| Année: |
1924 |
| Pays: |
Corée du Sud |
| Mission: |
Taikou |
| Rédacteur: | Mgr Demange |
II. – Taikou
Population catholique 32.641
Baptêmes d’adultes 983
Baptêmes d’enfants de païens 1.257
Conversions d’hérétiques 12
« La maladie a encore durement éprouvé le Séminaire pendant cet exercice, écrit Mgr Demange. Le nombre des élèves ayant dépassé la centaine, il n’y aurait pas à s’étonner de voir le pourcentage des malades suivre la progression, s’il ne s’agissait que des misères qui existent plus ou moins partout dans les Séminaires d’Asie ; mais, à deux reprises, des cours entiers ont été atteints et, pour eux, les études interrompues. Une belle ordination de 11 sous-diacres, à la Trinité, est, heureusement, venue remonter le moral qu’il est difficile de conserver intact, dans une communauté où la santé semble constamment menacée.
« Les œuvres des Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont continué à donner toute satisfaction, dans la sphère modeste où elles doivent encore se maintenir. Pour sauver quelques-unes des vocations indigènes qui ne peuvent aboutir dans le cadre ordinaire, on avait, après entente avec Chartres, admis des agrégées à l’essai ; elles sont entrées cette année tout à fait dans la Communauté, où elles semblent devoir rendre des services appréciables, en attendant qu’on les emploie au dehors : leur habit séculier leur donnera accès là où le costume religieux effaroucherait. On vient de construire, contiguë au logement de ces agrégées, une crèche séparée de l’orphelinat, et elles ont la charge ordinaire des bébés, ainsi que de l’infirmerie, également à leur portée.
« Dans le cours de la visite pastorale, j’ai béni sept nouvelles chapelles, dans des postes qui n’ont pas de prêtre en résidence. Très modestes et toutes de style indigène, ces chapelles sont cependant chacune la plus belle maison du village, et cela même est une prédication pour les païens ; elles permettent, en outre, la vie sociale catholique de la station, les chrétiens pouvant s’y réunir, au moins le dimanche, sous la présidence du catéchiste ; enfin, elles amorcent de futurs centres de districts. Le Séminaire commence, en effet, à produire ses fruits et, dans quelques années, les prêtres en sortiront nombreux ; il sera alors naturel de leur choisir une résidence dans une station ainsi pourvue.
« Cette visite pastorale m’ayant conduit dans les montagnes, j’ai pu constater par moi-même ce que je savais déjà par les rapports de mes confrères : le déplacement de la population va très prochainement changer l’aspect des chrétientés de la Corée. Une loi sur les montagnes et une autre sur la culture du tabac, dont il a été parlé précédemment, vont rendre à la brousse des terrains considérables sur lesquels vivait une population paisible, plus saine que celle des villes et même de la plaine, et en particulier une bonne partie de nos chrétiens, à qui les montagnes avaient été hospitalières au temps des persécutions. Des stations entières et même des résidences de missionnaires disparaîtront d’ici quelques années, à moins que le Gouvernement général ne revienne sur cette législation. L’afflux dans les villes d’une population qui, n’ayant plus rien à perdre, devient aisément la proie de la propagande bolcheviste, constitue un danger sérieux. En attendant, nous n’avons qu’à déplorer, au point de vue religieux, cette perturbation.
« Des chrétiens qui doivent quitter les montagnes, les uns vont au Japon et négligent de se présenter au prêtre de l’endroit, comme du reste, s’il faut en croire M. Ferrand, la plupart des chrétiens japonais qui viennent en Corée ; les autres descendent dans les villes et s’engagent, quand ils le peuvent, au service des Japonais et, comme le remarque M. Lacrouts, il est rare qu’un catholique au service des Japonais continue longtemps à pratiquer ; les autres enfin vont de-ci de-là, vivant au jour le jour et n’ayant rien d’assuré pour le lendemain, remettent à l’époque où ils auront quelque stabilité les préoccupations surnaturelles.
« Ceux à qui on permet encore la culture de montagnes se disent exploités plus ou moins par les intermédiaires du monopole, et souvent travaillent toute l’année pour vendre à perte leur tabac ; d’eux-mêmes ils descendent aussi dans la plaine. « Pour être bon chrétien, « dit M. Mialon, s’il ne faut pas être trop riche, il ne faut pas non plus être trop pauvre ; or « c’est la seule alternative qui est devenue commune chez nos fidèles des montagnes. »
« Il est inévitable que les œuvres de ces districts s’en ressentent. Chez M. Lucas, la collaboration des chrétiens à l’école ayant diminué, on a dû réduire le nombre des maîtres, alors que, si l’on veut conserver la reconnaissance officielle, il faudrait l’augmenter.
« Le district de Napoui est un des rares qui soit presque tout en plaine et l’émigration des autres devient immigration chez M. Cadars. Près du port de Kounsan, une compagnie japonaise, qui a pris des terrains considérables sur la mer, y appelle les Coréens pour en faire des rizières. Près de 800 chrétiens formeraient, de suite, un district intéressant si un missionnaire était placé à Kounsan. Outre l’avantage de donner à ces fidèles les soins dont ils ont un spécial besoin, cette fondation déchargerait M. Cadars, qui doit seul administrer 3.000 chrétiens dispersés dans 23 stations ; mais il n’y a aucune installation à Kounsan où les terrains sont très chers ; les pauvres gens transplantés là ne peuvent rien faire pour donner un logement au prêtre, et la Mission pas davantage. Par ailleurs, que restera-t-il dans quelques années si, les bonnes rizières étant données aux Japonais que fera venir la Compagnie, les Coréens qui les auront défrichées doivent aller ailleurs ?
« Pour l’émigration au Japon, le district de Masanpo reste le type des districts d’exportation et M. Bermond continue à voir ses fidèles traverser le détroit, pour en revenir, quand ils en reviennent, sans avoir rien gagné au point de vue matériel, mais ayant beaucoup perdu au point de vue moral. Cependant Masanpo le cède encore à Hongno, dans l’île de Quelpaert. Là, le Père André Ri n’a presque que des femmes et des enfants : les hommes sont au Japon. Quelle vie chrétienne est possible dans ces familles dont le chef est au loin, sans souci apparent de l’entretien de sa femme et de ses enfants ?
« Il a été parlé longuement dans les précédents rapports de la mentalité de la jeunesse. Elle reste le très gros souci pour l’avenir. Enlevez la base du droit naturel dans la constitution de la société, sur quoi bâtirez-vous l’Eglise catholique ? Il le sait bien celui qui a poussé au début le « non serviam » et désorganisé les Sociétés modernes par le libre examen. Il semble pourtant que, depuis quelques années l’Extrême Orient se précipite et veut faire voir à l’Europe que les vieilles barrières peuvent se détruire très vite. Au Japon comme en Corée, l’autorité à l’école, c’est non le maître mais l’élève ; la grève est le grand moteur aux mains de la jeunesse, et aussi bien les autorités scolaires que les autorités du pays se laissent pousser par lui et consacrent sa légalité. « Maintenant, me disait dernièrement – et sérieusement – un directeur d’école, un écolier de quinze ans a les idées qu’avait autrefois un homme de trente ans »… et il concluait qu’il fallait le traiter en conséquence.
« On a certes raison de donner à la question des écoles en Mission une importance de premier ordre, et je crois que, avec leurs pauvres ressources en argent et en hommes, les Missions catholiques font en général tout ce qu’elles peuvent faire. Mais il faut tenir compte de la mentalité dont on vient de parler, pour comprendre les insuccès qui sont inévitables jusqu’à ce que par catastrophe ou autrement le corps social se rétablisse dans sa position naturelle : la tête en haut. Nous pouvons et nous devons lutter pour organiser notre éducation conformément aux prescriptions du droit canonique, parce que les écoles sont pour nous un moyen d’évangélisation, non une fin. Donner l’impression que nous voulons réussir à tout prix en sacrifiant à l’idole du jour ne serait pas même une habileté, et la façade que nous chercherions quand elle s’écroulerait, montrerait dernière elle le vide. Ce n’est pas certes une raison de se désintéresser de l’éducation, mais c’en est une de savoir et de laisser savoir les difficultés très spéciales de cette partie des œuvres missionnaires, du moins dans ce coin de l’Extrême Orient
« Les protestants, qui sont les principaux responsables de ce désarroi des esprits, en subissent les conséquences, et il faut qu’ils n’aient pas une fierté exagérée pour avaler ce que leurs grèves d’écoles leur servent à chaque instant. Nous aurons sans doute les nôtres et nous ne nous y comporterons pas comme eux : si nos jeunes gens n’emportent pas, comme leurs compatriotes protestants, l’indiscipline du temple à l’école, ils ne tarderaient pas à l’apporter de l’école à l’église.
« En somme, on peut dire que, pendant cet exercice, les circonstances n’ont pas favorisé notre tâche. Il n’en est que plus consolant de constater que le progrès dont nous nous félicitions l’an dernier s’est accentué. La population totale s’est accrue de 1.184 unités ; les baptêmes sont plus nombreux, les communions de dévotion dépassent deux cent mille avec un accroissement de trente mille.
« La principale cause de ces résultats consolants est l’entrée en campagne de cinq nouveaux prêtres indigènes. Vu le petit nombre des ouvriers apostoliques dans cette Mission, un tel apport est de suite sensible. Dieu merci, cette cause de progrès n’est pas sans lendemain : le Séminaire est au complet et les épreuves de tonte sorte qui s’y succèdent montrent bien qu’il est l’œuvre de Dieu.
« Les écoles du soir pour adultes des deux sexes sont l’autre élément de succès pour plusieurs districts. M. Cadars attribue à son école du soir, et au zèle avec lequel un des ses catéchistes s’y est donné, la moitié des baptêmes d’adultes de son district. L’école du soir de la cathédrale a continué à se développer et M. Vermorel, provicaire, a bénir dernièrement le nouveau local nécessité par l’accroissement du nombre des élèves. Des écoles du même genre existent chez M. Parthenay et dans la plupart des résidences des prêtres indigènes.
« C’est avec joie également que je lis dans les rapports l’effort fait dans beaucoup de stations pour établir les écoles modestes, mais bienfaisantes pour l’instruction religieuse, dont l’on comprend enfin la nécessité, depuis qu’il est devenu évident que les écoles reconnues ne pouvaient être que l’exception, et ne pourraient jamais recevoir qu’une infime minorité des enfants de chrétiens.
« De ces écoles reconnues, celle des filles de Taikou, précédemment simple section de l’école de la paroisse, a été érigée en école reconnue spéciale et l’inauguration officielle, selon toutes les règles des écoles du Gouvernement, s’est faite, sous la présidence de l’évêque avec l’assistance des Autorités. Celles-ci, et dans les discours prononcés à cette occasion, et dans toutes les circonstances où nous avons eu à recourir à elles, ont montré l’estime dans laquelle elles tiennent l’éducation donnée par les Religieuses.
« M. Mousset s’occupe spécialement de cette école, secondant ainsi très utilement le Père Provicaire. Quelques jours après cette inauguration, il partait en France. Il a été remplacé à la procure par M. Tourneux dont l’intérimat à Kasil a été fait par M. Deslandes. Notre jeune confrère a ainsi eu le moyen de faire son apprentissage de la vie de district sans en avoir l’entière responsabilité. »
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