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Lettre commune

Année: 1919
Numéro: 59
Rédacteur:

SOCIÉTÉ

DES


MISSIONS - ÉTRANGÈRES
____


Compte rendu des travaux de l’année 1919





SÉMINAIRE Paris, le 31 décembre 1919 .
DES
MISSIONS-ÉTRANGÈRES
____

LETTRE COMMUNE
Nº 59



A Nosseigneurs les Évêques
et à Messieurs les Missionnaires
de la Société des Missions–Étrangères


NOSSEIGNEURS ET MESSIEURS,

L’an dernier, nous commencions, la lettre d’envoi du Compte rendu des travaux de 1918 par les premiers mots de l’hymne d’actions de grâces « Te Deum laudamus », remerciant Dieu de tout notre cœur d’avoir enfin accordé la paix au monde et la victoire à notre pays.
La fin du sanglant conflit a permis, dès cette année, au plus grand nombre de missionnaires mobilisés de rejoindre leurs missions respectives. Ils sont partis avec le même élan et le même zèle qu’à leur premier départ de France, brisant une seconde fois les liens très forts et très doux qui les attachent à leur patrie et à leur famille, avides de retrouver ceux qu’ils ont reçu mission de sauver. Avant leur départ une retraite leur fut prêchée au Séminaire de Paris, par un religieux franciscain, dont les instructions, remplies d’une solide doctrine et descendant dans les détails précis de son application à la vie pratique, furent très goûtées par tous.
Les résultats obtenus au cours de l’année ne diffèrent pas notablement de ceux indiqués dans le compte-rendu du précédent Exercice. L’absence des comptes-rendus de plusieurs missions ne nous a pas permis de donner les résultats avec autant d’exactitude que nous l’aurions désiré pour l’ensemble de nos 35 Missions. Nous enregistrons:

28.091 baptêmes d’adultes.
104.945 baptêmes d’enfants de païens.
223 conversions d’hérétiques.

Le Bon Maître a appelé à la joie de la récompense éternelle 37 de nos confrères. Leur mort diminue le nombre déjà bien insuffisant des ouvriers qui travaillent dans le champ immense confié par Dieu à notre Société, et les partants de l’année qui vient, encore moins ceux des années prochaines, ne pouront combler les vides. Pourtant, nous ne perdons pas l’espoir de voir luire bientôt des jours meilleurs.
La voix du Pontife suprême vient de jeter à nouveau aux ouvriers apostoliques dans un document solennel — la lettre Apostolique Maximum Illud — l’ordre du Maître à l’apôtre Pierre : Duc in altum ! Ce n’est pas sans un reconnaissant merci que nous avons entendu le Pape Benoît XV inviter tous les évêques du monde catholique à favoriser les vocations apostoliques, et recommander à nouveau à tous les fidèles les œuvres qui soutiennent les missions. Ce n’est pas sans fierté pour l’œuvre accomplie par ceux qui nous ont précédés que nous l’avons entendu nous rappeler l’utilité et la nécessité du clergé indigène, les soins que l’on doit apporter à sa formation, car nos premiers Vicaires Apostoliques avaient déjà fait de cette œuvre le premier but de la Société des Missions-Etrangères. Nous pouvons espérer que la parole du Pape sera entendue, que de nombreux séminaristes accourus de tous les diocèses de France — dont les séminaires, pour la plupart, commencent à se repeupler — se présenteront pour continuer la tâche accomplie par nos aînés au prix de tant de labeurs, arrosée de tant de souffrances et fécondée de tant de sang, et que le « Duc in altum » tombé des lèvres du Souverain Pontife préludera à une magnifique moisson d’âmes.
Et nous sommes heureux de reconnaître, en la nomination de Mgr de Guébriant, comme Visiteur Apostolique de la Chine et des pays adjacents, une preuve particulière d’estime et d’affection du Saint-Père pour notre famille des Missions-Etrangères. Une charge analogue donnée à nos premiers Vicaires Apostolique ; marquait la confiance que Rome avait alors dans notre Société naissante ; cette nomination affirme aujourd’hui que cette confiance fut bien placée, et elle semble dire que, plus que d’autres encore s’il est possible, nous nous sommes appliqués à réaliser, dans l’œuvre d’évangélisation des païens, les volontés, les désirs et la pensés du Saint-Siège. Daigne le vénéré Prélat trouver, dans ces lignes, l’hommage de notre respectueuse sympathie et nos félicitations, pour l’œuvre déjà heureusement accomplie !
Au moment où nous mettons sous presse, huit de nos évêques, représentant les huit groupes de nos Missions, prennent le chemin de Rome. Ils s’en vont dans la Ville Eternelle, au cœur de la catholicité, traiter ensemble de tout ce qui concerne l’avenir de nos Missions, des problèmes nouveaux soulevés par la situation actuelle de l’Etrême-Orienl. Ils y assisteront aux fêtes de la canonisation de la Bienheureuse Jeanne d’Arc et de la Bienheureuse Marguerite-Marie qui seront marquées, tout nous le fait espérer, par un rapprochement sincère entre l’Eglise et sa fille aînée.
De cette réunion de nos évêques, de ces fêtes solennelles où seront glorifiées deux saintes de notre sol dont le rayonnement universel est extraordinaire, parce qu’elles sont, l’une la plus belle incarnation du patriotisme, l’autre la plus manifeste expression de ce que nos aïeux appelaient les gesta Dei per Francos, n’est-il pas permis d’attendre les plus féconds résultats pour l’œuvre apostolique confiée à notre zèle, commencée et continuée par la France depuis plus de deux siècles et qui a besoin aujourd’hui encore d’être alimentée et soutenue par elle ?
Afin d’obtenir de Dieu l’accomplissement de ces espoirs, nous unirons ensemble nos prières et nous déposerons nos vœux aux pieds de la Vierge Immaculée, Reine des Apôtres, afin qu’elle nous donne de réaliser, au plus tôt, ce qui est le but suprême de notre vie :
« Ut sermo tuus currat et clarificetur et omnes gentes cognoscant te solum Deum verum et quem misisti Jesum Christum. »
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