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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 5 - Conversion des Infidèles
Article: 3

CHAPITRE 3

Conversion des Infidèles

ARTICLE 3

De la loi religieuse et de ses préceptes

Il ne suffit pas de connaître la nécessité de rendre à Dieu un culte religieux; il faut encore la claire notion de la nature de ce culte, des lois et des préceptes de la religion. Cette connaissance est nécessaire à tous, mais plus spécialement aux missionnaires et aux catéchistes. Car comment ramener les peuples de leurs vaines et superstitieuses observances à la religion véritable, si eux-mêmes ne la connaissent pas?
L’homme a deux vies: l’une actuelle en ce monde, l’autre qui l’attend dans le siècle futur.De là découle évidemment que deux lois s’imposent à lui: l’une naturelle, divine dans son origine, réglant sa vie ici-bas pour la rendre convenable et heureuse; l’autre, surnaturelle, destinée à le mettre dans l’autre vie en possession du bonheur qu’il ne peut atteindre par ses seules forces naturelles.
La loi qui nous impose les prescriptions relatives au culte divin et les moyens propres à l’acquisition de la vie bienheureuse, voilà ce que nous appelons la loi religieuse.
Pour expliquer plus clairement sa nature, le mieux est de la définir: une règle directrice de tous nos devoirs de justice envers Dieu considéré comme premier principe et modérateur universel.
Seulement, le mot de religion s’appliquant également, dans le langage ordinaire, à la loi précitée et à la vertu de religion, il importe d’éviter la confusion et de faire remarquer les deux sens distincts. Tout le monde entend la vertu de religion de la même manière; mais on se forme autant d’idées de la loi religieuse qu’il y a de religions dans le monde. La vertu de religion réside dans la volonté, la loi, dans l’intelligence.La première porte l’homme à rendre à Dieu le culte qui lui est dû, à l’adorer; la seconde nous indique la marche à suivre pour lui rendre ce culte. Celle-là a pour objet tous les actes qui dépendent de notre volonté (qu’intervienne ou non une autre faculté), qui concourent au service de Dieu, premier principe et modérateur de tout ce qui existe; celle-ci, outre ce qui a trait à l’exercice de ces mêmes actes, comprend les préceptes concernant les bases fondamentales de cette vertu, sans compter tout ce qui touche à l’acquisition, au développement et à la perfection de la charité, d’ailleurs sa fin et sa perfection propre.
De l’avis unanime et indubitable des saints Pères et des théologiens, bien plus, de l’Église tout entière, la loi religieuse que nous nommons vulgairement la Doctrine chrétienne, renferme essentiellement les préceptes des trois vertus théologales: la foi, l’espérance et la charité, et du culte de latrie, aussi bien intérieur qu’extérieur.Disons plus: depuis Adam jusqu’à nos jours, nul n’est parvenu à la béatitude éternelle que par les moyens suivants: la foi en un seul Dieu et en Jésus-Christ, médiateur, connu implicitement ou explicitement, et la croyance aux dogmes de la religion que nous avons indiqués plus haut; l’espérance d’arriver à la béatitude par les mérites et par le secours de la grâce de ce même médiateur; la charité, c’est-à-dire l’amour de Dieu par dessus toutes choses; l’exercice enfin du culte de latrie qui n’est dû qu’à Dieu seul.
La raison de ce quadruple précepte n’est pas difficile à saisir. Il appartient à la religion d’imposer à l’homme le devoir primordial de la plus entière soumission à Dieu.Or, on ne saurait imaginer soumission plus complète et plus parfaite que celle qui rive aux pratiques de la foi l’homme imbu de ces préceptes divins, par l’adhésion de son intelligence à l’infinie sagesse et véracité de Dieu; qui ne compte que sur sa toute-puissance pour lui sacrifier toute son énergie et toutes ses forces; qui, par la charité, dirige vers lui et lui voue en tant que souveraine bonté toutes ses affections; qui, par le culte extérieur de latrie, réduit le corps même en un heureux esclavage. Puisque le corps, aussi bien que l’âme, fait partie des dons de Dieu, l’un et l’autre doivent lui être soumis et consacrés à son service, et l’homme est en droit d’attendre la récompense de cette double sujétion.
Au point de vue du salut, dont il importe avant tout à l’homme de se soucier, et dans lequel la loi religieuse a son rôle à jouer, la nécessité des préceptes dont nous parlons apparaît plus claire encore. La première et la plus indispensable connaissance humaine, c’est celle de l’essence de son souverain bonheur: elle a une telle importance qu’elle ne tire pas moins à conséquence que les bonnes mœurs et la vie réglée. Mais, pour y parvenir, comme pour pénétrer les autres mystères sublimes de la religion chrétienne, l’esprit humain, privé de la lumière surnaturelle, est aveugle et sujet à une foule d’erreurs; l’expérience des philosophes de l’antiquité et des sages de tous les temps est là pour le prouver, et pour ainsi montrer la nécessité de la foi qui nous fait connaître ce souverain bien.
Or l’acquisition de ce bien est au-dessus des forces de la nature humaine: « Seul celui qui a fait l’homme peut le rendre heureux », dit S. Augustin.D’où évidemment la nécessité de l’espérance, appui nécessaire à l’homme pour surmonter tout ce qui fait obstacle au salut et lui permettre de parcourir la voie des commandements de Dieu.
La nécessité de la charité en découle également.Si la charité ne le commande et ne le produit, tout ce qui se fait selon les exigences de la nature, tout ce qui est digne d’admiration n’en restera pas moins stérile et sans avantage pour l’acquisition de l’éternelle béatitude.Quoi d’étonnant, si la béatitude est la récompense de la vertu et un effet de l’extrême bonté de Dieu envers nous, qu’il réserve ses largesses à qui a bien mérité de lui, à qui lui a témoigné de l’amour? L’amour est comme la racine et la mesure du mérite: il détermine la volonté de celui qui en est l’objet à le payer de retour et à lutter de générosité avec celui qui l’aime.
En outre, l’amour prend sa source dans une ressemblance.Dieu a pour lui-même un amour parfait — S. Jean nous le dit: « Dieu est charité » (I Joan., IV. 8); — à qui donc donnera-t-il son amour, sinon à ceux qui l’aiment du parfait amour?
Enfin, la religion en proclamant Dieu auteur et père du genre humain, en prônant sa beauté infinie et son incomparable douceur, nous montre à l’évidence toute l’étendue de l’amour que nous lui devons. Mépriser ce précepte de charité, ou même n’en tenir aucun compte serait se montrer indigne des récompenses éternelles et se condamner soi-même aux justes et sévères châtiments réservés à l’ingratitude.
Si le missionnaire et le catéchiste retiennent ce concept de la religion et en tiennent compte, ils seront épris de l’ordre et de la connexion magnifique qui unissent ces différentes parties, et seront plus en état de réfuter les erreurs des infidèles.
Un tel concept de la religion est à la vérité à la portée de tous les païens; néanmoins, de même qu’en toute autre science le maître ne propose pas tout à la fois et sans ordre, mais procède par divisions et distinctions même au cas où les auditeurs auraient leur esprit à la hauteur de son enseignement, on n’exposera la Doctrine chrétienne que par parties et par voie d’insinuations.
Seulement, en enseignant aux infidèles ce qu’ils doivent croire, espérer et pratiquer, le catéchiste s’attachera avant tout à leur faire faire des actes de foi, d’espérance, de charité et d’adoration, afin de les exciter peu à peu à la piété et de leur inspirer des sentiments religieux.
Il pourra commencer par l’aspiration naturelle de tout être humain vers son véritable bien: rien que l’on recherche plus avidement que le bonheur sans mélange.D’où la conclusion: tout homme, s’il est sage, mettra tous ses soins et toute sa sollicitude à savoir où trouver la satisfaction de ce désir naturel, à apprendre si l’homme tout entier ou seulement son âme est capable d’en jouir, à s’informer des moyens d’y parvenir.De cette connaissance complexe dépendent la bonne conduite et la piété, double et indispensable condition de l’éternelle béatitude à acquérir.
Il fera voir ensuite l’incertitude et le vague dans lesquels ont flotté, en une matière si nécessaire, leurs docteurs et leurs philosophes: ou bien ils gardèrent sur ces questions dans l’exposé de leurs systèmes un silence étonnant ou bien ils négligèrent d’en parler au peuple et de l’en instruire. Il se fait ainsi que presque tous restent enveloppés dans d’épaisses ténèbres, suivent leurs instincts brutaux, vivent dans la frivolité et la mollesse, se vautrent dans les plus honteuses voluptés, et périssent misérablement.
Il ajoutera que la réponse à toutes ces questions est connue jusqu’à l’évidence par ceux-là seuls qui adorent le vrai Dieu pour avoir reçu ses divins enseignements, qu’eux aussi ont sous la main le moyen d’acquérir sans trop d’efforts cette connaissance, à la condition qu’ils veuillent ouvrir les yeux de leur esprit à la lumière de la foi et se montrer dociles aux enseignements des ministres de Dieu.
Enfin, pour autant que les circonstances l’exigeront, il pourra aborder et expliquer la vraie et saine doctrine touchant l’essence même de la béatitude, et les moyens d’y parvenir, à savoir la foi, l’espérance, la charité et le culte de latrie.
Le missionnaire ne perdra pas de vue que ce n’est pas ici le lieu de prouver la nécessité de la foi, ni même d’en faire mention.Il se contentera de faire aux infidèles l’exposé des principaux articles de foi dont nous venons de traiter, et demandera à Dieu de leur accorder la lumière intérieure de la foi qui donnera à leur assentiment et à leurs croyances un cachet, non plus humain, mais tout divin. Il sera facile de constater la fermeté de leurs convictions et la réalité de leur foi par la spontanéité de leurs actes d’espérance et de charité; il les y excitera lui-même avec grand soin et les aidera à les produire.


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