beaucoup de Coréens vont se briser : la proximité « de Vladivostok et de la Russie. L’argent y est plus abondant et la main-d’œuvre mieux « rétribuée qu’ici. Les Coréens qui ont des dettes partent pour la Sibérie ; ils s’engagent « comme domestiques, ou bien s’en vont travailler dans les mines d’or, quittant père, mère, « femme et enfants. En général, ils promettent bien de revenir à l’automne ; mais combien ils « sont rares ceux qui tiennent leur parole ! Une fois en Russie, ils s’aperçoivent que les pierres « y sont aussi dures que chez eux : on leur donne moins qu’ils avaient pensé et ils se font « voler par les interprètes.
« De plus, comme ils se trouvent mêlés à une foule de mauvais sujets, ils perdent, en « quelques jours, dans le jeu et la débauche, ce qu’ils avaient gagné en plusieurs mois à la « sueur de leur front. Comment revenir les mains vides ? Comment supporter les moqueries « qu’on entendra inévitablement, si on retourne au pays sans un sou dans la poche ? Les jours, « les mois, les années se passent, et c’est toujours la même chose. Il y a là une douzaine de « chrétiens dont on n’a pas de nouvelles depuis longtemps. »
« M. Larribeau se plaint de la même misère pour la région des Huit-Lacs et de Houn-Tchyou. Il regrette aussi que le nombre des baptêmes y soit plutôt modeste. « Dieu nous fait « bien voir, écrit-il, que les conversions ne sont pas un effet de notre seule prédication. Et « pourtant, chaque année, mes Coréens voient des bienfaits sensibles de la divine Providence. « J’en ai constaté moi-même plusieurs dans cette région des Huit-Lacs. »
« Ouen-San, qui est le port d’embarquement pour le Kan-To, n’a pas échappé à l’attirance que cet exode exerce sur les chrétiens, et plusieurs familles ont suivi le mouvement. M. Poyaud rend, par ailleurs, bon témoignage de ses ouailles, qui, bien que ne dépassant pas 200, donnent un chiffre de 4.000 communions.
« Un certain aveugle, écrit-il, adhérait au protestantisme depuis huit ans ; mais il avait des « doutes qu’il confia à un excellent chrétien. Celui-ci réussit à lui faire abandonner la fausse « voie. Actuellement, ce jeune aveugle, grâce à une machine spéciale venue de France avec « laquelle on lui écrit en Braille les textes coréens, lit, aussi bien que les aveugles de France, « au toucher, toutes ses prières du matin et du soir et plusieurs autres. Sous peu, il lira mieux « au toucher que beaucoup de nos aveugles. Inutile de dire quelle a été sa joie quand on lui a « relié son livre de prières. Il est fort probable, sinon certain, que ce jeune homme est le « premier aveugle coréen qui soit arrivé à lire seul et bien. »
« Les populations paisibles, plutôt pauvres, du Kang-Ouen-To continuent, généralement, à faire la consolation des missionnaires. Elles ont fourni 264 baptêmes. Mais, même là, un esprit nouveau s’infiltre peu à peu, surtout dans les écoles, et la bonne simplicité d’autrefois tend aussi à disparaître.
« Le total des baptêmes d’adultes du Tchyoung-Tchyeng-To est de 483. Sur ce nombre, M. Bouillon en a 123. Mais il se réjouit surtout de la ferveur des chrétiens de Tjyang-Ho-Ouen, sa résidence : pour 35 chrétiens, il a eu 9.137 communions de dévotion.
« A Soi-Yang-Ri, district de Hong-San, où il réside, M. J. Gombert a bâti une jolie chapelle, remettant à plus tard le soin de se construire une résidence dont le besoin se fait sentir.
« M. Polly a eu 108 baptêmes d’adultes. « Les chrétientés qui m’ont fourni le plus beau « chiffre, écrit-il, sont celles des villes de Hai-Mi et Hong-Tjyou.
« Dans la première, le nombre des fidèles a doublé en un an, et cela par le seul fait des « conversions ; le meilleur esprit anime tous ces néophytes, qui, jusqu ici, ne m’ont donné « aucun sujet de tristesse.
« Hong-Tjyou fait bonne figure parmi les stations de nouveaux convertis. C’est dans cette « ville que, après avoir reçu son abjuration, j’ai baptisé le catéchiste des presbytériens. Sa bru « a également abjuré, il y a un mois ; sa femme et son fils, baptisés eux aussi dans la même « secte, apprennent en ce moment les prières avec ardeur et seront baptisés dans le courant du « nouvel exercice. L’ancien catéchiste presbytérien avait abjuré l’erreur, il y a deux ans. »
« M. Krempff a reçu aussi l’abjuration d’un anglican et réconcilié avec Dieu trois survivants de la persécution. de 1866.
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« La Province de Kyeng-Keui compte aujourd’hui, y compris Séoul, plus de 18.000 chrétiens : elle a fourni 1.053 baptêmes d’adultes.
« M. A. Gombert se félicite des heureux. résultats que lui a donnés la fréquentation des sacrements.
« M. Le Gac s’est trouvé chargé de deux districts, comptant ensemble 4.040 chrétiens : aussi est-il resté en campagne du commencement d’octobre à la mi-avril, avec trois semaines seulement d’interruption. Il a récolté 168 baptêmes.
« Depuis le printemps, M. Perrin a pris la moitié de son fardeau. Il avait fait ses premières armes dans un district voisin, qui lui avait procuré de douces consolations. Il avait eu la joie d’y baptiser 46 adultes.
« Au district de Song-To, qui compte 1.684 chrétiens, M. Le Gendre a obtenu 85 baptêmes. La station de Pang-A-Ta-Ri, dont la fondation avait été enregistrée l’an dernier, continue à lui donner satisfaction. Malgré quelques obstacles, les catéchumènes persévèrent dans leurs bonnes dispositions.
« Dans le district de Chemulpo, M. Deneux a enregistré 194 baptêmes. Sur ce nombre, 57 sont dus aux Sœurs qui s’occupent des malades ; elles ont pu, en outre, baptiser 142 enfants moribonds, voir 5.783 malades à domicile et en soigner 2.990 au dispensaire.
« La communauté de Chemulpo vient de perdre sa Supérieure, Sœur Saint-Emmanuel. Atteinte, dans la force de l’âge, d’un mal qui ne pardonne point, elle nous a laissé le plus bel exemple qui se puisse voir de courage, de résignation et même de joyeuse acceptation de la mort.
« Séoul a donné 136 baptêmes d’adultes, extra muros, et 137 pour la paroisse de la cathédrale. Sur cette dernière, voici ce qu’écrit M. Poisnel :
« La chrétienté de Séoul que, l’an dernier, à pareille époque, je désespérais presque de « jamais revoir, a réussi à maintenir à peu près le chiffre de sa population, malgré l’exode « continu de la capitale vers la province. La difficulté et la cherté croissante de la vie ont « largement contribué aussi à dépeupler les écoles. L’engouement des débuts est passé. Les « garçons, surtout, quittent les livres le plus tôt possible, pour les fabriques de cigarettes et « autres petits métiers de fortune, et, malgré les dangers auxquels sont exposés ces pauvres « enfants, le dénuement de certaines familles est tel qu’on n’ose vraiment pas les forcer à agir « autrement.
« Les écoles de filles, au contraire, grâce au dévouement désintéressé des Sœurs, ne « donnent que des satisfactions. Il suffit de triompher de l’apathie des parents qui cherchent « toutes sortes de prétextes pour garder les enfants à la maison.
« Un mot de remerciement, ajoute M. Poisnel, aux RR. PP. Bénédictins, pour leur école « professionnelle. Plusieurs familles de la paroisse y ont déjà trouvé un précieux gagne-pain. « Puisse cette œuvre se développer et fournir à d’autres jeunes gens les moyens d’apprendre « un métier qui les sauvera du désœuvrement et les mettra à même de mener une vie moins « précaire et plus chrétienne ! »

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« J’ai déjà signalé, l’an dernier, continue Mgr Mutel, l’ouverture, faite par les PP. Bénédictins, d’une école destinée à nous former des maîtres chrétiens. Le cours a été suivi par 26 élèves.
« Chez les Sœurs de Saint-Paul, le nombre des vocations a imposé un agrandissement de la maison, devenue trop étroite, surtout à l’époque des vacances et de la retraite. Cette année, trois nouvelles écoles de filles ont été ouvertes en province par les Sœurs.
« L’orphelinat de Séoul compte 200 enfants et celui de Chemulpo 91. Les Religieuses ont visité 2.410 malades à domicile et en ont soigné 1.986 au dispensaire.
« Après la dernière rentrée, il reste au Séminaire de Ryong-San 81 élèves, dont 65 seulement appartiennent à notre Mission de Séoul. Une ordination nous a donné 3 diacres, 1 sous-diacre, 5 exorcistes et 11 tonsurés. »


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