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Lettre commune

Année: 1898
Numéro: 32
Rédacteur:

SOCIÉTÉ

DES


MISSIONS - ÉTRANGÈRES
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COMPTE RENDU DES TRAVAUX DE L’ANNÉE 1898






SÉMINAIRE Paris, le 31 décembre 1898.
DES
MISSIONS-ÉTRANGÈRES
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LETTRE COMMUNE
Nº 32




A NOSSEIGNEURS LES ÉVÊQUES

ET A MESSIEURS LES MISSIONNAIRES

DE LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES




NOSSEIGNEURS ET MESSIEURS,

L’année 1898 sera appelée, dans les Annales de notre Société, l’année des grandes bénédictions de Dieu. En effet, le chiffre des adultes baptisés dans le courant de cet exercice s’est élevé au chiffre presque incroyable de 72.700. Jamais, depuis 235 ans que notre Société existe, nous n’avions enregistré un pareil résultat.
Le zèle et l’activité des ouvriers apostoliques ne suffisent pas pour l’expliquer. Il faut l’attribuer à un souffle du Saint-Esprit qui a passé sur quelques-unes de nos Missions et y a déterminé un élan irrésistible des païens vers notre sainte religion. Dans beaucoup d’endroits, comme il ressort de plusieurs comptes rendus, les infidèles se présentaient d’eux-mêmes pour recevoir l’instruction et le baptême, et si les ouvriers avaient été plus nombreux et les ressources plus abondantes, nul doute que les conversions n’eussent atteint un chiffre encore plus considérable. Mais bénissons Dieu pour les résultats obtenus et pour les grâces exceptionnelles qu’Il a daigné répandre sur les travaux de nos confrères.
Voici le tableau complet des baptêmes et conversions :

Baptêmes d’enfants de chrétiens 43.595.
Conversions d’hérétiques 371.
Baptêmes d’infidèles adultes 72.700.
Baptêmes d’enfants païens en danger de mort 193.363.

Le laboureur, à la vue d’une moisson abondante, éprouve une joie qui le console de ses fatigues et de ses labeurs. En mettant sous vos yeux le tableau qui présente en bloc la moisson spirituelle accordée par le divin Maître à vos travaux, nous avons la confiance de vous procurer une grande et douce consolation. Et certes, elle arrive bien, cette consolation du ciel, après toutes les épreuves par lesquelles il a plu à la Providence de faire passer bon nombre de nos Missions.
Plusieurs fléaux, la famine, le choléra, la peste bubonique sont venus s’abattre sur l’Inde : ils ont causé bien des sollicitudes à nos confrères et fait de nombreuses victimes parmi leurs chrétiens. La Chine et l’Indo-Chine n’ont pas échappé complètement à ces calamités. De plus, en quelques endroits de l’Annam, le mouvement extraordinaire de conversion qui s’est déclaré, a réveillé l’animosité des notables païens, que parfois n’ont pas craint d’exciter ou de soutenir certains journalistes et autres personnages oublieux du véritable rôle de la France dans les pays idolâtres.
L’Empire chinois a vu de nouvelles et terribles manifestations de la haine des lettrés contre tout ce qui est étranger et chrétien. Au Su-tchuen, surtout dans la partie orientale de la province, cette haine a accumulé ruines sur ruines au sein de nombreuses chrétientés. Dès le commencement de l’orage, le 4 juillet, un de nos confrères, M. François Fleury, a été fait prisonnier et emmené comme otage par le chef des persécuteurs.
Quelques mois plus tôt, la mission du Kouang-si avait eu la douleur de voir se renouveler une scène de sauvagerie qui ne rappelle que trop celle de l’année précédente et dans laquelle succomba M. Mazel. Le 21 avril. M. Bertholet revenait de faire la visite d’une nouvelle chrétienté, quand il fut assailli par des forcenés qui le massacrèrent à coups de lance, avec un néophyte et un catéchumène.
Plus poignant peut-être est le drame qui s’est accompli, le 14 octobre, à Pak-tong, dans la préfecture apostolique de Kouang-tong, et dont furent victimes M. Chanès et treize de ses chrétiens. Comme nous n’avons pas encore reçu la notice biographique de ce pieux confrère, nous voulons du moins relater ici les circonstances les plus émouvantes de sa mort.

Le Père se trouvait, avec une vingtaine de néophytes et de catéchumènes, dans un oratoire situé au nord-est de la ville, en dehors des murs, où bientôt ils furent assiégés par une foule nombreuse, armée et menaçante. Les assaillants cherchent d’abord à enfoncer la porte de la chapelle ; n’y pouvant réussir, ils entassent à l’entrée du bois et des herbes sèches, arrosent le tout de pétrole et y mettent le feu. M. Chanès comprenant que tout espoir de salut est perdu, réunit ses compagnons et les exhorte à faire généreusement à Dieu le sacrifice de leur vie. Il y avait parmi eux sept catéchumènes. Le Père, en quelques mots, les excite à la contrition et leur administre le saint baptême ; il confesse les autres qui étaient déjà chrétiens. Lui-même, ensuite, se tient à genoux au pied de l’autel. C’est là qu’il tombe glorieusement. Bientôt, en effet, les portes cèdent sous la violence de l’incendie. Des coups de feu sont tirés du dehors. Une première balle atteint le Père à la jambe : une autre, en pleine poitrine, le traverse de part en part ; une troisième lui laboure la tempe droite. Alors deux bandits se précipitent sur lui. L’un lui ouvre le crâne d’un premier coup de hache, et d’un second lui fait à la mâchoire une affreuse entaille. L’autre bandit lui enfonce son couteau, à droite, à gauche, de chaque côté de la poitrine. Vient ensuite le tour des chrétiens. Quelques-uns profitant du tumulte et du trouble, se perdent dans la foule et parviennent ainsi à sauver vie. Mais treize sont pris et massacrés ; presque tous ont la tête tranchée.
Nous devons aussi mentionner une mort bien plus douce, mais qui a fait un grand vide dans la Mission de la Cochinchine occidentale. Le 17 octobre, en effet, s’est pieusement endormi dans le Seigneur Mgr Jean-Marie Dépierre, évêque de Benda. Il n’avait que 43 ans et avait pris, depuis trois ans seulement, la direction de cette belle Mission.
L’année dernière, nous disions, en parlant de la Mandchourie, que Mgr Lalouyer avait été nommé coadjuteur de Mgr Guillon. Aujourd’hui, nous devons annoncer que le Saint-Siège ayant opéré la division de la Mission, Mgr Lalouyer est devenu vicaire apostolique de la Mandchourie septentrionale.

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Après cette revue des principaux événements de l’exercice, nous allons, comme d’habitude, parcourir successivement les différents groupes de nos Missions. Peut-être quelques-uns de nos vénérés Vicaires apostoliques seront-ils surpris de ne point retrouver certains faits insérés par eux dans leurs comptes rendus. Nous croyons donc devoir dire ici qu’ils ont été réservés pour le bulletin bimestriel qui paraît sous le titre d’Annales de la Société des Missions-Étrangères et de l’Œuvre des Partants.



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