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Rapport annuel des évêques

Année: 1970
Pays: Corée du Sud
Mission: CORÉE

RÉGION DE CORÉE


Situation politique intérieure


La dernière décennie a débuté par une révolte d’étudiants en avril 1960 et un coup d’Etat militaire en mai 1961, ce qui a apporté un grand changement dans la vie politique. Les forces vives des années 1950 ont, en effet, disparu pour laisser la place à une nouvelle élite politique, nettement plus jeune et de composition fort différente. En même temps, on a vu disparaître l’équilibre entre les forces de gouvernement et celles d’opposition, au point qu’on peut dire qu’il n’y a pratiquement plus de vie politique. Ce qui s’en suivit ne consiste pas dans une lutte équilibrée entre deux forces réelles qui se contrôlent mutuellement, mais dans la domination totale de l’une sur l’autre. D’ailleurs, le pouvoir législatif ne signifie plus grand chose, car seul l’exécutif a du poids.

Le problème commun aux pays en cours de développement est, sans doute, de se débarrasser du sous-développement économique d’une part, et, d’autre part, d’imaginer un style adapté de vie politique. La révolution estudiantine d’avril 1960 avait eu pour but de rejeter un pouvoir aussi autoritaire que corrompu et d’instaurer un régime réellement démocratique, ou plutôt de le restaurer. Mais la prise du pouvoir par les militaires au mois de mai 1961 a apporté un nouveau style de vie politique qui n’a pas encore montré quels fruits il est capable de porter, sauf en ce qui concerne le développement de l’économie et le maintien de l’ordre.

Un noyau de militaires

Le changement d’élite politique qui s’est opéré pendant la décennie a été une véritable révolution plus qu’un simple renouvellement. En effet, le gouvernement civil de l’actuelle troisième république est directement issu des militaires qui ont réussi le coup d’Etat du 16 mai 1961 et son noyau est évidemment constitué de ces anciens militaires de carrière récemment passés à la vie civile, tandis que d’autres ex-militaires ont obtenu une place de premier plan au parlement ou à la direction du parti gouvernemental.

Si l’on compare la composition des partis au pouvoir, d’abord le parti libéral au moment où la vie politique était la plus stable sous la première république, c’est-à-dire autour des années 1956-1958, puis le parti républicain depuis 1964, on se rend bien compte de la différence. L’élite du parti libéral était surtout composée d’ex-fonctionnaires qui, après avoir été éduqués au temps de l’occupation japonaise, avaient tenu des postes importants au moment de l’indépendance. Sur les 126 députés du parti siégeant à la quatrième législature à la suite des élections de mai 1958, il y avait 30 % de fonctionnaires, 43 % de semi-professionnels de la politique, 15 % d’hommes d’affaires, 5 % d’enseignants et 3 % d’anciens militaires. Mais la première législature de la troisième république (1963-1967) comprenait, pour 110 députés du parti gouvernemental (parti républicain) : 30 % de militaires à peine passés à la vie civile (afin de pouvoir se présenter aux élections), 27 % de politiciens semi-professionnels (anciens députés, conseillers généraux ou conseillers municipaux absorbés par le nouveau parti), 18 % d’enseignants, 11 % d’anciens fonctionnaires, etc… Parmi les 32 militaires élus à cette première législature, 22 sont encore aujourd’hui ou ministres, ou présidents de commissions parlementaires, ou membres de la haute direction du parti républicain. Ceci montre que le noyau de ce parti est composé de militaires qui ont en mains le pouvoir de direction et autour desquels gravitent des spécialistes de la politique, des intellectuels, quelques hommes d’affaires et quelques fonctionnaires.

Alors que, sous la première république (1948-1960), 89 députés de la troisième législature (1954-1958) s’étaient retrouvés au parlement pour la quatrième législature parmi un total de 205 députés, seulement 29 députés du parlement de la deuxième république (1960-1961) ont pu se faire élire en 1963 à la première législature de la troisième république, le parlement ne comptant plus que 175 députés. Il est vrai que la plupart des hommes en vue avaient été privés de leurs droits politiques pour bien des années, à la suite du coup d’Etat militaire. Quoi qu’il en soit, la composition du parlement (et surtout la composition du parti gouvernemental) de la troisième république montre bien que l’élite politique du passé a été quasiment exterminée pour laisser la place à une élite politique d’un tout nouveau genre.

L’âge moyen des députés du parti républicain arrivé au pouvoir sous la troisième république est de 44 ans et bat le record de la jeunesse. Ces jeunes députés ont donc tout juste reçu leur éducation du temps de l’occupation japonaise et n’ont commencé à avoir une activité dans la société qu’après l’indépendance proclamée en 1945. Ils ont par conséquent une expérience toute différente de celle des anciens politiciens. La moyenne d’âge des députés d’opposition est nettement plus élevée et n’a pas permis à ces derniers d’opérer les renouvellements indispensables. Par ailleurs, alors que, dans la première législature de la troisième république, 75 % des députés du parti gouvernemental issu de la révolution militaire, soit 82 sur 110, étaient de tout nouveaux venus dans la politique, 8 seulement des 43 députés d’opposition élus au suffrage direct (une partie des députés est élue au suffrage indirect, proportionnellement aux voix obtenues par les partis dans l’ensemble du pays) recevaient leur premier mandat. Les partis d’opposition n’ont su renouveler ni leurs cadres, ni leur personnel, ni leurs idées. Ces partis d’opposition sont de plus en plus inconsistants et, à l’intérieur du principal d’entre eux, on a vu s’opérer un cloisonnement de plus en plus solide, résultat de luttes d’influence entre des groupes que rien ne sépare et surtout pas l’idéologie.

Un nouveau style d’autorité et de gouvernement

Le lancement et la réussite d’un premier plan quinquennal (1962-1966), qui a été un premier stade de préparation à l’autonomie financière, le lancement d’un second plan quinquennal, la normalisation des relations avec le Japon, l’envoi de forces armées au Vietnam, la construction d’autoroutes et d’usines, la création d’une milice d’autodéfense, la modernisation de l’armée, en un mot le développement économique et le développement de moyens propres de défense nationale, tel a été le programme et aussi le succès du gouvernement issu du coup d’Etat militaire de mai 1961.

Ces résultats ont été obtenus à la suite de choix et de plans réalisés par une administration que le pouvoir ne cesse de stimuler depuis qu’une nouvelle figure de dirigeant politique est apparue. Libéré du contrôle politique et policier par la révolution des étudiants et la chute de Syngman Rhee en avril 1960, le peuple, et en particulier les intellectuels, se sont tous mis à s’occuper de politique, au point de gêner considérablement le gouvernement de la deuxième république de John Chang. Celui-ci, pieux catholique et éducateur professionnel, espoir des gens assoiffés de liberté, crut pouvoir instaurer dans une société corrompue un style de dirigeant politique ressemblant à un brave instituteur enseignant de non moins braves élèves ou à un bon pasteur conduisant ses bonnes brebis dans le cadre d’un gouvernement responsable devant le parlement. Il aurait sans doute vite succombé sous les coups de l’agitation populaire, téléguidée ou non par le Nord, s’il n’y avait eu le coup d’Etat militaire de mai 1961.

Concentrant entre leurs mains les trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, les militaires du « Conseil suprême de la reconstruction nationale », avec, à leur tête, le général Pak-jong-hi, ont pu choisir leur politique, adopter des plans à long terme, les appliquer au moment voulu sans grands risques et obtenir des résultats appréciables. Ayant une longue expérience de la vie militaire et du commandement, ils ont imaginé un type de dirigeant du genre « chef d’état-major » ; pensant que, dans un pays pauvre, le progrès ne sortait pas des parlottes, mais devait être voulu par une administration forte, ils ont imaginé une démocratie administrative dirigée et très centralisée qui ne puisse être inquiétée de si tôt. Les militaires passés à la vie civile sont restés au pouvoir et n’ont pas changé de convictions : pour que la « politique » ne puisse pas retarder le développement, elle est étouffée par l’administration. Celle-ci, en accordant la priorité à l’organisation du développement économique, considéré comme le seul chemin par où passe la modernisation du pays et la possibilité de sa réunification, n’a cessé d’enivrer le peuple de slogans, tels que : « Indépendance financière et autodéfense ! » Production, exportation, construction ! « Construisons en combattant ! », « Etablissons une société qui a éliminé la pauvreté !?, « Laissons un héritage à nos descendants ! » Comme elle avait des réussites évidentes à son actif, cette administration a trouvé des sympathies parmi le peuple.

La nécessité d’aller vite de l’avant a demandé au gouvernement qu’il vainque les difficultés politiques ou sociales qui devaient normalement surgir. Dans une large mesure, le gouvernement a travaillé en isolé, évitant ou refusant le contrôle des partis ou du parlement, n’accordant pas de pouvoirs aux collectivités locales.

Dans les vieux pays démocratiques, le rôle du gouvernement semble bien devenir de plus en plus important et celui du parlement et des collectivités locales plus effacé. En Corée du Sud, le président et les secrétariats de la présidence dirigent le gouvernement et le parti gouvernemental, au point qu’on parle de « parlement-esclave ».

Recul de la politique

La domination totale du pouvoir a été récemment illustrée par deux faits : d’abord, l’adoption d’un projet de référendum (concernant l’amendement d’un article de la Constitution, afin de permettre au président de la République de solliciter des électeurs un troisième mandat) par les seuls députés du parti républicain réunis à huis clos, la nuit, dans une dépendance de l’Assemblée nationale, à l’insu des députés d’opposition, le 14 septembre 1969 ; puis le référendum du 17 octobre 1969, présenté comme un véritable plébiscite et qui a recueilli 65 % de votes favorables.

Au parlement, le parti gouvernemental accepte volontiers de jouer le rôle de docile serviteur du pouvoir, ne craint pas de commettre des irrégularités, tandis que le parti d’opposition refuse souvent de se présenter à la Chambre. Les deux partis ont, tant l’un que l’autre, beaucoup fait pour s’ignorer. Ils se confrontent tout de même quelquefois : le vote du budget, bien sûr, mais aussi le vote de projets de lois bien insignifiants ont souvent été l’occasion de luttes violentes avec occupation de la tribune, coups et blessures...
Le déséquilibre des forces politiques est devenu de plus en plus évident. Sous la première (1948-1960) et sous la deuxième (1960-1961) république, la proportion des députés du parti gouvernemental a varié entre 56 et 53 % suivant les législatures, la proportion des députés d’opposition étant de 44 à 47 %. Sous la troisième république, cette proportion est passée, pour le parti gouvernemental, à 63 % pour la première législature (1963-1967) et à 73,8 % pour la seconde législature (1967-1971), l’opposition ne recueillant que 37 %, puis 26 % des députés. Il est vrai que la loi électorale favorise le parti gouvernemental, dont le pourcentage de députés est plus fort que le pourcentage de voix qu’ils ont obtenues. Si l’on compare les résultats des élections présidentielles de 1963 et de 1967 et le référendum d’octobre 1969, on voit la proportion des suffrages exprimés en faveur du gouvernement passer de 50,8 % à 55,7% et enfin à 67,5 %, la proportion de suffrages exprimés en faveur de l’opposition descendant de 49,2 % à 44,3 % et enfin à 32,5 %. Plus le temps passe, et plus le parti gouvernemental grossit, tandis que l’opposition devient inconsistante. Du temps de la première république, sur 100 candidats aux élections législatives qui avaient reçu l’investiture du parti au pouvoir, la moyenne des élus tournait autour de 54. Mais, aux dernières élections législatives de juin 1967, la moyenne de députés élus par rapport aux candidats investis par le parti gouvernemental a dépassé les 75 %, les chiffres réels étant de 129 élus sur 169 candidats présentés par ce parti. Sauf dans certaines grandes villes, le candidat qui a réussi à obtenir l’investiture du parti est, en fait, quasiment assuré d’être élu. Chaque élection ressemble pratiquement à un plébiscite, à l’occasion duquel le pouvoir ne manque pas de faire sentir sa puissance et de diriger discrètement les électeurs dans le bon sens. Les échecs répétés des partis d’opposition — et aussi leurs dissensions internes, leur manque d’hommes de valeur, la pauvreté de leur programme — conduisent le peuple à se désintéresser de la politique. Sans doute y a-t-il eu des mouvements d’opinion opposés aux termes du traité de réconciliation avec le Japon ou à l’amendement de la Constitution, mais la loi martiale ou l’état de siège en sont vite venus à bout.

Il n’y a aucune probabilité de changements dans un proche avenir. La possibilité accordée au président de la République par le référendum d’octobre 1969 de se présenter aux électeurs pour leur demander un troisième mandat en 1971 équivaut à l’extrême probabilité de sa réélection. La tension politique qui règne en Extrême-Orient, les problèmes causés par la sécurité, l’impérieuse nécessité de travailler au développement de l’économie demandent le maintien d’un gouvernement fort à l’intérieur de la Corée.
Malgré quelques contradictions nées de son importance exagérée et quelques dissensions internes, le parti au pouvoir peut continuer à vivre dans le cadre très simple d’ordres émanant des cadres supérieurs et d’obéissance indiscutée à ces ordres. S’ils savent trouver des hommes nouveaux capables d’établir un programme intéressant, les partis d’opposition l’obligeront peut-être à sortir de son conformisme (1).
Mais la société est en train de changer, profondément et rapidement. Le progrès étant très réel en matière économique, le peuple jouit de plus de ressources et devrait en jouit de plus en plus ; on peut s’attendre à ce qu’il fasse preuve de plus en plus d’exigences en matière de politique intérieure ou de politique sociale.
En tout cas, pour ce qui est de la dernière décennie, la ligne qui sépare, d’un côté, le maintien de la sécurité de l’Etat, la réalisation de deux plans quinquennaux et de plans orgueilleux d’exportations, la construction d’usines ou d’autoroutes et, de l’autre côté, le silence imposé à l’opinion, la misère des exploités…, est aussi la ligne qui sépare les lumières et les ombres du tableau. Puisse cette ligne se déplacer pendant les années 70 et laisser plus de place aux lumières !

___________
(1) Les catholiques de Corée s’enorgueillissent parfois de compter parmi eux :
— 7 députés du parti gouvernemental (dont le président de la Chambre) ;
— 9 députés du parti d’opposition, l’un d’entre eux a même été désigné par son parti pour être candidat à la présidence de la République aux élections de 1971 ;
— 4 ministres ou secrétaires d’Etat ;
— 3 secrétaires généraux à la présidence de la République.


Relations extérieures


S’il est vrai que l’accroissement de la puissance nationale se manifeste aussi par l’accroissement des relations extérieures, l’activité diplomatique déployée par la Corée du Sud pendant les années 60 montre qu’elle a atteint l’âge adulte.

Jouissant à l’intérieur d’un gouvernement fort, mais subissant aussi une menace constante de la part de la Corée du Nord, la Corée du Sud a vu l’aspect de la société internationale se modifier par l’accession à l’indépendance d’une fouie de jeunes républiques et a profité du maintien de la co-existence pacifique entre le bloc occidental et le bloc communiste pour faire évoluer profondément ses relations avec l’extérieur.

Dans les années 50, la Corée, parce qu’elle dépendait beaucoup des USA, n’avait guère eu de liberté de manœuvre et n’avait pu faire preuve de beaucoup de personnalité. Mais elle a pris un tournant dans les années 60 et s’est plongée dans les mécanismes de la société internationale pour tenter de se faire reconnaître comme un grand pays. Cela se voit déjà : les bureaux et sections du ministère des Affaires étrangères ont doublé entre 1961 et 1969, tandis que dans le même laps de temps le budget du même ministère passait de 3 millions à 11 millions de dollars US.

La Corée du Sud entretient actuellement des relations diplomatiques ou consulaires avec 99 pays, mais 75 % de ces relations ont été établies durant la dernière décennie. C’est ainsi que les ambassades avec ambassadeur permanent sont passées de 10 à 31, les ambassades sans ambassadeur résidant en permanence de 3 à 46, les chargés d’affaires de légation de 3 à 4, les consulats généraux de 6 à 17, tandis que les ambassades avec ambassadeur permanent en Corée sont passées de 11 à 18, et les ambassades avec ambassadeur non résident de 3 à 30.

On ne saurait compter le nombre de traités ou de conventions qui ont été passés entre la Corée et divers pays au cours des dernières années, ni les visites officielles faites à l’étranger par les hautes autorités du pays ou les visites officielles faites à la Corée par de hautes autorités étrangères.

Parmi les problèmes épineux qui ont pu être réglés, il faut signaler la normalisation des relations avec le Japon au mois de juin 1965, après de longs débats (7 réunions au sommet et 70 réunions de commissions). Ce tournant historique est intervenu après de longues années de politique officielle anti japonaise et a apporté à la Corée de nouveaux moyens de développement et de prospérité, grâce aux réparations accordées par le Japon et aux investissements qu’il fait dans le pays.

Un autre point épineux a été réglé par une convention avec les Etats-Unis au mois de juillet 1966. Il s’agit du « statut des forces armées américaines ». Celles-ci constituent le seul vestige important des troupes envoyées en Corée par les Nations Unies en 1950. Selon cette convention, les délits commis en Corée par les militaires américains sont passibles de la justice coréenne. Cet accord a abouti après quatorze ans de tractations et montre que la Corée a acquis une certaine liberté de manœuvre par rapport aux USA. A vrai dire, cet accord risque de devenir bientôt sans objet, puisqu’il est fortement question du retrait des troupes américaines depuis un an : ce retrait serait déjà commencé et serait achevé avant la fin de 1972, sous la condition d’une aide assez appréciable pour la modernisation de l’armement de l’armée coréenne. Depuis le début de l’année 1970, on a pu assister à une avalanche d’informations contradictoires du genre : « le retrait des troupes US est envisagé », « il n’est pas du tout question du départ des troupes US », « un retrait partiel a déjà été effectué », « le gouvernement n’a jamais eu connaissance de l’éventualité même du retrait », etc. . . Quoi qu’il en soit, le retrait des troupes américaines est certainement commencé et la Corée voit disparaître peu à peu un appoint à son armée, une force de dissuasion à l’égard du Nord, une source de revenus appréciables, ces militaires ayant l’habitude de dépenser pas mal de dollars et de fournir du travail à bien des gens.

La politique de « désaméricanisation » du président Nixon donne un renouveau d’intérêt à un système régional de sécurité. Il a vu le jour en juin 1966, lors de l’établissement à Séoul du comité Asie-Pacifique (ASPAC) qui groupe neuf pays d’Asie orientale ou d’Océanie. Comme les Etats-Unis vont sans doute quitter une grande partie de leurs bases établies dans les pays riverains du Pacifique occidental, la Corée compte beaucoup sur cet organisme pour le maintien de l’ordre et de la stabilité en Extrême-Orient.

Depuis vingt ans, le problème coréen est revenu automatiquement au programme de l’Assemblée générale des Nations Unies, mais la répétition annuelle des mêmes discours n’a d’autre effet que de créer un sentiment de lassitude et d’apathie. Ce n’est sans doute pas de l’ONU qu’il faut attendre la réunification de la Corée, mais l’Assemblée générale reste pour la Corée un lieu privilégié pour obtenir le soutien moral officiel des pays alliés ou « non-alignés » ; cet appui est toujours intéressant, alors que le Nord ne diminue pas la pression qu’il exerce sur le Sud par l’action subversive et la préparation de la guerre. Afin d’obtenir leur soutien public à l’Assemblée générale des Nations Unies, la Corée du Sud ne ménage pas ses efforts et cherche par tous les moyens à créer et à renforcer des liens avec les nouvelles nations africaines ; elle y envoie en moyenne trois ou quatre missions d’amitié chaque année, elle invite des personnalités de premier plan à faire une visite en Corée ; suivant d’une façon plutôt élastique la doctrine Hallstein, elle y augmente le nombre de ses missions officielles, même si le Nord y est aussi représenté et, à défaut de pouvoir leur accorder autre chose, y envoie, par exemple en Côte-d’Ivoire et dans onze autres pays, des missions médicales.

Malgré la multitude d’efforts effectués en diverses directions par la diplomatie coréenne durant les années 60, il lui reste encore bien des problèmes à résoudre. En raison des provocations constantes de la Corée du Nord, le principal de ces problèmes est évidemment celui de la sécurité. Pour contenir les provocations nordistes, pour établir avec les pays voisins un système de sécurité régionale, pour faire mûrir le problème de la réunification, pour aussi pouvoir moderniser son armée et maintenir l’équilibre des forces, en un mot. pour résoudre les problèmes posés par la sécurité et pour maintenir l’indépendance nationale, la diplomatie coréenne ne peut se permettre de rester inactive.


Problèmes sociaux

L’important développement économique réalisé en Corée du Sud n’a pas apporté de solution aux problèmes sociaux, mais les a aggravés peut-être. Sans vouloir examiner tous ceux qui se posent, il serait peut-être intéressant de parler de quelques-uns : population et famille, urbanisation, travail et enfin moralité publique.

Population et famille

Pour une superficie légèrement inférieure à 18 % de celle de la France, soit 98477 km2, la Corée du Sud avait en 1960 autour de 25 millions d’habitants ; ce chiffre est passé à 28650000 en 1965 et atteindrait 31140000 en 1969. Selon les estimations officielles, la population sera de 37350000 en 1975 et de 42700000 en 1980. Si la réunification du pays se faisait, la Corée aurait en 1980 une population totale de plus de 60 millions d’habitants, pour une superficie de 220000 km2. Il faut se rappeler que la Corée n’a que fort peu de richesses naturelles et que, en raison de la rareté des terres cultivables notamment, la production agricole reste nettement insuffisante. L’allongement de la durée moyenne de la vie humaine, passée de 46 ans en 1945 à 52 ans en 1960 et à plus de 63 ans en 1970, en raison du progrès de la médecine et de l’hygiène et en raison d’un abaissement extraordinaire de la mortalité infantile, est la principale cause de l’augmentation de la population. La population ne profite donc pas beaucoup du progrès économique et les chiffres prouvent que, tandis que le revenu national brut augmentait de 50 %, le revenu par individu n’augmentait en moyenne que de 31%. C’est pourquoi le gouvernement pratique, depuis bientôt dix ans, une active politique en faveur de la limitation des naissances, qui a déjà commencé à produire des résultats évidents, faciles à constater lorsqu’on établit une pyramide des âges ou qu’on regarde la constitution des familles relativement jeunes.

Non content d’avoir fait du « planning familial » l’une des orientations de sa politique et de dépenser pour cela près de 2 millions de dollars US par an, le ministère de la Santé et des Affaires sociales a, en mai 1970, établi un projet de loi en vingt articles, concernant, dit le titre, la santé des mamans et des enfants. Certains articles favorisent réellement la santé des mamans et des enfants, d’autres donnent un fondement légal à l’action en faveur de la limitation des naissances, tandis que d’autres parlent de l’avortement, dont ils fixent les limites dans lesquelles la pratique en sera autorisée. Selon la loi en vigueur jusqu’à présent, l’avortement est interdit et punissable, mais cette loi est devenue lettre morte depuis longtemps et on peut voir dans tous les quotidiens et hebdomadaires des réclames pour les maisons qui pratiquent l’avortement. Bien qu’illégal, l’avortement est en réalité pratiqué largement et au grand jour et donc toléré ; il est probable que désormais il pourra être pratiqué légalement.

Selon ce projet de loi, l’avortement sera autorisé (sinon conseillé) :
— dans le cas où la maman ou ses ascendants sont victimes de troubles mentaux ou de maladies pouvant se transmettre par hérédité ;
— dans le cas où, selon les règlements sanitaires, la maladie de la maman exige son isolation ;
— dans le cas où, en raison d’empêchements légaux, le mariage d’une femme déjà enceinte se révèle impossible, pourvu que la femme et son complice se mettent d’accord pour provoquer l’avortement ;
— dans le cas où une grossesse a suivi un viol ou un « quasi-viol » ;
— dans le cas où les conditions économiques, physiques ou mentales de la femme sont dangereuses pour sa santé.

Ce projet de loi, ou plutôt un projet similaire, avait déjà été élaboré et présenté par le ministère en 1967, mais avait été mis en veilleuse (après avoir rencontré de l’opposition de divers côtés), principalement par suite du manque de crédits qui auraient permis d’établir des installations utiles ou nécessaires pour favoriser réellement la santé des mamans et des enfants. Le nouveau projet a recueilli des réactions plus mitigées. Il semble qu’une majorité l’approuve ; d’autres, tout en comprenant que le ministère prenne, dans le but de limiter les naissances, des dispositions en faveur de la non-conception, craignent que la légitimation de l’avortement ne soit qu’un moyen déguisé de favoriser la limitation des naissances, sous couvert de « protéger la santé de la mère mise en danger par des facteurs économiques » ; ils craignent que cette légitimation ne conduise à de graves désordres, en particulier dans un pays de bas niveau culturel et moral, et pensent que, puisque la loi en vigueur est devenue lettre morte, il eût suffi de supprimer purement et simplement l’article qui interdit et punit l’avortement. L’Association des Religions, dont font partie huit des principales religions du pays, a publié un communiqué qui exprime son opposition à la légitimation de l’avortement et demande le retrait pur et simple du projet de loi.

Il est à noter que, selon un sondage effectué en 1968, non seulement 84,5 % des gens interrogés seraient en faveur de la contraception, mais que 27 % des citadines et 10 % des rurales se sont fait avorter au moins une fois (un autre sondage effectué en 1969 parle de 45% des citadines...) parmi lesquelles 65 % n’auraient aucun sentiment de culpabilité. Selon un sondage fait dans un secteur rural par une association de médecins catholiques d’une grande ville de Corée, 17 % des femmes capables de grossesse se sont fait avorter au moins une fois, la moyenne des femmes catholiques étant un peu supérieure et atteignent 20 % ; la supériorité de cette moyenne chez les femmes catholiques serait due à la faillite des « procédés » autorisés par l’Eglise... Cette association de médecins catholiques pense que, même s’il est adopté, le projet du ministère de la Santé et des Affaires sociales n’aura pas de conséquences graves, du fait que les femmes qui veulent se faire avorter peuvent déjà le faire quand elles le veulent et où elles le veulent, sans craindre d’être inquiétées par une loi tombée en désuétude et que personne ne songe plus à faire appliquer ; cette association de médecins catholiques pense que le problème est ailleurs.

Urbanisation

Le phénomène mondial de l’urbanisation rapide atteint aussi la Corée et les villes principales, en particulier Séoul, ne cessent de grossir très rapidement. Le gouvernement essaie bien de faire quelque chose pour mieux répartir la population, continuer le développement économique, résoudre quelques problèmes sociaux, limiter la concentration de la population en quelques points, et à Séoul en particulier.

La raison profonde de la concentration de la population dans quelques grandes villes et surtout à Séoul est, sans doute, que tout ce qui peut concerner la vie politique, économique, sociale, intellectuelle, culturelle, s’y trouve exagérément rassemblé. Non seulement la population du pays augmente de l’ordre de 2,8 % par an en raison d’un taux de natalité encore fort et de l’abaissement du taux de la mortalité, et c’est déjà un problème pour assurer un équilibre convenable à l’échelon de tout le pays, mais encore 70 % des industries et 76 % des universités et des écoles cotées sont rassemblées à Séoul où l’on va tout naturellement chercher du travail ou de l’instruction. D’autre part, l’excès de la population paysanne, dont 40 % environ ne cultivent que de minuscules lopins de terre (et pourtant, aux moments de presse que sont les époques du repiquage du riz et de la moisson, il se faisait déjà sentir une certaine pénurie de main-d’œuvre, car la culture n’est pas mécanisée ; mais, en dehors de ces périodes, il y a beaucoup de chômage à la campagne. ..) permet de libérer une grande quantité de personnes en âge de travailler qui, tout naturellement, s’en vont chercher fortune en ville. De plus, l’espoir de recevoir en ville des salaires doubles ou triples de ceux que l’on recevrait à la campagne (à supposer qu’on y trouve du travail à plein temps) n’a pas fini de favoriser l’exode rural. C’est ainsi qu’une bonne partie des fils cadets de familles paysannes et même de fils aînés, surtout s’ils ont un peu étudié et sont entreprenants, ont une forte tendance à quitter la campagne pour aller s’établir en ville.

Le gouvernement s’emploie à décentraliser l’enseignement et l’industrie et aussi, d’une certaine façon, l’administration. Ainsi, il fait son possible pour réduire la différence de niveau entre les écoles des campagnes et des petites villes d’une part et, d’autre part, celles des grandes villes ; il favorise l’établissement d’usines dans les endroits éloignés et se propose pour cela de diminuer les impôts aux industriels qui acceptent de s’exiler en province. Pour tenter d’enrayer la « mégalopolisation » effrénée de Séoul, le gouvernement favorise le développement de quelques grosses métropoles régionales, comme Pusan, Taegu, Taejon, de grandes villes provinciales ou de villes-satellites dans un rayon de 50 km autour de Séoul. Cela n’empêche pas la population de se déplacer en particulier vers Séoul où l’augmentation annuelle de la population est, depuis plusieurs années, de l’ordre de 8 à 10 % (2 % par excédent des naissances, le reste par excédent de l’immigration sur l’émigration). Cela ne va pas sans poser de graves problèmes.

De grands travaux d’urbanisme sont accomplis à Séoul et dans les autres grandes villes, mais ce qui est fait n’est que peu de chose en face de ce qui reste à faire. Dans une ville comme Séoul, où 120000 ménages sont venus en 1969 grossir la population, le problème du logement, par exemple, est un problème très grave : selon une estimation de la municipalité, moins de la moitié des familles ont un logement convenable, tandis que le reste ou bien se contente d’une minuscule chambre louée chez des gens relativement bien installés, ou bien vit dans d’affreux bidonvilles (qu’on appelle ici des « planche-villages »). En 1969, 58000 nouveaux logements auraient été construits, résultat appréciable par rapport à ce qui existe, mais insignifiant par rapport aux besoins : la municipalité estime qu’il est nécessaire de construire 1200000 logements dans les dix années à venir. Pour libérer les terrains où sont implantés (plus ou moins illégalement souvent) les « planche-villages », afin de les assainir en y perçant des avenues et en y construisant d’importants buildings, la municipalité se voit parfois dans l’obligation d’en chasser les occupants avec le secours de la police ; sans doute, lui arrive-t-il de leur offrir des possibilités de relogement, mais généralement à des prix qui dépassent leurs moyens modestes et alors, le cycle recommence. Il faut tout de même dire que, pour beaucoup de gens, le logement n’est pas encore un problème d’une telle importance qu’il faille lui accorder une grande attention…

Un autre problème important est celui de l’eau potable. Selon des chiffres officiels, il existerait un système d’alimentation en eau potable dans 110 localités, ce qui permettrait à 29% de la population d’en profiter. Mais, dans certaines grandes villes, près de 50 % de l’eau produite s’enfuirait des canalisations ; alors qu’il faudrait refaire celles-ci tous les quinze ans, plus d’un dixième aurait plus de soixante ans d’âge. A Séoul, un tiers de l’eau produite serait perdue en raison de la vétusté des canalisations, ce qui oblige à de fréquentes coupures, même en période normale, ce qui est cause de catastrophe en période de pénurie ; à commencer par Séoul, où un cinquième ou un quart de la population doit se contenter de puits à l’eau plus ou moins douteuse, bien des gens n’ont à leur disposition que de l’eau de mauvaise qualité. (Ils restent cependant persuadés que leur eau est la meilleure du monde et expliquent volontiers que, si on boit tant de vin en certains pays, c’est que l’eau y est si mauvaise. Il est vrai que, dans ces pays où on boit tant de vin, l’eau se vend en bouteilles, mais cela n’est pas encore de notoriété publique ici…)

Problèmes du travail

Sur une population estimée à un peu plus de 31 millions d’habitants, 17700000 ont plus de 14 ans. Parmi ces derniers, 9400000 personnes sont considérées comme capables d’activité économique et près de 94 % d’entre elles, soit plus de 8800000 personnes, auraient un emploi. L’un au moins de ces deux chiffres paraît tout à fait contestable. Si l’on admet comme exact le chiffre de 8800000 personnes exerçant une activité professionnelle, il apparaît que près de 46 % sont employées dans la culture ou la pêche (un peu plus de 4 millions), 16 % dans les mines et l’industrie (1430000) et près de 38 % dans les services divers (3340000).

Le développement économique ne touche guère les cultivateurs ; en ville, mis à part les privilégiés, ce sont apparemment les classes laborieuses qui en font les frais, car ce progrès n’apparaît ni dans les salaires, ni dans les conditions de travail.

Une enquête récente, faite auprès de 660000 personnes dans 7800 entreprises, révèle que près du tiers des travailleurs a, ou a eu, des problèmes de santé, et on relève 95000 personnes (une sur 7) qui ont été victimes d’accidents du travail, 85000 personnes atteintes de maladies spécifiques du travail, 34000 personnes atteintes plus ou moins sérieusement de tuberculose. Cela pose sans doute des problèmes de rentabilité, mais plus encore des problèmes humains très sérieux. La responsabilité en revient avant tout aux chefs d’entreprises qui ne se posent pas beaucoup de problèmes de conscience pour préserver la santé de leurs employés, ni pour leur assurer des conditions convenables. Sans doute, existe-t-il des lois, mais bien rares sont ceux qui s’en préoccupent, et le problème de la santé des travailleurs risque fort d’aller en s’aggravant avec le progrès de l’industrialisation. Mis à part les cas de roulement du personnel en trois séries de 8 heures (et dans ce cas, les salaires mensuels sont très bas en général), une journée normale de travail est une journée de 12 à 15 heures.

Pour citer des exemples, un chauffeur d’autobus urbain travaille généralement 16 à 18 heures par jour, deux à trois jours de rang, après quoi il a droit à un jour de repos, ou même à deux jours si son patron est accommodant. Il va sans dire qu’il est payé à la journée et qu’il n’est donc pas payé le jour où il ne travaille pas, mais les salaires peuvent être considérés comme bons, sauf si on tient compte des conditions de travail. Quant aux receveuses (des jeunes filles de 16-20 ans pour la plupart), elles travaillent aussi de 16 à 18 heures par jour, avec un jour de repos (non payé) sur trois, pour un salaire officiel de 20 à 30 dollars US par mois : comme elles vivent nécessairement en « pensionnats » appartenant aux compagnies, elles reversent à la compagnie la majeure partie de cette somme pour prix de leur pension. Dans les autobus du service urbain, le voyageur paie en espèces et la receveuse peut essayer d’en empocher une partie pour se faire de la « compensation occulte ». Le système de billets a été abandonné parce que, dit-on, les fabricants de faux billets faisaient de trop bonnes affaires aux dépens des compagnies de transport. Dans les autobus interurbains, le système de billets reste en vigueur et les billets se prennent normalement avant la montée, mais aussi, bien souvent, après être monté dans l’autobus. Dans ce dernier cas, si le voyageur accepte la complicité tacite, la receveuse encaisse l’argent sans délivrer de billet, ce qui lui permet d’empocher quelque chose et d’améliorer ses fins de mois. Les receveuses sont normalement soumises à la fouille à la fin de leur journée de travail. Si elles n’ont pas été assez malignes pour inventer un réseau de complicités afin de n’être pas prises en défaut, elles n’ont plus qu’à verser une partie de leur bénéfices (?) à la surveillante chargée de la fouille afin qu’elle ferme les yeux. On dit que la somme à verser à la surveillante est de 15 à 20 $ par mois ; ce versement permet à chaque receveuse de se faire un supplément de 20 à 30 $ par mois, autrement dit un second salaire, et aussi à la surveillante un « bonus » mensuel de 300 à 400$. Ce « système » ne satisfait évidemment personne : chauffeurs et receveuses réclament l’abaissement des heures de travail à 9 heures par jour et un jour de repos hebdomadaire, (les receveuses réclament en plus une surface de 2 m2 par personne dans les dortoirs où elles sont obligées de passer leurs nuits) ; mais les compagnies ne sont pas disposées à leur donner satisfaction, et il n’est pas question pour les employés de se mettre en grève, car ils seraient vite licenciés et n’auraient aucune assurance de trouver du travail ailleurs.

Les seuls employés qui puissent se mettre en grève et en tirer quelque profit, ce sont les infirmières des hôpitaux : elles savent que, pour le moment, personne n’est capable de prendre leur place et elles en profitent de temps en temps pour faire valoir leurs droits. Les autres travailleurs, parce qu’ils risquent trop de perdre une place d’autant plus précieuse qu’ils ont payé pour l’obtenir, ne cherchent pas trop à faire valoir les droits qui, selon la loi, pourraient être les leurs. Il existe bien des syndicats de mineurs, d’employés de chemins de fer, du textile, des transporteurs, etc., au total, 17 branches réunies en une confédération nationale ; ils ne représentent que dix pour cent environ des travailleurs (encore ce chiffre est-il probablement exagéré) et leurs dirigeants ont l’air de préférer, — ou d’être bien obligés — de rester bien tranquilles pour le moment, pour de fort « bonnes raisons » qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’amélioration des conditions de travail.

Moralité publique

Devant la disparition progressive de la morale confucianiste qui exigeait la soumission à un ordre établi et le conformisme, la société coréenne se trouve en face d’un grand vide. Le déséquilibre apporté par une mutation rapide se traduit par la recherche de l’argent roi, l’augmentation de la violence (meurtres, vols à main armée), des désordres de la vie affective, des dérèglements psychiques...

Un problème assez nouveau est celui de la drogue. Sans doute, les Coréens ont-ils de tout temps cultivé l’opium plus ou moins en cachette, ou bien ils en ont importé en fraude de l’étranger et il y a toujours eu des opiomanes. Mais, depuis quelque temps, on parle beaucoup plus des problèmes soulevés par la drogue. Celle-ci a particulièrement été recherchée par les militaires américains en garnison en Corée et, comme les produits de bonne qualité, si on peut ainsi parler, n’étaient pas très faciles à trouver, ils se sont rabattus sur le chanvre coréen. Ce chanvre coréen, très facile à obtenir et de prix peu élevé, a rencontré un succès d’autant plus grand chez les militaires américains et leurs petites amies coréennes que la mode était ailleurs, au LSD ou à la marijuana, et qu’il est bon marché. On dit que dans les bars à l’usage des GI, il y avait plus de gens ivres de « happy smoke » que d’alcool et que bon nombre d’étudiants et de fils de « gens bien » y ont aussi trouvé leur plaisir. Le « happy smoke » se présenterait sous forme de cigarettes dans lesquelles, au tabac tout à fait régulier, a été ajoutée une certaine quantité de poudre de chanvre. Il parait que le paquet de ces cigarettes dopées coûterait de trois à six fois le prix normal d’un paquet de cigarettes, le prix variant suivant la dose, et que le commerce se fait en gros. C’est d’autant plus facile que si le chanvre indien et trente autres espèces de stupéfiants tombent sous le coup de la loi, ce n’est pas le cas du chanvre coréen. Sans doute, celui-ci n’est-il pas très actif, mais on peut dire que, pour le moment, la Corée est un vrai paradis pour ceux qui cherchent à se droguer : on peut obtenir du chanvre autant qu’on le désire à la campagne, car on en tire aussi une fibre textile, il est bon marché, il n’y a pas de loi qui en prohibe l’usage... Aussi a-t-il fait des ravages, mais les autorités sont sur le point de prendre des mesures légales pour en faire cesser l’usage.

D’autres problèmes sont loin d’être nouveaux, mais semblent plus importants qu’ils n’étaient dans un passé récent.

Pour ce qui est du service militaire, par exemple, le nombre de ceux qui récemment ont plus ou moins réussi à l’éviter a beaucoup augmenté (1). Selon le ministère de la Défense nationale, parmi les 370000 et quelques fonctionnaires du pays, environ 16000 hommes jeunes auraient réussi soit à éviter le conseil de révision ou l’entrée au service militaire, soit à se faire réformer ou ajourner. Pour cela, la condition nécessaire et suffisante est de glisser la pièce (de l’ordre de 200 à 300 dollars US) à une personne suffisamment complaisante et compétente qui travaille au bureau de recrutement militaire ou au bureau de l’état civil. De temps en temps, des médecins militaires, des officiers généraux ou des fonctionnaires civils sont inculpés. Nombreux sont par ailleurs ceux qui, ayant obtenu un passeport et une autorisation de sortie du pays valable pour quelques mois, ne s’empressent pas du tout de revenir satisfaire à leurs obligations militaires, en particulier les fils de députés, de directeurs d’entreprises nationalisées, d’anciens ministres et d’autres personnages bien connus. Par l’intermédiaire de ses représentants officiels à l’étranger, le gouvernement essaie bien de faire revenir ces « mauvais citoyens » mais, n’y réussissant guère, il menace de punir les parents d’amendes allant jusqu’à l’équivalent de 3000 dollars US, essaie de les couvrir de honte en publiant leurs noms dans les journaux et, s’ils sont fonctionnaires, les démet quelquefois de leurs fonctions.

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(1) Cela avait été une grande plaie dans le passé, mais elle avait tout de même bien diminué en intensité entre temps.


Malgré la modernisation du pays et la nécessité de l’usage des techniques, la conscience professionnelle n’est guère en progrès. Pour parler seulement des travaux publics, mis à part 28 gros buildings à usage d’habitation construits par des groupes privés, les 669 édifices récemment construits par les pouvoirs publics seraient loin de répondre aux normes de construction. En avril 1970, l’un de ces buildings s’est effondré, parce que seulement 60 % du fer nécessaire avait été utilisé : il y eut 34 morts et 40 blessés et il a vite fallu démolir les trois buildings voisins. On voit aussi s’écraser des piles de ponts, s’effondrer des tabliers de ponts ou des passages souterrains. Quant aux autoroutes, celle de Séoul à Pusan (430 km), à peine terminée, est en permanence en réparation et la chaussée de celle de Séoul à Inchon (30 km) à dû être refaite à 11 % dans les trois mois qui ont suivi la fin des travaux. Il est vrai que le manque de conscience professionnelle n’est pas la seule raison de ces déficiences, mais aussi le calcul trop juste du prix de revient et surtout la hausse des prix, ce qui oblige les entrepreneurs à saboter le travail pour ne pas travailler à perte ou trop diminuer leurs bénéfices.

Malgré toutes les bonnes proclamations, la corruption reste pratiquée du bas au sommet de l’échelle sociale et ne semble pas en voie de disparition. A la fin de 1969, le ministère de l’Intérieur a déclaré avoir puni plus de 1800 fonctionnaires indélicats pendant l’année, soit le double de l’année précédente. Pendant les cinq premiers mois de 1970, plus de 3000 policiers ont été convaincus de corruption. Pour citer quelques cas concrets : 20 personnes ont payé l’équivalent de 150 dollars US chacune afin de pouvoir trouver un emploi chez les pompiers ; 20 % des recettes de redevances de la télévision ont été empochés par les agents de perception après s’être entendus avec les maires de quartier pour diminuer le chiffre officiel du nombre des usagers de la TV ; des fonctionnaires d’une gare importante truquent des dossiers et mettent de côté dix mille billets de chemin de fer (d’une valeur de 3,50 $ chacun) qu’ils vendent pour leur profit personnel : au moment où ils se font pincer, ils avalent écoulés 1800 de ces billets en l’espace d’un mois ; des fonctionnaires de rang élevé, chargés de liquider des terrains appartenant à l’Etat, s’arrangent avec les futurs acheteurs pour truquer les enchères et partagent avec les acheteurs des bénéfices très considérables ; profitant de complicités, un fonctionnaire s’attribue la majeure partie des indemnités qui devaient être versées aux victimes de l’effondrement d’un building ; un policier démissionnaire révèle que, pour garder son emploi, il devait verser l’équivalent de 30 à 120 dollars US par mois à ses supérieurs et que, pour trouver cet argent, il recevait chaque mois environ 30 $ de six compagnies d’autobus à la condition de fermer les yeux sur les irrégularités que pourraient commettre les chauffeurs ou les compagnies elles-mêmes... On n’en finirait pas de citer des cas analogues et on peut se demander s’il existe quelque chose de bien régulier dans les mécanismes de la société.


Problèmes d’éducation

Les institutions éducatives comme le nombre de leurs élèves n’ont cessé d’augmenter au point qu’on peut dire que le progrès est tout à fait spectaculaire, mais les autorités n’ont pas pu accorder suffisamment d’attention à la qualité de l’enseignement. Les problèmes de quantité et de qualité n’ont pas manqué d’être la source de bien des difficultés. Les autorités ont bien essayé d’y trouver des solutions et n’ont pas ménagé les efforts, mais les divers ministres de l’Education nationale se sont vite usés devant l’ampleur de la tâche et leur « vie ministérielle » a généralement été très brève : neuf mois en moyenne, à l’intérieur d’un gouvernement bien stable par ailleurs.

Enseignement primaire

A la suite de l’indépendance proclamée en 1945 et de la démocratisation de l’enseignement, ce fut une véritable course à l’instruction dans la population, ce qui exigea la création d’un nombre considérable d’écoles primaires.


Année Nombre d’écoles Nombre
Primaires d’élèves

1945 2 834 1 366 024

1960 4 496 3 621 267

1969 6 767 5 628 816
dont 11 écoles catholiques avec
4 646 élèves


Au cours des dix dernières années, le nombre des élèves a augmenté à la moyenne de 550 par jour, celui des écoles à la moyenne d’une tous les trois jours. Tous les enfants sont maintenant scolarisés. Mais le progrès dans les installations a été loin de suivre le progrès dans la scolarisation et bien des classes doivent encore recevoir deux groupes d’élèves, l’un travaillant dans la matinée, l’autre dans l’après-midi. Dans le passé, il est vrai, certaines classes ont dû recevoir quatre séries d’élèves par jour, tandis que d’autres comptaient jusqu’à cent élèves à la fois. Il faut dire que le nombre d’élèves augmente naturellement, de 200000 par an en moyenne ; l’augmentation a été de 270000 en 1969.

Pour remédier à la situation, le gouvernement a, en 1966, établi un plan quinquennal d’investissement qui lui coûte 150 millions de dollars au total. Mais, à la fin de 1969, il n’avait encore atteint que la moitié de ses objectifs. Actuellement, la moyenne d’élèves par classe est encore de 71, dépassant largement le chiffre légal maximum de 60 élèves par classe. Parmi les 89500 et quelques classes ouvertes, 60 % ont entre 61 et 79 élèves, 11,5 % de ces classes ayant plus de 80 élèves. 12 % des classes, surtout en première année d’école, pratiquent encore le système du double cycle quotidien et 333 classes doivent pratiquer le système du triple cycle ! On est loin du système européen de 25 à 30 élèves par classe. Ce standard européen est toutefois celui qu’ont pu adopter un certain nombre d’écoles privées qui, précisément en raison de ce système, coûtent fort cher et sont donc réservées aux riches, ce qui crée une nouvelle bourgeoisie dès l’enfance.
Le gouvernement prévoit bien l’abolition définitive du système du double ou triple cycle quotidien dans toutes les écoles à partir de 1971, mais il est probable que la difficulté de financement ne permettra pas de réaliser ce programme avant 1972 ou 1973.
Depuis 1953, l’enseignement primaire est obligatoire, mais il est loin d’être gratuit en fait, bien qu’il le soit en principe et il est impossible de savoir quand il le sera réellement. Il est également impossible de savoir quelle somme les parents doivent verser pour chacun de leurs enfants, les chiffres variant trop selon les lieux et selon les… maîtres. Avec la suppression des examens éliminatoires pour le passage à l’école secondaire (cet examen a été supprimé à Séoul en 1969, dans les autres grandes villes en 1970 et va l’être dans le reste du pays au début de 1971), une anomalie va disparaître : il s’agit des « heures supplémentaires » d’étude, qui étaient pratiquées dans toutes les classes de sixième année (et aussi assez souvent de cinquième année) des écoles primaires ; elles coûtaient fort cher aux parents, puisque c’étaient des heures « supplémentaires », mais elles permettaient aux maîtres d’arrondir copieusement leur salaire mensuel. Elles étaient aussi une cause de fatigue et de surmenage pour les enfants pour qui c’était le seul moyen de se préparer convenablement à l’examen d’entrée en secondaire ; ils payaient ainsi les heures de loisir que leur avait laissées le système du double ou triple cycle ou, pour mieux dire, le système de travail à mi-temps qu’ils avaient dû pratiquer durant leurs premières années d’école. Bien des maîtres ont trouvé un nouveau moyen pour assurer l’arrondissement de leurs mensualités et la pratique des « heures supplémentaires » : ils s’arrangent tout simplement pour que tout le programme ne soit pas étudié pendant les heures de cours régulières ; il faut donc que le reste du programme le soit en dehors.

Enseignement secondaire

Les études secondaires sont obligatoirement divisées en deux cycles de trois ans. L’augmentation du nombre des écoles et du nombre des élèves est, lui aussi, considérable.

Année Ecoles secondaires
1er cycle 2 ème cycle Nombre d’élèves
1er cycles 2 ème cycle
1945 165 83 514
1960 1 072 661 543 564 276 108
1969
(dont cath.) 1 463
43 861
32 1 147 408
33 175 530 101
19 815

La course à l’instruction est l’une des raisons de cette augmentation des élèves, l’amélioration du niveau de vie en étant une autre. Jusque tout récemment, les places du secondaire premier cycle étaient chères, et il est arrivé, il y a quelques années, qu’une question mal posée (qui pouvait recevoir plusieurs réponses exactes, mais qui officiellement n’en pouvait recevoir qu’une) ait été la cause de l’échec de certains élèves à l’examen d’entrée, ce qui a provoqué des manifestations de rues et la démission d’un ministre de l’Education. Désormais, les jeunes des grandes villes qui veulent entrer au secondaire premier cycle sont automatiquement admis, l’école qu’ils devront fréquenter leur étant fixée par tirage au sort (ce qui a conduit les petits séminaires à se saborder), et il en sera de même dans tout le pays, dès la rentrée de février 71. Les examens sont maintenus pour le passage du premier au second cycle.

Bien que près de la moitié des écoles secondaires, tant du premier que du second cycle, soient des écoles privées (cela ne veut pas nécessairement dire confessionnelles), le nombre des écoles reste insuffisant et chaque classe a encore une moyenne de près de 70 élèves, le chiffre légal étant de 60 au maximum.

Le premier cycle est de style classique, le second cycle se partageant pour moitié entre des écoles classiques et des écoles professionnelles (agriculture, commerce, techniques diverses, etc.), mais dans ces dernières l’élément professionnel est loin d’être primordial et on peut dire que ces écoles professionnelles sont surtout classiques, avec quelques heures de cours pratiques et théoriques seulement.

L’une des grandes plaies de ces écoles secondaires est la grande différence de niveau d’études entre les différentes écoles et, en réalité, le niveau assez bas de la majorité d’entre elles. L’entrée dans les écoles les plus cotées du deuxième cycle ne se fait pas seulement par le succès à l’examen de passage, il s’achète en secondaire à prix d’or, ce qui d’ailleurs était vrai également pour l’entrée en secondaire premier cycle et reste encore vrai pour l’entrée à l’université, quels que soient les règlements...

Enseignement supérieur

Les 2/3 des institutions d’enseignement supérieur sont des institutions privées et la bonne organisation de leur enseignement ainsi que l’exercice d’un contrôle par 1’Etat ont souvent été une source de problèmes.

Depuis 1963, le gouvernement a adopté une loi qui donne un droit de regard sur le personnel enseignant des institutions privées, fixe le nombre d’élèves admissibles, contrôle le budget et l’administration de ces institutions. C’est là, pensent certains, une violation de la liberté et de l’autonomie des institutions privées ; d’autres pensent, au contraire, que cela favorise leur développement dans le bon ordre, a permis de faire cesser quelques abus et quelques scandales et que cette ingérence devrait encore être intensifiée. Des inspections pratiquées de temps en temps dans les universités et autres institutions d’enseignement supérieur privé ou public permettent bien de détecter de grosses irrégularités, mais les choses en restent pratiquement au même point.

Pour lutter contre le grossissement exagéré des universités, contre la faillite de l’économie rurale (bien des familles paysannes se ruinent complètement pour payer à leur fils des études supérieures fort coûteuses), contre la baisse de qualité des études, contre la fabrication en série de « chômeurs de haut standing » (beaucoup de diplômés ne peuvent trouver un travail convenable), le nouveau gouvernement avait, dès 1961, tenté de réduire le nombre des étudiants universitaires de 25 % ; trois ans plus tard, leur nombre avait de nouveau atteint et dépassé le chiffre de 1960 et il n’a fait qu’augmenter depuis... et est en voie de continuer à le faire. D’ailleurs, les progrès de la Corée en divers domaines donnent du travail aux diplômés, en particulier à ceux qui sortent des institutions les plus cotées, et demandent de plus en plus de personnel qualifié.

Année 1969 1960 1945
1) Université (4 ans) :
a) nombre total 68
b) nombre de facultés 282
c) nombre d’élèves 132 930

52

92 900
19

7819
2) Préparation à licence et doctorat
a) nombre total 60
b) nombre de facultés 114
c) nombre d’élèves 6 155

3) Collèges universitaires (2 ans) :
a) nombre total 20
b) nombre de facultés 50
c) nombre d’élèves 8 101
11

4 889
0
4) Collèges techniques supérieurs (2 ans) :
a) nombre total 23
b) nombre de facultés 31
c) nombre d’élèves 20 741

0
0
5) Ecoles normales pour formation de maîtres de l’enseignement primaire (2 ans):
a) nombre d’écoles 16
b) nombre d’élèves 11 038


0

0


Depuis qu’ils ont réussi leur révolte contre Syngman Rhee en 1960, les étudiants sont souvent descendus dans la rue. A l’occasion, en particulier, des pourparlers pour la normalisation des relations entre la Corée et le Japon en mai et juin 1964, puis après la régularisation de ces relations en septembre 1965, enfin lorsqu’il a été question d’amender la Constitution en faveur du président de la République en 1969, d’assez importantes manifestations, spontanées ou peut-être téléguidées, ont obligé le gouvernement à proclamer la loi martiale ou l’état de siège. Sensibles à certains problèmes politiques ou sociaux, les étudiants ont assez souvent manifesté à l’intérieur des écoles ou à leurs abords immédiats, obligeant la police à intervenir ou les autorités à anticiper les vacances, alors que, généralement, il n’y avait vraiment pas de quoi s’affoler.

Les enseignants

Sans maîtres valables, il n’est pas possible de compter sur de bons résultats, quels que soient les efforts tentés pour améliorer les conditions dans les divers établissements. Pour améliorer la qualité des maîtres de l’enseignement primaire, le gouvernement a aboli les anciennes écoles normales qui n’étaient que de niveau secondaire pour les remplacer par des écoles normales de niveau semi-universitaire, avec deux ans d’études spécialisées après la fin des études secondaires. A la fin de 1968, 66 % des maîtres de l’enseignement primaire, 36 % des professeurs du secondaire premier cycle et 18 % des professeurs du secondaire deuxième cycle ne possédaient pas les diplômes requis. Dans l’enseignement primaire et secondaire premier cycle, 11600 maîtres et professeurs sur 134000, soit 8,7 %, ont abandonné l’enseignement en 1968, principalement en raison de l’insuffisance des salaires et aussi parce que, contrairement à ce qu’il en était dans le passé et même dans un passé récent, la profession d’enseignant n’est plus aussi bien considérée. Ce courant de départs semble se maintenir. Comme, en même temps que les maîtres quittent l’enseignement, le nombre des élèves est tout naturellement en constante augmentation, le manque de maîtres ne fait que s’accroître. Le ministère de l’Education pense que, jusqu’en 1971 au moins, il manquera de 7 à 8000 maîtres pour l’enseignement primaire. On dit qu’actuellement les écoles primaires n’ont que 90 % des maîtres qui sont nécessaires, le secondaire premier cycle 52 %, le secondaire deuxième cycle 68 % et le supérieur 50 %. Ce n’est donc pas seulement un problème de qualité, mais aussi un problème de quantité : les autorités essayent de remédier à l’un et l’autre problème par des sessions de formation accélérée.
Dans l’enseignement primaire, 34 % des maîtres seulement seraient passés par l’école normale ; 36 % ont plusieurs années d’expérience et sont passés par les cours de formation accélérée ; 24 % ont pour tout bagage une longue expérience de l’enseignement. Le ministère de l’Education a décidé d’augmenter le nombre de classes ouvrables dans les écoles normales qui préparent les instituteurs de l’enseignement primaire et dans les écoles normales qui forment les professeurs de secondaire, ces dernières ayant un statut universitaire (1).
La contribution de l’Eglise aux efforts de l’Etat reste faible. Outre les chiffres indiqués dans les tableaux qui concernent l’enseignement primaire et secondaire, on peut signaler qu’elle dirige, d’une façon ou d’une autre, 7 établissements supérieurs (y compris deux grands séminaires) avec un total de 4100 élèves. On peut s’interroger sur l’intérêt de ces institutions, et, plus encore, on doit déplorer que les efforts pour l’apostolat sous diverses formes en milieu étudiant soient tout ce qu’il y a de plus insignifiant.
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(1) Il existe aussi 460 et quelques jardins d’enfants, à peu près tous des institutions privées, avec environ 22000 élèves ; sur ces nombres 115 jardins avec 7200 élèves sont de direction Catholique.

Situation religieuse

Les religions

Le ministère de l’information et de la Culture, qui exerce un certain contrôle sur les diverses religions et leurs activités, a publié récemment un livre sur l’état des religions. Il ignore systématiquement et les sectes toutes nouvelles qui sont nées dans le pays et qui ont un réel succès, et les sectes anciennes qui n’ont que des effectifs squelettiques ; il qualifie les unes comme les autres de pseudo-religions. Mais ce livre traite de 14 religions qui seraient divisées en 94 sectes ; voici un tableau qui résume ce qui est dit des principales de ces 14 religions :

Religion Lieux culte Ministres Fidèles Biens (1) Sectes
Réformées (2). . . 12 866 13 982 3 192 621 31 000 000 71
Catholiques (3). . . 369 3 044 751 217 9 000 000 2 ( ?)
Bouddhiste. . . . . . 2 266 15 420 5 562 278 20 170 000 16
Confucianiste. . . . 231 1 059 4 423 000 2 800 000 1
« Voie céleste » (4). 119 977 636 067 2 400 000 1

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1) Les chiffres publiés dans le livre sont en monnaie locale ; ils ont ici été traduits approximativement en dollars US.
2) Il s’agit des diverses sectes protestantes reconnues par le Conseil national des Eglises.
3) Les statistiques catholiques du 31 décembre 1969 donnent :
paroisses : 396 et dessertes : 1906 ;
églises : 388 et chapelles : 707 ;
« ministres » : 9 évêques coréens, 8 étrangers, soit………... 17
495 prêtres » 340 » soit……… . 835
98 frères » 31 » soit………. 129
1956 sœurs » 205 » soit………2 161
total…………………………… 3 142
fidèles : 779 000
4) Il s’agit d’une religion purement coréenne, fondée à la fin du siècle dernier sous le nom d’« école orientale » par opposition aux religions chrétiennes et surtout la catholique désignée par certains sous le nom d’« école occidentale ».


Le crédit qu’on peut accorder aux chiffres donnés par le ministère de l’Information et de la Culture devrait rester assez relatif. Mais il est certain que la plupart des religions sont de plus en plus confrontées à des problèmes sensiblement identiques. Face à une population qui recherche toujours plus, non pas le vrai ou le bon, mais le profit immédiat, face à un certain matérialisme et au progrès des techniques, les religions semblent devenir chaque jour plus inutiles pour résoudre les problèmes de gens qui avaient tendance à n’y chercher qu’une sorte de sauvegarde immédiate contre des forces qui les dépassaient, ou bien une simple assurance de salut éternel, ou bien une sorte de complément à contenu moral capable de remplir quelques-unes de leurs aspirations. Restées trop repliées sur leurs problèmes internes, trop éloignées de la vie des gens et de la vie du pays, trop préoccupées du seul accroissement du nombre de leurs adeptes et de leur puissance financière, les religions sont en train de perdre de leur attrait et, quoi que puissent dire les statistiques, le nombre et la qualité de leurs fidèles sont sans doute en baisse. L’influence morale des religions, et en particulier des religions chrétiennes, reste considérable, mais elle risque fort de baisser rapidement si celles-ci ne savent pas faire les renouvellements qui s’imposent, au lieu de rester bien calfeutrées dans leurs temples et leurs sacristies. Elles commencent à faire quelques timides essais pour retrouver la sympathie des diverses couches de la population ou pour coopérer entre elles en divers domaines. C’est ainsi qu’en novembre 1969 a eu lieu une réunion d’études de séminaristes à laquelle participaient des élèves de deux grands séminaires catholiques et de dix-neuf séminaires protestants. Au même mois de novembre, une réunion entre hautes autorités anglicanes et catholiques eut lieu pour étudier des problèmes tels que l’utilisation de prières communes, l’échange de professeurs de séminaires (un prêtre catholique enseigne dans un séminaire anglican depuis deux ans environ), des réunions d’amitié entre prêtres des deux confessions ; mais il faut dire qu’aucune décision n’a été prise et que l’Eglise anglicane ne représente pas grand-chose. C’est ainsi encore que la semaine de prières pour l’unité des chrétiens devient de plus en plus, du moins dans les grandes villes, une affaire chrétienne et non pas seulement catholique, et on n’en est heureusement plus à l’état de tension qui régnait entre protestants et catholiques il y a seulement dix ans. Enfin, en février 1970, a été créée une Association des Religions qui groupe principalement les catholiques, les bouddhistes et quelques religions purement locales mais en dehors de laquelle restent les diverses sectes protestantes membres du Conseil national oecuménique des Eglises.

La principale secte bouddhiste a été quelque peu secouée, au début de cette année 1970, par l’élargissement du fossé qui tendait à séparer bonzes mariés et bonzes célibataires. Bien qu’en 1962 les bonzes mariés et les célibataires eussent décidé de faire la paix et de constituer un seul groupe unifié, les maries n’ont en réalité jamais accepté cette unification, ni cessé de lutter contre les célibataires et de chercher à augmenter leur puissance, n’hésitant pas à engager des procès, qu’ils perdaient toujours d’ailleurs. Afin d’en finir avec cette lutte à l’intérieur de la secte et donc avec le scandale, les bonzes mariés ont décidé, en janvier 1970, de se constituer en secte totalement indépendante et de demander au ministère de l’Information et de la Culture la reconnaissance légale de leur nouvelle secte. A ce moment, les célibataires ont, dit-on, fait pression sur le ministère pour qu’il n’accorde pas cette reconnaissance, craignant sans doute de voir leur échapper la propriété et l’administration d’une partie de leurs importants biens immeubles. Finalement, les mariés ont abandonné aux célibataires les terrains et les temples sur lesquels ils avaient eu des vues et n’ont gardé comme biens propres que quelques temples qui appartenaient à certains des leurs à titre privé ; en définitive, le ministère, après bien des tergiversations, a cessé de donner l’impression de favoriser une secte particulière et, à l’intérieur de cette secte, les célibataires : au mois de mai, se basant sur les principes de la laïcité de l’Etat et de la liberté de religion inscrits dans la Constitution, il a fini par reconnaître légalement l’existence de cette nouvelle secte et son indépendance, ce qui porte à 17 le nombre des sectes à l’intérieur du bouddhisme coréen.

Une mission bouddhique coréenne a établi un centre Zen en Virginie (Etats-Unis) au cours du mois de mai 1970. Pour le moment, ses intentions sont de publier une traduction en anglais de textes bouddhiques, d’ouvrir une école de bonzes et de préparer l’ouverture aux Etats-Unis d’un congrès mondial bouddhique.

L’Eglise catholique

L’Eglise catholique ne s’est guère signalée à l’attention du public au cours de l’année 1969-1970, elle a plutôt donné l’impression de rester renfermée sur elle-même, de passer une partie de son temps à organiser, désorganiser et réorganiser ses structures propres, et l’autre partie à s’occuper d’amener des individus au baptême et d’assurer la vie religieuse des chrétiens, sans trop se préoccuper que les chrétiens approfondissent leur vie chrétienne et la fassent transparaître dans leur vie sociale et professionnelle.

Mise à part une « lettre adressée aux prêtres », qui semble d’ailleurs n’avoir guère provoqué de réactions, peu de chose d’intéressant a transpiré des réunions de la Conférence épiscopale.

La Conférence des Supérieurs majeurs se réunit chaque trimestre ; elle a réussi à :

— offrir à tous les prêtres qui comprennent l’anglais la possibilité de participer à l’une ou l’autre des cinq retraites qu’elle a organisées ;
— organiser deux sessions de formation permanente d’une semaine chacune et à les faire patronner par le cardinal-archevêque de Séoul ; les matinées de ces sessions étaient réservées aux évêques et aux prêtres, les après-midi aux religieuses et laïcs ; les conférences, faites en anglais (avec traduction simultanée en coréen pour ceux qui le désiraient) par des jésuites de l’Institut de Pastorale de Manille, ont traité de points intéressant particulièrement la mission de l’Eglise aujourd’hui et de psychologie pastorale ;
— persuader les évêques de la nécessité d’une vaste enquête socio-religieuse et faire patronner cette enquête par la Conférence épiscopale, afin que l’Eglise puisse savoir quelle est l’image qu’elle donne d’elle-même en Corée. Commencée au cours de cette année 1970, l’enquête se poursuit, et on ose espérer que, faite sérieusement, elle pourra éclairer quelque peu l’Eglise et lui faire un peu mieux prendre conscience de certaines de ses responsabilités. Les frais de cette enquête sont en majorité couverts par un institut missionnaire.

La Société M. E. P.

Les M.E.P. n’occupent qu’une place tout à fait modeste dans l’activité de l’Eglise en Corée, mais il semble bien que certains trouvent que cette place reste encore trop importante et préféreraient voir des confrères partir chercher fortune ailleurs. Les divers groupes de confrères ont profité de la visite du P. CUNY en mars et avril 1970, se sont réunis de temps en temps pour essayer de définir ce qu’ils devraient être et faire, pour étudier des avant-projets de contrats à passer avec les évêques, etc. Ils participent fidèlement aux réunions organisées par leurs évêques, veulent réellement être intégrés au presbytérium de l’Eglise locale mais n’y parviennent qu’inégalement.


Diocèse de TAEJEON

Le groupe de Taejon a été attristé par la mort du P. CHIZALLET, le 9 janvier 1970. Le vieux Père n’était pas en bonne santé depuis plusieurs mois, mais sa mort a été un peu une surprise car, la veille encore, son état n’avait rien d’alarmant.

CORÉE DU SUD

Quelques chiffres à la date du 31 décembre 1969
Superficie 98 477 km2
Population 31 140 000 habitants

Catholiques baptisés (1) 779 000
Adultes baptisés dans l’année 33 603
Catéchumènes 30 926

Diocèses 13
Evêques : Coréens 8
Maryknoll 1
St-Colomban 2
M.E.P 1
Siège vacant (2) 1
Prêtres : Coréens 495
Etrangers 340
Frères : Coréens 98
Etrangers 31
Religieuses : Coréennes 1 956
Etrangères 205
Grands séminaristes 543
Petits séminaristes 435
Scolastiques 42

_________

(1) Le chiffre réel des baptisés est certainement bien plus élevé ; le chiffre cité ici ne tient compte que des baptisés recensés, mais les baptisés disparus sans laisser d’adresse sont certainement plusieurs dizaines de mille.
(2) L’évêque démissionnaire est de Maryknoll ; son successeur sera certainement un Coréen.



Le groupe a aussi été attristé par la maladie de cœur du P. PAILLET qui s’est aggravée au cours de l’automne 1969 et qui l’a obligé à rentrer en France. Malheureusements, les médecins sont formels, il n’est pas question que le P. Paillet revienne en Corée.

A la demande du cardinal-archevêque de Séoul, l’évêque de Taejon a détaché le P. SINGER pour le service des Sœurs de la Sainte Famille. Le P. Singer a donc quitté sa paroisse de Hongsan au début de l’année 70 pour aller retrouver à Séoul la congrégation qu’il avait fondée il y a 25 ans.

Le P. GUTIERREZ a remplacé le P. Singer à Hongsan. Il se plaint de l’exode des meilleurs de ses chrétiens vers les villes, en particulier des jeunes. Son voisin, le P. TELLIER, tout en se plaignant du même phénomène, s’emploie à relancer quelques dessertes qui étaient tombées bien bas et qu’il visite d’autant plus souvent qu’il y est bien accueilli. A Yougou, le P. CRINQUAND constate, lui aussi, la grande instabilité des chrétiens ; mais il estime que sa toute jeune paroisse, qui n’a qu’un an et demi d’existence officielle, commence à exister et vivre comme telle, grâce à quelques éléments actifs. Depuis le début de l’année 1970, il profite de tout un réseau de haut-parleurs installés dans la majorité des maisons du district et branchés sur un amplificateur qui appartient à la municipalité pour faire une causerie hebdomadaire sur des problèmes d’éducation générale, ce qui est aussi un moyen de faire connaître et apprécier l’Eglise. Le P. BEAUDEVIN a vu plus de 400 de ses chrétiens être rattachés à la paroisse voisine du P. Blanc, en raison de la plus grande commodité des communications. Quant au P. BLANC, il a pris un congé mérité en avril 1970 et son vicaire coréen est seul à la tête de l’importante paroisse de Yésan.

En ville de Taejeon se trouvent les PP. DÉNÈS et OLLIVIER. Le P. Dénès est devenu chancelier de l’évêché à son retour de congé et succède ainsi au nouveau Régional. Son travail consiste surtout à assurer l’importante correspondance que l’évêché entretient avec l’étranger. Quant au P. Ollivier, curé de la paroisse de Songnamdong depuis septembre 1969, il est le sixième prêtre à prendre soin de cette paroisse depuis sa fondation en 1966 : autant dire qu’il en est le premier curé stable et que le travail ne manque pas dans ce quartier périphérique, à la population instable habitant en bonne partie dans des « planche-villages » ; il y a heureusement de fort bons éléments parmi les nouveaux chrétiens.

TAEJON

RESPONSABILITÉS DIOCÉSAINES
Chancelier de l’évêché PP. DENÈS Jacques

RESPONSABILITÉS M.E.P.
Supérieur régional, à Séoul JÉZÉGOU Robert
Vice-supérieur régional OLLIVIER Jean
Econome régional, à Séoul FROMENTOUX Emile

MINISTÈRE PAROISSIAL

Popula- Catho- Adultes Catéchu-
tion liques baptisés mènes

KEUMSARI…. 25 000 1 130 24 60 TELLIER Olivier
SAPKYO……. 61 000 1 286 126 120 BEAUDEVIN Emile
TEAJON……..
Söngnamdong.. OLLIVIER Jean
YESAN……… BLANC Jean (1)
YOUGOU…… 42 600 607 14 30 CRINQUAND Jean
HONGSAN….. 45 000 650 11 4 GUTIERREZ Jaime (2)

ÉTUDES DE LANGUE
A Séoul PLASSIER Auguste
PONCET Gilbert

MINISTÈRE EXTRA-PAROISSIAL

Détaché à Séoul, aumônier de religieuses SINGER Pierre (2)
Détaché à Taegu, aumônier de religieuses GZELLA Stanislas
Retiré du ministère (3) CHIZALLET Pierre
Malade en France PAILLET Auguste
_______
(1) En congé en France depuis avril 1970.
(2) Depuis janvier 1970.
(3) Décédé en janvier 1970


Les deux jeunes, les PP. PLASSIER et PONCET, vont terminer leurs études de langue et recevoir au début de juillet 1970 leur première destination pour un travail pratique.


Diocèse d’ANDONG

Depuis sa création en juin 1969 et l’ordination épiscopale de son premier évêque le 25 juillet suivant, le nouveau diocèse d’Andong a commencé à s’organiser. Mgr DUPONT a plusieurs fois réuni les prêtres, les religieuses, les catéchistes pour essayer de faire le point et d’établir un plan de travail. En ville d’Andong, les religieuses luxembourgeoises de la Congrégation de la Doctrine chrétienne de Nancy, appelées par le P. COYOS du temps où il était vicaire forain, ont enfin pu ouvrir leur école, malgré l’opposition de certains milieux, protestants en particulier ; prévue à l’origine pour être une école secondaire, elle est en définitive devenue un collège technique supérieur pour jeunes filles et promet de contribuer au développement de la région et à la promotion de la femme dans un milieu encore très traditionaliste.

Dans la partie centrale du diocèse, le P. PELISSE, curé de Yongjou, une seconde fois se trouvait un peu trop à la périphérie de la ville et a acquis une maison dans un quartier central : cette nouvelle base d’évangélisation et d’action sociale permet la relance de l’apostolat dans la ville et dans ses environs ; le P. Pelisse travaille en collaboration étroite avec le P. DURAND, son voisin de Pong-hoa. A Yéchön, le P. MESINI se plaît à constater que les laïcs de la paroisse ont pris en mains toutes les affaires financières et parviennent pratiquement à subvenir à tous les besoins sans apport d’aide extérieure, mais il estime que l’effort fait par les laïcs pour l’apostolat reste encore insuffisant. Le P. DOMON, curé de la cathédrale d’Andong, partage avec un vicaire coréen la charge de 270000 personnes, soit, dit-il, la population de telle mission confiée à la Société MEP et qui a droit à un évêque et à au moins une quinzaine de prêtres ; il est vrai que les conditions doivent y être différentes.

Dans la partie ouest du diocèse, les PP. BERTRAND et BIDEAU sont devenus curés de deux grosses paroisses dont le centre est en ville de Sangjou et, avec leurs voisins de la sous-préfecture de Moun-Kyöng, c’est-à-dire les PP. DIRIBARNE, GASTAMBIDE et ZIEGELMEYER, ont hérité des chrétientés créées ou développées dans le passé par les Pères bénédictins allemands. Pour diverses raisons, la manière de faire de ces cinq confrères est nécessairement quelque peu différente de celle de leurs prédécesseurs. Intégrés un peu artificiellement au nouveau diocèse d’Andong, ces chrétiens ne se sentent par particulièrement intéressés par le diocèse ; dans les paroisses de Kaeun et de Jou-pyöng, qui sont mi-ouvrières en raison des mines et mi-rurales et où se trouvent les PP. Ziegelmeyer et Gatztambide, les éléments ouvriers sont pour la plupart des gens venus des quatre horizons du pays pour y gagner leur vie et ne se sentent nullement attachés à cette région qu’ils quitteront un jour, si du moins ils réussissent à se faire suffisamment d’argent pour pouvoir commencer une nouvelle vie ailleurs.

Dans la partie orientale du diocèse, les trois paroisses de Chiöngsong, Yöngdök et Yöngyang où se trouvent respectivement les PP. DOC, FEUVRIER et NOEL constituent de petites oasis dans ce qui est encore un véritable désert où la mission ne fait que débuter : des effectifs squelettiques, une population très traditionnelle et en butte à des difficultés économiques et à la pauvreté, cela ne facilite pas le travail des confrères qui doivent faire preuve de beaucoup de patience et d’esprit missionnaire.



ANDONG

RESPONSABILITÉS DIOCÉSAINES
Evêque (sacré le 25 juillet 1989) Mgr DUPONT René
Vicaire général PP. COYS Célestin

RESPONSABILITÉ M.E.P.
Conseiller régional GAZTAMBIDE Antoine

MINISTÈRE PAROISSIAL

Popula- Catholi- Adultes Catéchu
tion ques Baptisés mènes

ANDONG…….. DOMON Pierre
CHONGSONG.. 80 000 25 294 50 DOC Roger
KAEUN……… 40 000 1 230 89 42 ZIEGELMEYER G. (1)
JOUPYONG…. 28 900 1 100 10 20 GAZAMBIDE Antoine (1)
MOUNKYONG. 40 000 1 300 4 20 DIRIBARNE Pierre (1)
PONGHOA…… DURANT Armel
SANGJOU-Namsöng. 3 000 21 80 BIDEAU Jean (1)
SANGJOU-Sömoun. 250 000 3 500 22 50 BERTRAND Pierre (1)

YECHON………… 170 000 1 732 18 50 MÉSINI Pierre
YONGDOK………. 120 000 325 40 12 FEUVRIER Louis (1)
YONGJOU……….. 160 000 1 100 50 PELISSE Marcel (2)
YONGYANG……. 60 000 286 4 45 NOËL Roger

ÉTUDES
A Séoul DESCHAMPS Christian
LEVERRIER Roger
en France (confrères ayant reçu leur destination) HAROSTEGUY Léon
PERRIN Etienne
CONGÉ ROUMEGOUX Henri
MAGUET Yves
_______
(1) Depuis août 1969.
(2) Depuis octobre 1969.



Archidiocèse de TAEGU

Deux confrères sont restés dans l’archidiocèse de Taegu : le P. GZELLA, aumônier de la communauté de religieuses fondée autrefois par le P. Deslandes et qui a dû mettre en œuvre ses talents de constructeur : le couvent, l’orphelinat et les œuvres annexes ont dû être reconstruits à la suite d’une expropriation décidée pax l’Etat pour construire un vaste complexe sidérurgique. Le P. DESLANDES lui-même, retiré dans une vallée éloignée de partout, se préoccupe de l’amélioration des conditions de vie des paysans pauvres et d’obtenir des facilités d’études pour des groupes de jeunes, un groupe de religieuses lui apportant pour cela une aide précieuse.

*
* *

Ce bref tour d’horizon est évidemment loin de rendre compte des efforts que font tous les confrères pour remplir de leur mieux la tâche qui est la leur et qui est fort complexe. Les difficultés de tous ordres ne manquent ni aux uns ni aux autres ; ils ne souhaitent qu’une chose : pouvoir travailler et, si possible, dans la paix du cœur.




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