| Année: |
1912 |
| Numéro: |
52 |
| Rédacteur: |
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SOCIÉTÉ
DES
MISSIONS - ÉTRANGÈRES
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Compte rendu des travaux de l’année 1912
SÉMINAIRE Paris, le 31 décembre 1912
DES
MISSIONS-ÉTRANGÈRES
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LETTRE COMMUNE
Nº 52
A Nosseigneurs les Évêques
et à MM. les Missionnaires
de la Société des Missions-Étrangères
MESSEIGNEURS ET MESSIEURS,
Les résultats obtenus au cours de l’année 1912 ne diffèrent pas notablement de ceux du précédent Exercice. S’ils n’accusent pas de succès extraordinaires, ils attestent cependant le zèle et l’activité que vous avez déployés pour l’extension du règne de Jésus-Christ dans des circonstances particulièrement difficiles.
L’œuvre des conversions proprement dite se chiffre par 461 abjurations d’hérétiques, 31.881 baptêmes d’adultes, 133.122 baptêmes d’enfants de païens à l’article de la mort. Le nombre des baptêmes d’enfants de chrétiens s’élève à 56.171.
La population catholique de nos 34 Missions était, en 1911, de 1.518.789 âmes ; elle est, cette année, d’un million 548.576. L’administration des chrétiens, disséminés sur d’immenses territoires, est, à elle seule, une bien lourde charge pour moins de 1.200 Missionnaires et 800 prêtres indigènes en état d’exercer le saint ministère.
La formation religieuse des néophytes et le développement de la vie chrétienne ont été, comme par le passé, l’objet de vos premières préoccupations et de vos efforts. La pierre de touche de la piété est la fréquentation des sacrements : aussi, est-ce avec une joie bien légitime que nous constatons le nombre sans cesse croissant des confessions et des communions.
Il n’est pas moins consolant de voir que les œuvres d’éducation, par lesquelles surtout pénètrent dans les âmes la connaissance de la vérité et l’amour du bien, attirent plus que jamais l’attention des Missionnaires en Extrême-Orient. Leurs écoles ont, avant tout, pour but de procurer une bonne formation religieuse et morale : mais elles excellent encore à cultiver l’intelligence des jeunes gens et à les préparer aux situations qu’ils désirent occuper dans la société ; elles soutiennent l’honneur de l’enseignement catholique et continuent à enregistrer les plus brillants succès aux examens officiels.
L’année 1912 a été témoin d’un nouvel essor donné à ces œuvres importantes entre toutes. Pour défendre avec plus d’avantages les positions acquises sur le terrain de l’enseignement, plusieurs Missions ont accepté des sacrifices considérables.
Dans les régions qui nous sont confiées, plus de 350 Religieux de différents Ordres — Frères des Ecoles chrétiennes, Marianistes, Frères de Saint-Gabriel, Petits-Frères de Marie — se dévouent avec une abnégation admirable, à cultiver l’intelligence et le cœur des enfants de nos chrétiens et dirigent avec succès des établissements qui feraient excellente figure dans nos grandes villes d’Europe.
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Au nombre des faits importants de l’année, nous devons noter l’érection de la Préfecture apostolique de Niigata. Formée de territoires détachés des diocèses de Hakodaté, Tôkiô et Osaka, cette Préfecture a été confiée aux soins et au zèle des Pères du Verbe Divin de Steyl. C’est avec joie que nous saluons l’entrée de nouveaux ouvriers dans cette terre du Japon, imbibée du sang de glorieux Martyrs et pourtant si lente à produire des fruits abondants. Les efforts réunis et les prières ardentes des nombreux prêtres ou Religieux qui l’évangélisent — Dominicains, Pères du Verbe Divin, Jésuites, Franciscains, Trappistes — obtiendront peut-être bientôt de la Miséricorde de Dieu des résultats consolants de conversion chez ce peuple Japonais, courageux et fier, mais trompé par les erreurs du matérialisme, plus dangereuses encore que les ténèbres de la superstition et plus difficiles à dissiper.
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Nos Confrères des Missions de Chine ont exercé leur ministère dans des conditions extraordinaires. La République a été officiellement proclamée dans toutes les provinces. Les craintes que faisait concevoir le changement de régime administratif d’une nation aussi disparate et aussi figée dans ses antiques traditions que l’était celle du vaste Empire du Milieu, n’ont heureusement pas été réalisées. La Révolution a été pacifique et partout les chefs du nouveau Gouvernement ont donné l’ordre de protéger les Missionnaires et leurs œuvres : cette protection a été aussi effective qu’elle pouvait l’être au milieu de troubles inévitables.
Nous avons cependant à regretter la mort de plusieurs chrétiens, odieusement massacrés. A part le cruel traitement infligé à M. Davenas par les lamas du Thibet et des tentatives contre la vie de MM. Briand et Eymard, dans le Su-Tchuen Occidental, les personnes des Missionnaires ont été respectées. Les pertes ont été purement matérielles et elles sont le fait des bandits et des pillards aux ordres des sociétés secrètes qui pullulent en Chine. Des oratoires détruits, des résidences incendiées, de nombreuses familles pillées, l’obligation pour le prêtre de rester confiné dans son presbytère, tel est le résumé des principales épreuves.
La Révolution chinoise a mis en évidence les étranges contradictions de l’âme païenne. Des mandarins ouvertement hostiles au catholicisme sont venus, à l’heure du danger, chercher un refuge auprès du Missionnaire ou lui confier ce qu’ils avaient de plus cher au monde. Quel hommage spontané rendu à la loyauté, à la douceur et à la charité du Ministre de l’Evangile !
Quelle que doive être l’issue du mouvement réformiste qui n’a pas encore reçu et ne recevra peut-être pas de sitôt sa conclusion définitive, nos Confrères se trouvent désormais en face d’un esprit nouveau qui leur créera des obligations et leur imposera des méthodes nouvelles Tous sont déterminés à aider, dans la mesure de leurs moyens d’action, la réalisation d’une parole de Mgr de Guébriant : « L’Eglise catholique n’a pas dit son dernier mot dans l’évolution « chinoise, et elle espère bien y jouer son rôle, et il sera excellent. » Confiants en la Providence, élevés par leur caractère sacerdotal au-dessus de tous les partis politiques, ils poursuivront avec zèle leur mission de charité et de dévouement au salut des âmes.
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Les besoins de nos Missions sont plus grands qu’ils n’ont jamais été et ils demandent des ouvriers nombreux. Cette situation rend plus douloureux les vides que la mort fait dans nos rangs.
En 1912, 34 Missionnaires ont été appelés à la récompense des bons serviteurs. Dans ce nombre nous avons deux évêques, Mgr Bonne, archevêque de Tôkiô, et Mgr Belleville, vicaire apostolique du Tonkin Méridional ; trois provicaires, MM. Gernot, Guerlach et Vuillemot ; un directeur du Séminaire de Paris, M. Cazenave ; un procureur, M. Raclot.
Ces pertes nous sont d’autant plus sensibles que les recrues de l’apostolat sont plus rares. Nous gardons cependant au fond du cœur la ferme espérance que Dieu daignera pourvoir aux besoins des églises d’Extrême-Orient. Du haut du Ciel, nos Bienheureux Martyrs et la glorieuse phalange de nos aînes plaident la cause de ces chrétientés qu’ils ont arrosées de leur sang ou de leurs sueurs.
Notre consolation, en parcourant la longue liste de notre Nécrologe, est de nous arrêter au spectacle réconfortant de la mort édifiante que Jésus-Christ réserve à ses apôtres. Aux premiers jours de l’évangélisation en Extrême-Orient, de rares Missionnaires travaillaient presque seuls et souffraient souvent seuls dans les prisons ; le grand saint François-Xavier mourait, seul, dans l’île de Sancian. Aujourd’hui Dieu réserve à ses serviteurs plus de joies sensibles et plus de secours extérieurs. L’isolement, même relatif, pendant la vie et à l’heure de la mort, est depuis longtemps un souvenir du passé ; c’est avec les encouragements et l’appui que donne la proximité ou la compagnie de frères d’armes que les ministres de l’Evangile sèment la bonne nouvelle et développent leurs chrétientés, dans des pays sillonnés par des voies de communications rapides qui les rapprochent et les réunissent avec une facilité que pourraient envier de nombreux pasteurs d’âmes de contrées plus civilisées. Nous nous réjouissons de ces conditions nouvelles de la vie apostolique, nées du progrès matériel, car elles procurent à tous les faveurs d’un fraternel réconfort aux heures difficiles.
Parmi les événements douloureux de l’année, nous signalerons encore la terrible famine qui a durement éprouvé la Mission du Laos et a réduit les chrétiens et les païens à une misère extrême ; la disette qui a sévi en Cochinchine Orientale ; le tremblement de terre de Mandalay qui a causé de graves dommages à la Cathédrale, à la Léproserie et à d’autres constructions importantes. Ajoutées aux horreurs des pillages dans les villages et les bourgs de la Chine, ces calamités constituent la part de bonne souffrance, par laquelle Dieu achève de purifier les âmes.
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Le Souverain Maître a toujours soin de mêler des consolations aux tribulations de ses serviteurs. C’est ce qu’il a réalisé pour nous. Nous nous plaisons à rappeler la nomination et le sacre de Mgr Jean-Pierre Rey, archevêque de Tôkiô, et de Mgr Jean-Claude Combaz, évêque de Nagasaki. Tout récemment, le Saint-Siège a donné un successeur au regretté Mgr Belleville et confié la direction de la Mission du Tonkin Méridional à Mgr Andréa-Léonce-Joseph Eloy, évêque titulaire de Magydos. Mgr Victor-Charles Quinton a été nommé évêque titulaire de Laranda et coadjuteur avec future succession de Mgr Mossard.
Nous adressons aux nouveaux Prélats nos vœux respectueux de long et fécond épiscopat et nous prions Dieu de répandre ses bénédictions sur les œuvres dont ils ont la direction.
Nous mentionnerons aussi la belle fête de famille qui a réuni autour de Mgr Gendreau, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son sacre, le 155 octobre dernier, plusieurs de ses Collègues dans l’épiscopat et la plupart de ses Missionnaires. Mgr de Chrysopolis a reçu, en ce jour, de touchants témoignages d’affectueuse vénération : la lecture d’un Bref de notre Saint-Père le Pape Pie X, le nommant assistant au Trône pontifical, a jeté sur cette journée un chaud rayon de joie religieuse.
Avant de terminer ce préambule, nous adressons l’expression de notre respectueuse synmpathie à Mgr Cuaz, qui retenu en France depuis plusieurs années par le mauvais état de sa santé, a prié le Saint-Siège de le décharger du gouvernement du Vicariat du Laos ; la demande a été agréée. Mgr d’Hermopolis, que des liens indissolubles attachent à sa chère Mission, la servira encore, nous en avons la confiance, pendant de nombreuses années par ses prières et son dévouement à ses œuvres.
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