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Pallu Lambert de la Motte |
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0 - Avant-propos - Introduction |
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1 |
Avant-propos
Au début du xviie siècle, après la création de la Congrégation de la Propagande (1622), l’Église manifesta un profond désir de favoriser l’action missionnaire. Le Saint-Siège entendait aussi reprendre la direction des missions dans les terres nouvellement explorées, dont le monopole avait été accordé au Portugal et à l’Espagne par le pape Alexandre VI, depuis le traité de Tordesillas (1494). Aussi accueillit-il avec intérêt les propositions du jésuite Alexandre de Rhodes, quand il vint à Rome vers 1650 plaider pour l’envoi en Asie d’évêques qui auraient la responsabilité de promouvoir un clergé indigène, en mesure d’assurer le soin des fidèles, et seul capable de survivre en temps de persécution. Mais la Congrégation n’avait alors ni soutien ni ressources, et les papes hésitaient encore à prendre des initiatives, susceptibles d’entraîner un conflit avec l’Espagne ou le Portugal.
En 1653, Alexandre de Rhodes vint porter son message en France. Sa plaidoirie pour l’envoi d’évêques en Asie fut entendue et remporta un franc succès près du clergé de Paris. Il trouva même des volontaires parmi les jeunes ecclésiastiques de l’Aa (Association d’amis). Les membres de la Compagnie du Saint-Sacrement qui, depuis longtemps désiraient collaborer à l’œuvre missionnaire, décidèrent de leur côté de mettre leur influence et leurs ressources au service de ce beau projet. Des suppliques furent adressées aux papes Innocent XI et Alexandre VII. Des évêques et des laïcs de France intervinrent. Une dernière démarche de la Compagnie du Saint-Sacrement et de l’Aa finit par convaincre les cardinaux de la Propagande, et quatre évêques furent nommés, avec le titre de vicaires apostoliques : Mgr François de Laval Montmorency, Mgr François Pallu, Mgr Lambert de La Motte et Mgr Ignace Cotolendi.
L'un d'eux, Mgr François de Laval Montmorency, fut envoyé comme vicaire apostolique au Canada. Il participa à la fondation du Séminaire des Missions Etrangères, mais plus tard la mission du Canada fut amenée à fonctionner indépendamment de la Société des Missions Étrangères de Paris. Les trois autres vicaires apostoliques partirent vers l'Asie : Mgr François Pallu, comme vicaire apostolique du Tonkin et administrateur des provinces de Chine limitrophes du Tonkin, Mgr Pierre Lambert de la Motte, comme vicaire apostolique de la Cochinchine et administrateur des provinces méridionales de la Chine, Mgr Ignace Cotolendi, comme vicaire apostolique de Nan-kin et administrateur des provinces orientales de la Chine, de la Tartarie et de la Corée. Avant leur départ pour leurs missions respectives, les vicaires apostoliques reçurent du pape Alexandre VII, dans l’Instruction de 1659, des directives très précises qui peuvent être ramenées à trois chefs : créer un clergé autochtone aussi nombreux et aussi bien formé que possible, s'adapter aux mœurs et coutumes du pays, ne prendre aucune décision importante sans en référer à Rome.
Mgr Lambert de La Motte quitta la France en juin 1660, Mgr Cotolendi en juillet 1661 et Mgr Pallu le 3 janvier 1662. Chaque évêque était accompagné de prêtres et de laïcs. Ils étaient, en tout, 17 missionnaires à quitter la France pour l'Asie. Huit moururent en route, y compris Mgr Cotolendi qui fut inhumé sur le rivage oriental de l'Inde. Les survivants finirent par atteindre Ayuthaya, la capitale du Siam, qui était alors l'une des rares régions où des étrangers pouvaient débarquer en sécurité.
Les vicaires apostoliques, considérés comme les véritables fondateurs de la Société des Missions Étrangères, ne s’étaient pas fixé de règle de conduite avant de quitter la France, et n’en avaient tracé aucune à leurs confrères missionnaires. Ne possédant ni la connaissance de la langue, ni l’expérience de la vie apostolique, et ne sachant rien de la mentalité des nouvelles peuplades qu’ils allaient rencontrer, ils préférèrent attendre leur arrivée en mission avant d’établir des règlements d’un commun accord « afin que chacun observât plus facilement les lois qu’il aurait lui-même proposées ou du moins approuvées ».
Ils cherchèrent d’abord leur inspiration dans la retraite et la pé-nitence, prièrent et jeûnèrent pendant plusieurs jours, ouvrirent la réunion par la célébration d’une messe du Saint-Esprit, et distribuèrent les matières à traiter « recommandant à chacun d’en appuyer toutes les maximes et toutes les décisions sur l’Écriture, sur les saints canons, sur les constitutions des Souverains Pontifes, la doctrine des Pères, les exemples des Saints et surtout de Saint François Xavier ». De ces travaux mis en commun et coordonnés sortit un livre intitulé : Instructiones ad munera apostolica rite obeunda, perutiles missionibus Chinæ, Tunchini, Cochinchinæ, atque Siami accomodatæ a missionariis S. Congre-gationis de Propaganda Fide, Juthiæ Regia Siam congregatis (Instructions pour remplir convenablement les fonctions apostoliques, très utiles aux missions de Chine, du Tonkin, de Cochinchine, de Siam, par les missionnaires de la S. Congrégation de la Propagande, réunis à Ayuthaya, capitale de Siam).
L’éminent théologien Jean Bonna, abbé de Saint-Bernard et consulteur du Saint-Office, déclara les Monita « remplies de l’esprit apostolique, conformes à la foi orthodoxe et nécessaires aux prêtres travaillant dans les missions au salut des infidèles ». Le pape Clément IX les approuva avec éloge, et la Congrégation de la Propagande les fit imprimer à ses frais en 1669.
Par la suite, de nombreuses éditions des Monita sortirent des presses de la Congrégation de la Propagande, et à partir de la fin du xixe siècle sur les presses de la Société des Missions Étrangères à Hongkong. La Société des Missions Étrangères les édita pour la première fois en 1893 sous l’intitulé abrégé : Monita ad Missionarios S. Congregationis de Propaganda Fide (Instructions aux Missionnaires de la S. Congrégation de la Propagande). En 1920, le Père Albert Geluy, missionnaire de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie (Scheut), en réalisa une traduction française. Cette traduction, qui a conservé toute sa valeur, est reprise dans la présente édition.
Puissent les Monita, qui ont servi de vade-mecum aux prêtres de la Société des Missions Étrangères depuis le xviie siècle, encore fortifier le cœur et guider l’action de nombreux missionnaires à travers le monde.
Introduction
Pourquoi la réédition d’un texte vieux de plus de trois siècles ? Et de surcroît en un temps qui a la hantise de la nouveauté, de l’avenir, même s’il se plaît à évoquer l’image rassurante de grand-mère qui sait faire un bon café, ou de bonne-maman, pour proposer des « confitures comme avant ». Est-ce là faire preuve d’un attachement irraisonné et irrationnel au passé ? et par là méconnaître le nécessaire aggiornamento entrepris par l’Église à Vatican II ? Et en ce qui concerne la Mission serait-ce ignorer les impératifs de ce qu’on appelle l’inculturation, les légitimes revendications des Églises locales en quête d’identité culturelle ?
Mais ne peut-on dire plus justement qu’il s’agit d’autre chose ? D’acquérir une meilleure compréhension de l’histoire, de notre condition temporelle, des relations entre cultures, civilisations et religions différentes, et cela en prenant connaissance d’un livre écrit en un « moment » important de notre histoire. Notre esprit est pénétré sans même que nous en ayons conscience d’une idéologie erronée et simpliste concernant le temps vu uniquement comme progrès. Lévi-Strauss la dénonce, à juste titre, comme liée au racisme dans son essai « Race et Histoire ». Les scolastiques médiévaux, dont on dénonce volontiers le culte envers les anciens, avaient une attitude plus judicieuse : « Nous ne trouverons jamais la vérité si nous nous contentons de mettre nos pas dans les traces laissées par nos aînés. Nous voyons plus loin qu'eux, car nous sommes des nains montés sur des épaules de géants ». Penser la fidélité sur le mode de la répétition ou de la reproduction, c’est la méconnaître. Prétendre faire table rase du passé, c’est tout ensemble se mutiler et se repaître d’illusions. Se confronter encore aujourd’hui à ce texte rédigé par nos fondateurs, ce n’est ni vouloir maintenir un passé en le répétant, ni contester ses insuffisances ou inadéquations, c’est assumer la démarche, tout ensemble critique et constructive, qui était la leur et qu’ils ne pouvaient, pas plus que nous, mener à son terme. L’histoire est en cours et il n’y a, dans l’histoire, de Vérité que prophétisée et d’innocence que pardonnée.
La Foi, écoute et accueil de la Parole de Dieu accomplie en Jésus-Christ, ne nous fait pas sortir du temps, mais nous donne d’advenir à nous-mêmes, à notre être libre, en mettant en œuvre toutes les potentialités qui ne cessent de nous être données. La Foi étant accueil de la Parole voit son intelligibilité solidaire du symbole de la semence. Il y a là une mise en garde contre toute prétention à identifier la semence aux expressions qu’elle a fait lever, contre la présomption que la moisson est déjà faite. Notre livre est né d’une démarche et d’un engagement critiques dans une histoire qu’il ne commence ni n’achève. Ce qu’il y a de permanent en lui, c’est l’invitation à prolonger la marche dont il témoigne sans pour autant l’inaugurer. Le permanent a pour l’homme son lieu dans le temporel, comme l’universel a le sien dans le singulier et le particulier. Une telle manière de voir entraîne l’exigence de la distinction et du discernement sans autoriser la séparation. En inscrivant la Parole dans le temps, la foi y devient source de permanence comme en l’introduisant dans le singulier elle devient principe d’ouverture et de rencontre. Chaque peuple a tendance à s’identifier à l’Homme, comme il identifie sa culture à la Culture, sa religion à la Religion, oubliant que « l’homme passe l’homme », qu’aucune définition ne saurait être à sa mesure. L’accueil de la Parole de Dieu doit conduire l’homme non à sacraliser la compréhension qu’il en a, la considérant comme un absolu, mais à rester à l’écoute. Toute « inculturation » trouve là sa limite. Il n’est pas et il ne peut pas y avoir de « culture chrétienne » ou, si l’on veut, de traduction adéquate de la Parole. Toute théologie reste pénétrée d’idéologie et en tension vers ce qu’elle cherche…
L’un des mérites et non des moindres, de ce livre, consiste à faire de la prière, des mains jointes qui renoncent à la prise, de la méditation de l’Évangile jamais adéquatement « compris », la source de toute critique et le principe de toute entreprise évangélisatrice. Encore faut-il se garder de glisser dans ce mot de « prière » les clichés qui peut-être nous sont familiers. La prière dont il est ici question qualifie une manière de se tenir face à l’Évangile, à la Parole-Semence, dont la terre d’accueil est l’homme avec son intelligence et les ressources dont elle peut se doter au cours de sa pérégrination… Il ne s’agit nullement d’opposer, par exemple, le travail intellectuel avec les instruments et les méthodes dont il doit user, et une attitude dite de foi et de contemplation. Pour reprendre une référence devenue cliché, la chouette du philosophe prend son envol à la tombée du jour et Marie n’est pas moins « active » que Marthe. Et les vicaires apostoliques font de l’étude et d’une connaissance approfondie des langues, des cultures et des religions, un impératif absolu. Ne sont pas rares pourtant ceux qui voient en cela des exigences récentes, se donnant ainsi le ridicule de réinventer le fil à couper le beurre. Peut-être la théologie occidentale a-t-elle méconnu ou sous-estimé l’ethnocentrisme culturel dont elle est solidaire et qu’à son insu elle continue à promouvoir ?
Le souci des vicaires apostoliques de désolidariser la Mission des entreprises commerciales, a pour raison première la volonté de manifester et de sauvegarder la primauté et la gratuité de l’Évangile. Il ne faut voir là nul mépris de l’économique mais plutôt la mise en garde contre sa nocivité quand il se fait dominant avant de devenir « impérialiste ». Il ne faut pas oublier que les vicaires apostoliques se situent à un moment où une nouvelle approche de la réalité économique se fait jour. En 1615 Montchrestien a publié son célèbre Traité d’économie politique. Les vicaires apostoliques réagissent face aux intrications de l’économie et de la mission qu’ils observent. Mais après Montchrestien sont venus A. Smith, K. Marx, l’O.M.C. et les idéologies qui les portent ou les accompagnent. Suffit-il au missionnaire de ne point se mêler d’économie ? La solution proposée est à la mesure de la prise de conscience des effets négatifs constatés. Elle ne va pas au bout de la prise de distance qu’elle implique, des analyses anthropologiques, sociologiques, culturelles ou religieuses qu’elle rend possibles ou entraîne. Les hommes, chrétiens ou pas, ont à résoudre les questions qu’ils rencontrent, mais celles-ci demeurent à l’intérieur des réponses données. Trop pressés de sortir de la perplexité générée par la question, on succombe à la séduction de la réponse, méconnaissant cette mise en garde de Marx dans La Question juive : « La formulation d’une question est sa solution ».
Les auteurs de ces Instructions peuvent ignorer les multiples formes que peut prendre la violence alors même qu’ils font de l’humilité une vertu essentielle du missionnaire, vertu d’écoute et d’attention à l’autre par excellence. Mais ils récusent et condamnent, sans la moindre hésitation, la violence des armes lorsqu’il s’agit d’introduire l’Évangile. Tout en ne voulant pas « se prononcer sur ce qui s’est passé aux Indes où on a fait usage de la violence et des armes » ils dénoncent les missionnaires qui n’ont pas honte de proférer des paroles telles que « il ne faut rien attendre des clefs de St. Pierre pour la conversion des infidèles, si le glaive de Paul n'ouvre le chemin ». A cette époque une nouvelle réflexion sur le Pouvoir se met en place. Le De Cive de Hobbes, traduit en français, paraît en 1640. Pour les vicaires apostoliques, il est évident que Évangile et Liberté s’impliquent mutuellement. L’une des raisons de la fondation de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, en 1622, a été de désolidariser mission et politique. La mise en garde contre l’utilisation des « moyens humains » peut nous paraître surprenante ; mais il faut la voir comme expression de la volonté d’assurer la proposition de l’Évangile sur un mode libre. Les moyens humains concernent tout ce qui pourrait compromettre ou voiler la lumière propre qui émane de l’Évangile. La connaissance des langues, des cultures et des religions est présentée comme impérative. On peut estimer que manque une réflexion satisfaisante sur les conditions d’un vrai dialogue. Mais sur ce point, aujourd’hui même, dépasse-t-on la rengaine impérative et incantatoire, ou des syncrétismes plus ou moins aléatoires ?
Quelques remarques encore pour prolonger la manière de lire suggérée. Si les vicaires apostoliques trouvent dans l’Écriture même le ferment critique qui les a guidés dans leur démarche, la rencontre effective avec les peuples, leur culture, leur religion ne manque pas de les interroger. Ils recommandent de rechercher les points de convergence, d’accord possibles, mais ils redécouvrent aussi ce que certaines formulations dogmatiques peuvent avoir de déroutant, de difficile à accepter quand elles ne bénéficient pas de la force qui émane d’un consentement culturel. Ils tentent ainsi un rapprochement avec la métempsycose à propos du péché originel. Pour timides et balbutiantes qu'elles soient, de telles considérations nous mettent peut-être sur la voie d’une quête du sens. Il nous faut apprendre à rapprocher les affirmations par les questions auxquelles elles tentent de répondre plutôt que par une confrontation directe. L’inculturation de l’Évangile en occident a pu en être une appropriation et par là conforter un ethnocentrisme tout en le dénonçant… Toute idéologie, même celle qui se forme au contact de l’Évangile, demeure soumise à la critique qui en permanence émane de lui.
G. Espie
Au Souverain-Pontife Clément IX.
Très Saint-Père,
Du moment où Dieu, dans sa bonté, daigna nous appeler malgré notre indignité aux Missions Apostoliques, et où il plut à Votre Prédécesseur, le Pape Alexandre VII, de pieuse mémoire, de nous élever à la dignité épiscopale et de nous envoyer convertir les Gentils, rien ne nous tint plus à cœur que de nous dépenser tout entiers à l’accomplissement d’une charge à la fois si noble et si importante. Nous avions beaucoup entendu, nous avions lu beaucoup ; mais nous avons vu davantage encore de nos propres yeux, et surtout, dans les réunions avec des confrères des Missions, nous avons pu étudier plus à fond les renseignements qu’avait fournis notre expérience commune. Un évènement opportun n’a certes pas peu contribué à nous instruire : à peine étions-nous parvenus aux limites du territoire qui nous avait été confié, qu’il nous fallut, malgré nous, nous y arrêter. La divine Providence retarda si bien nos efforts, que nous ayant ainsi mis à même de nous rendre compte de ce qu’il faudrait faire ou éviter, Elle a d’autant mieux assuré la réussite de la moisson.
Nous avons saisi sur le vif l’énorme influence des vertus des Prédicateurs de l’Évangile, et de la sainteté de leur vie dans la conversion des Infidèles. De même, l’expérience a été retardée et même entravée par l’indignité des messagers de la paix, maculés qu’ils étaient de la boue du siècle. Des auteurs très sérieux, et en tout premier lieu Joseph Acosta 1, font entendre sans détour que la ruine et la disparition de très florissantes missions et des immenses espoirs qu’elles justifiaient, doivent être attribuées soit à la conduite non en tout point louable de certains ouvriers apostoliques, soit à l’opposition existant entre leur manière de propager l’Évangile et l’Évangile lui-même, soit à leur nonchalance ou à leur ignorance. Aussi, voulant préserver de semblables malheurs les lieux commis à notre sollicitude, et estimant qu’il rentrait dans nos attributions de les prévenir, nous avons brièvement rassemblé dans ce recueil l’Instructions, tout ce que nous avons cru de nature à les éloigner.
Ainsi donc, dans cet ouvrage, nous avons exposé comment des mœurs trop libres doivent être évitées par la pratique des vertus apostoliques (chap. I) ; nous avons pris soin de corriger la manière défectueuse de répandre l’Évangile, en nous inspirant de celle du Christ et des Apôtres et en exposant la façon de le prêcher dignement (chap. II, III et IV). Enfin nous nous sommes efforcés de dissiper les ténèbres de l’ignorance ; à cette fin, nous avons exposé les devoirs qu’impose la charge apostolique en ce qui concerne les Infidèles (chap. V), les Catéchumènes (chap. VI), les Candidats au Baptème et ceux qui y sont admis (chap. VII), les Néophytes (chap. VIII), les Chrétiens formés (chap. IX), les Catéchistes à promouvoir au Sacerdoce (chap. X). Nous avons ajouté en Appendice des avis d’une grande utilité concernant soit une méthode d’enseignement plus facile, soit les choses à enseigner.
Lorsque le Siège Apostolique nous envoya en Extrême-Orient, sa pensée et sa principale recommandation fut que nous formions des prêtres qui pussent être un jour dans ces pays de solides colonnes de l’Église naissante. Nous avons donc pensé qu’il serait bon de traiter les dogmes principaux du Christianisme, non par manière d’acquit et comme en passant, mais, pour autant que le permettait la brièveté de l’ouvrage, d’une façon appronfondie.
En conséquence, nous avons d’abord démontré qu’une vraie Religion est nécessaire et que de fait elle existe, à savoir la Religion par laquelle est rendu au Dieu de toute bonté et de toute grandeur le culte qui Lui est dû en justice ; nous avons proposé ici un concept ou une idée de Dieu, adaptée au sens commun (chap. V, art. I, 2, 3, et 4).
En second lieu, nous avons montré et la nécessité et l’existence d’un seul Médiateur Notre-Seigneur Jésus-Christ ; nous avons montré que la Loi qu’Il a annoncée n’est pas nouvelle et ne diffère pas essentiellement de la Religion (qui depuis la création du monde fut toujours nécessaire au salut) ; elle en est seulement le complément et comme le couronnement, à tel point qu’on ne peut rien y ajouter et qu’il est impossible d’atteindre un idéal plus élevé (chap. VI, art. 3, 4, 5, 6, 7 et !).
En troisième lieu, nous avons prouvé qu’il doit exister dans la vraie Religion une Église visible : société ordonnée de tous les fidèles, et qu’elle doit se manifester au dehors par des qualités et des notes qui la rendent évidente à tous ; enfin nous avons démontré que l’Église Romaine est dotée de ces caractères, de sorte que tout homme clairvoyant et équitable doit confesser qu’elle est la véritable Église (chap. VI, art. 10 et 11).
Si les Missionnaires et les Catéchistes ont toujours ces dogmes devant les yeux et les repassent sans cesse dans leur esprit, eux aussi verront leur foi s’affermir de plus en plus ; ils auront ainsi sous la main de quoi défendre la Foi catholique contre les efforts de tous ses ennemis. En effet, la première démonstration ébranle les erreurs de tous les païens. La seconde s’oppose à l’impiété mahométane, montre leur ignorance aux philosophes et réprime l’audace des autres ennemis du nom chrétien. La troisième enfin, du fait qu’elle fait voir que l’Église Romaine, gardienne perpétuelle de la foi, chargée d’enseigner la vérité, doit être écoutée de tous, renverse en même temps les sectes schismatiques ; elle montre que leurs adeptes, en s’écartant de la foi et de la charité, errent aussi très loin de la voie du salut.
Très Saint Père, une seule chose, et certes la principale, manquait à ce travail : nous voulons dire, l’éclat très illustre de Votre Nom, lequel aurait pour effet d’attirer l’estime de tous sur ces Instructions écrites dans le but de former à la piété et au zèle apostolique. Fortes de ce patronage, elles n’auront rien à redouter ; elles seront certaines de remporter la victoire sur l’erreur et le vice. Daignez accepter ce tendre hommage de Vos fils et leur accorder le bienfait de Votre bénédiction.
Les très humbles et très obéissants serviteurs de Votre Sainteté :
François, Évêque d’Héliopolis,
Vicaire Apostolique du Tonkin, etc.
Pierre, Évêque de Béryte,
Vicaire Apostolique de Cochinchine, etc.
Aux missionnaires
François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège Apostolique, Évêque d’Héliopolis et Vicaire Apostolique du Tonkin, etc.
Et Pierre, par la grâce des mêmes, Évêque de Béryte et Vicaire Apostolique de Cochinchine, etc.
A nos chers frères dans le Seigneur, nos compagnons de lutte et nos coopérateurs,
Grâce et paix dans le Seigneur.
Cette charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vous a enlevés à votre patrie pour gagner des âmes au Christ et porter secours aux provinces abandonnées, cette même charité nous fait un devoir d’user de notre sollicitude et de notre amour paternel envers vous, et d’ainsi vous faciliter, vous aplanir la route pour que vous puissiez accomplir jusqu’au bout votre carrière apostolique et procurer le salut des âmes à nous confiées. C’est pourquoi, joignant nos conseils à ceux de nos frères réunis avec nous, nous avons rédigé ces Instructions où vous trouverez ce qui concerne soit la perfection de l’homme apostolique, soit les devoirs que votre vocation vous impose. Ainsi réunis par une façon de vivre uniforme et une vie plus sainte, puissiez-vous toujours conserver une même et vraie méthode d’enseignement et un même genre de vie.
Mettez-vous donc à l’œuvre, mes Frères, afin d’être trouvés fidèles et de réaliser la pressante recommandation de l’Apôtre : « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau à la garde duquel le Saint-Esprit vous a établis »1. Si vous ne vous surveillez pas, vous ne serez pas en état de remarquer ce qui vous manque pour vous acquitter convenablement du ministère, ni de mettre à profit comme il le faudrait les talents même extraordinaires dont vous seriez doués. En conséquence veillez sur vous-mêmes d’abord ; à qui pourra-t-il faire du bien, celui qui pour lui-même est mauvais ? Portez ensuite votre attention sur le troupeau que vous devez paître : l’accroissement de votre vertu et de votre piété en dépend ; telle est, en effet, la tâche apostolique que, tandis que les Missionnaires se dépensent à la formation et au perfectionnement des autres, elle les rend plus parfaits et plus saints.
Aussi, au nom de Dieu, nous vous supplions et nous vous conjurons de vous montrer en tout dignes de votre charge d’apôtres : voyez, veillez et priez. Voyez et méditez attentivement ce que nous écrivons touchant la perfection du Missionnaire ; priez pour le comprendre et le reproduire dans vos mœurs ; veillez et prenez garde de n’y jamais manquer. Quant à nous, avec l’Apôtre, nous supplions le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ « de vous donner, selon les trésors de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit pour le perfectionnement de l’homme intérieur : que Jésus Christ habite dans vos cœurs par la foi, de sorte que, étant enracinés et fondés dans la charité… vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu 2 — que vous soyez sans reproche, simples, enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu de ce peuple pervers et corrompu, parmi lequel vous brillez comme des flambeaux dans le monde 3 — que selon votre vocation et élection à laquelle le Seigneur Jésus vous a appelés, vous alliez et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure 4. »
Ces Instructions aux Missionnaires, avec leur Appendice, par ordre de la Sacrée Congrégation de la Propagande, ont été lues avec soin, ont été trouvées en accord avec l’esprit apostolique, conformes à la foi orthodoxe et nécessaires aux prêtres travaillant dans les missions au salut des Infidèles.
Rome, monastère de Saint-Bernard aux Thermes, le 19 février 1669.
D. Jean Bona,
Abbé de Saint-Bernard,
et Consulteur de la Sainte Inquisition
Romaine et Universelle.
Préface
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Béni soit Dieu le Père pour sa grande miséricorde : Il nous a aimés ; Il daigne promouvoir à tout instant l’œuvre qui nous est confiée ; alors que, venant d’échapper à de nombreux et sérieux périls, nous nous hâtions de visiter les postes de nos missions (aussi éloignés les uns des autres que différents), Il nous a doucement forcés contre toute attente à rencontrer en un même lieu nos missionnaires. Nous avons tâché de découvrir dans cet événement le secret dessein de la Providence et de rechercher ce que demandait de nous ce suprême Seigneur et Maître. Il ne nous fut pas difficile de reconnaître qu’il n’y avait rien de mieux pour nous que de parcourir presque toutes les régions de l’Orient où se trouvent des chrétiens, et instruits des différentes méthodes qu’on a essayées, de nous rendre compte de ce qui serait de nature à favoriser la diffusion de la foi, comme de ce qui pourrait la retarder. Nous avions avant tout à rechercher avec soin l’état de la religion chrétienne et à acquérir la connaissance des maux qui s’y développent. Ensuite, réunis à nos collaborateurs, notre première sollicitude, selon le mot de l’Apôtre (I Tim., IV, 16) : « Veillez sur vous-même et sur votre enseignement », devait être celle de notre salut et de celui de nos missionnaires ; c’est pourquoi il nous fallut arrêter ce qu’il y avait à faire ou à éviter pour ne pas tomber dans la mauvaise voie. Enfin, prenant pour guide les règles apostoliques, nous devions établir quelle est la vraie, la bonne méthode pour propager la foi.
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