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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 5 - Conversion des infidèles
Article: 1

Chapitre V

Comment le missionnaire doit s’y prendre
pour travailler à la conversion des infidèles


ARTICLE 1

Principaux dogmes sur lesquels repose
la nécessité de la religion

La nature semble avoir doué l’homme du sens religieux et d’une certaine connaissance de Dieu.Tous cependant n’ont pas eu les mêmes idées sur la religion.Il n’est, nous le voulons bien, presque personne qui n’admette un principe suprême de toutes choses.Mais il en est qui se sont imaginés n’avoir rien à craindre d’un Dieu, bon de sa nature et tout bienfaisant, de qui il est inutile de se concilier l’amitié par des sacrifices et des prières; ils ont cru devoir apaiser les démons qui ne songent qu’à nuire et ont le cœur plein de haine. D’autres avec les Epicuriens prétendent que Dieu ne s’occupe pas des choses de ce monde sublunaire, et lui refusent en conséquence un culte dont, ajoutent-ils, il n’a nul besoin, attendu que sa souveraine perfection se suffit à elle-même. Une dernière catégorie vit dans le plus complet oubli de Dieu et dans la honte suprême d’être asservie au culte des idoles.
Eh bien, si les principaux fondements de la Religion, tels que nous allons les exposer sont présentés comme ils doivent l’être, aux Gentils par le missionnaire, ils dissiperont sur le champ les épaisses ténèbres de ces erreurs, et plus aucun homme de bon sens n’hésitera à s’avouer convaincu de la nécessité de la vraie religion. Car celle-ci a de par sa nature une telle vertu, qu’il suffit à l’esprit de bien la saisir, pour comprendre les droits qu’a Dieu à nos hommages et pour être porté spontanément à les lui offrir; à cet effet, la grâce divine ne fait jamais défaut.
Voici donc à quoi le missionnaire donnera tous ses soins:
1° A prouver d’abord qu’il n’y a qu’un seul Dieu: que ce Dieu est bienveillant, qu’il pourvoit en père à nos besoins, qu’il veille avec un amour paternel aux intérêts de l’humanité et qu’il les gouverne dans son infinie sagesse. « Supposez, dit S. Augustin, supposez un instant que la Providence de Dieu ne préside pas aux évènements humains, et vous n’aurez plus à vous occuper de la religion. » (Lib. de utilit. credendi.)
2° A démontrer que notre âme est immortelle, pour éviter que, n’ayant pas la ferme conviction de cette vérité, on ne puisse dire avec celui dont parle l’Ecclésiaste: « Si un seul et même sort est réservé à l’insensé et à moi, à quoi bon me donner plus de peine que lui pour m’appliquer à la sagesse. » (Eccl. II, 15.)
3° A établir que le bonheur n’est pas de ce monde, mais appartient à l’autre vie, et que la vraie religion nous enseigne le moyen de l’obtenir.
4° A montrer que ce bonheur ne dépend ni de nos efforts, ni de l’assistance d’aucun être créé, mais que le secours divin seul peut l’accorder. S. Augustin le dit: « C’est Dieu seul qui nous le donne, et seul celui qui a fait l’homme peut le rendre heureux. » (Epist. 52.)
5° Enfin à montrer que l’homme, avec l’aide de Dieu, doit tout faire pour tendre à ce bonheur. Car, si aucun effort de notre part n’était requis pour nous donner le bonheur, nous n’aurions plus à nous occuper de la religion qui prescrit les moyens à employer pour l’acquérir.
A peine l’esprit aura-t-il acquis la conviction de ces vérités qu’aussitôt, à moins que le cœur n’ait été endurci par le péché, il commencera à avoir de Dieu une haute estime et à éprouver pour lui une affection remarquable. Il s’ensuivra que, la grâce divine aidant, il rompra toute attache aux biens passagers et périssables, pour ne plus aspirer qu’aux biens éternels et invisibles. Bientôt, fort de la divine Bonté, il s’appuiera sur une espérance et une confiance inébranlables, il honorera Dieu comme un Père plein de sollicitude, il lui rendra amour pour amour, se soumettra à ses ordres, et étonné de se trouver transformé, il ne pourra contenir sa joie et publiera les louanges de l’infinie Bonté. Il se répandra en actions de grâces, sentira l’aiguillon du remords sur sa vie passée, implorera son pardon avec larmes, et tombera à genoux devant son Créateur suprême pour s’offrir lui-même en holocauste.
Inutile de démontrer plus amplement ces vérités fondamentales; on les rencontre dans toutes les théologies, notamment dans les traités de la vraie Religion, tels L’Introduction au Symbole de Louis de Grenade et Le Triomphe de la Croix de Savonarole.
Mais le missionnaire doit prendre garde de proposer ces points fondamentaux, moins par des arguments subtils que par des raisons tirées du sens commun et appuyées d’exemples ordinaires. Il doit être convaincu qu’à l’école de la religion, c’est Dieu, lumière intérieure, qui donne l’intelligence et la met en possession de la vérité.
En traitant ainsi avec les païens, il évitera de paraître leur apporter un enseignement en tous points nouveau, mais il aura soin de les traiter comme s’ils avaient déjà une teinte de ces vérités. Il insistera sur les beautés qu’elles renferment, leur remettra en mémoire tout le plaisir qu’il y a à les contempler, leur fera voir combien elles sont puissantes pour les soutenir et régler leur conduite. Il les amènera ainsi peu à peu à y donner leur adhésion, pour produire finalement une empreinte plus profonde de ces vérités dans les âmes; à agir autrement il les jetterait dans le doute.
Il ne se proposera pas d’objections à résoudre, à moins qu’il ne s’en tienne à quelques-unes des plus ridicules, à celles qui sortent le plus communément de la bouche des infidèles et dont le seul énoncé est une flétrissure pour la cause de l’adversaire.Autrement il risquerait de donner des scrupules à des hommes faibles et grossiers, et de leur susciter par ces difficultés des aspérités sur la route si plane et si facile de l’Évangile.
L’objectif du missionnaire en abordant pour la première fois les infidèles, doit être de démontrer la nécessité de la religion, de former des adeptes fidèles et pieux. La principale de ses recommandations, celle sur laquelle il insistera toujours, aura donc trait à la paternelle providence de Dieu, à sa sagesse, à sa puissance, à sa sainteté, à sa véracité, à sa bonté, à sa justice et à sa miséricorde, bref à tous les attributs divins capables de produire en eux la foi, l’espérance, la crainte, le respect et la charité, ce sont autant de bons sentiments, source, aliment et sauvegarde de la religion.


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